Le Billet d’humeur de Lunise Marquis : « Stop à la promotion à tout prix de la diversité qui nous rend aveugles ! »

Lunise Marquis est membre du conseil d’administration du Printemps Républicain, Maire-adjointe à Paris XIIème

Le plus regrettable dans « l’affaire Mehdi Meklat », ce n’est finalement pas Mehdi Meklat en soi, ni même son double maléfique « Marcelin Deschamps » ; le plus choquant, c’est la bienveillance, l’aveuglement de certains médias pour ce qu’il doit représenter : « jeune de banlieue », « d’origine maghrébine », « milieu modeste », …

En 2005, lorsque la France s’est embrasée à la suite de la mort dramatique de Zyed Benna et Bouna Traoré, certains médias ont réalisé un peu tard qu’il leur faudrait désormais donner une autre image de la banlieue. Ils ont donc essayé tant bien que mal, et plutôt mal que bien d’ailleurs, de faire émerger des figures représentatives de cette banlieue. Le même mouvement s’est produit dans la sphère politique.

S’en voulant sans doute de n’avoir pas su embaucher dans leurs rédactions des personnes venues d’autres horizons, c’est à dire fils ou filles d’ouvriers, Français d’origine africaine, Français porteurs de handicaps… ces médias se sont alors penchés sur le berceau du fameux “Bondy Blog” qui était né de ces semaines d’émeutes. Avec mauvaise conscience mais une réelle bienveillance.

Quand on s’appelle Libération, Télérama, les Inrocks, le Nouvel Obs, France Inter ou encore France Télévision, pourquoi se fatiguer quand on peut piocher dans le Bondy blog les CV qui n’arrivent pas jusqu’à nous ? Il y avait là le vivier qui leur manquait. Sans se fatiguer. Ils avaient entre les mains les bons noirs et les bons arabes à faire émerger, c’était de l’or brut.

Et là l’aveuglement a frappé fort, il fallait se nourrir de ce bouillonnement d’idées et de jeunesses exaltées issu de l’autre côté du périphérique. Tout ce qui venait du Bondy Blog devenait saint. Il n’y avait plus de « mais », de « peut-être », tout devenait définitif. Ces gamins insolents, impertinents et irrévérencieux, c’était l’avenir, des nouvelles Françoise Giroud.

Les jeunes des banlieues et d’ailleurs pouvaient enfin s’identifier à ces nouveaux explorateurs de la fracturation française. Mais, il a dit : « Les blancs, suicidez-vous» ; c’est pas grave, c’est cool, c’est tendance, ça se vend. On peut même en faire une œuvre.

Mais, ils se crispent sur l’identitaire, sur la religion ; ils ne sont pas Charlie ; ils se victimisent sur la colonisation, certains vont à des camps décoloniaux où les blancs sont interdits. C’est pas grave ; on a dit qu’ils étaient géniaux !!! Et si on leur proposait des colloques, des expositions, des films, une radio, car ils sont l’avenir pour vous…

Nous sommes choqués par ces médias qui ne veulent pas voir qu’ils se sont fait avoir, qu’ils ont glissé dans l’identitaire à force de ne plus parler d’identité, qui acceptent que l’on insulte la laïcité, ou que l’on assimile ceux qui la défendent à l’extrême-droite. Ces médias qui nous donnent des leçons sur ce que l’on devrait être, mais qui s’effacent devant des propos et des positions intenables de leurs petites idoles. Il faudra vous regarder bien en face quand, le 23 avril, la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen, dépassera peut-être les 30%.

Ce qui nous choque, c’est que vous ayez permis de rendre « Bankable » ce type de personnes, que notre jeunesse puisse être représentée par des antisémites, misogynes, homophobes et racistes. Car oui, ce n’est pas parce que l’on est Français d’origine étrangère que l’on ne peut pas aussi être raciste, homophobe, misogyne et antisémite.

Quand vous excuserez-vous de faire monter les nationalistes et l’extrême-droite en vous aveuglant sur ce qui est inexcusable ? Quand déciderez-vous d’embaucher dans vos rédactions différents profils, et pas des stéréotypes de diversité qui représentent le pire de la jeunesse ?