#4. Construisez votre Roadmap

Ou comment réussir à donner corps à votre vision produit aussi bien sur le court que le long terme

Qu’est ce qu’une roadmap ?

La roadmap est l’itinéraire simplifié entre là où se trouve votre produit aujourd’hui (qu’il soit nouveau ou que vous envisagiez une n-ième itération) et la destination définie dans votre vision. Cet itinéraire est de haut niveau : il propose une suite d’étapes intermédiaires et les dates prévisionnelles correspondant au franchissement de ces étapes. La roadmap comporte principalement des objectifs chiffrés associés aux moyens à mettre en oeuvre pour les atteindre, ainsi que les risques identifiés. Ne la confondez pas avec une liste sans fin de fonctionnalités prévues pour votre produit.

L’outil “Go Product Roadmap” de Roman Pichler constitue un bon support pour représenter une roadmap produit. Celui-ci présente pour chaque release :

  • la date de livraison,
  • l’objectif ou le thème de la livraison,
  • les fonctionnalités principales incluses,
  • les métriques à suivre.
Exemple de Go Product Roadmap

Les risques et dépendances ne sont pas identifiés dans cet outil, mais il s’agit d’une bonne pratique ; n’hésitez pas à les y insérer. De même, votre ligne « métriques » devrait idéalement comprendre un certain nombre d’objectifs chiffrés. Comment construire sa roadmap ? Pour construire votre roadmap vous pouvez vous appuyer sur plusieurs outils qui ont déjà fait leurs preuves : la story map et l’impact map.

  • Le story mapping est un exercice inventé par Jeff Patton, qui dans sa version basique, permet d’identifier et de structurer les fonctionnalités suivant deux axes : un axe (horizontal) découpant le parcours utilisateur en étapes chronologiques et un axe (vertical) détaillant ces étapes en fonctionnalités.
  • L’impact mapping est une méthode visuelle de planning stratégique proposée par Gojko Adzic. Cette approche permet de réconcilier une vision globale orientée objectifs (apportée par les méthodes de projet classiques) et une vision orientée fonctionnalités (proposée entre autres par les méthodes agiles). L’utilisation conjointe de ces deux outils vous permettra de construire une roadmap pertinente.

Faites un impact mapping

Comme expliqué précédemment, l’impact map vous permettra de faire découler les fonctionnalités des objectifs, et non le contraire. La création d’une impact map déroule les sujets de la façon suivante :

  • Les objectifs : Pourquoi souhaitez-vous créer ou faire évoluer votre produit ? Dans votre vision initiale, matérialisée par un lean canvas, vous avez normalement défini des KPIs qui vous permettront de suivre vos objectifs business. Le point de départ de l’impact map est d’attribuer une valeur cible à ces KPIs. Par exemple : « atteindre 100 000 utilisateurs actifs mensuel » ou « obtenir la fidélisation de 30 000 utilisateurs ».
  • Les acteurs : De qui avez-vous besoin pour atteindre vos objectifs ? Quelle est votre audience ? L’impact map met en évidence deux types d’acteurs : ceux qui peuvent influer sur votre objectif de façon indirecte (des publicitaires ou des fournisseurs par exemple) et ceux qui utilisent votre produit (vos utilisateurs finaux).
  • Les impacts : Comment souhaitez-vous modifier le comportement des acteurs afin d’atteindre votre objectif ? C’est une étape complexe, car il ne s’agit pas seulement de décrire les usages de votre produit, il faut aussi établir les changements que vous souhaitez y opérer afin de vous rapprocher de votre but.
  • Les fonctionnalités : Quelles fonctionnalités ou actions devez-vous mettre en place pour obtenir les comportements identifiés ? La granularité est ici celle du parcours utilisateur. Voici un exemple d’impact map d’un site de e-commerce déjà opérationnel mais souhaitant développer de nouvelles fonctionnalités permettant d’accroître les ventes.
Exemple d’Impact Map

Dans cette exemple, l’acheteuse économe contribuera à notre objectif consistant à générer deux cents ventes supplémentaires par jour en profitant de ventes spéciales attractives, qu’il conviendra de mettre en place. Cette approche a pour principal intérêt de visualiser sur le même schéma les objectifs stratégiques, les différents types d’acteurs du produit et les fonctionnalités à développer pour que chacun de ces acteurs contribue aux objectifs. Une fois cette cartographie réalisée, vous aurez une bonne base de réflexion pour entamer le story mapping. À noter que le fait de créer une impact map n’est pas une étape systématique, mais un moyen intéressant d’aborder la création de la roadmap sous un angle orienté « objectifs ».

Construisez votre story map

Lors de l’atelier de story mapping, il est important que toutes les parties prenantes soient présentes : marketing, métier, design, technique, etc. Cela vous permettra d’une part de bien prendre en compte les attentes et les contraintes de chacun, et d’autre part d’obtenir un consensus et un engagement sur votre roadmap. Nous vous recommandons de ne pas faire durer cet atelier plus d’une demi-journée. Commencez par ré-introduire la vision, les objectifs et les personas, puis initiez la story map en inscrivant ces derniers sur le mur (sous forme de post-it par exemple). Reprenons l’exemple de la vente en ligne. Nous avons pour objectif de booster les ventes journalières, et avons identifié trois personas : l’acheteuse économe, la fan de la marque et l’employé. Chacun de ces acteurs utilise le produit d’une façon différente. L’enjeu consiste à dégager les étapes clés de leurs parcours utilisateur et de réfléchir à comment les optimiser pour influencer positivement l’usage du produit. S’ensuit une phase de discussion sur les fonctionnalités à mettre en place. À ce moment de l’exercice, il ne s’agit pas de restreindre les idées, mais d’envisager

Dans un deuxième temps, vous pouvez regrouper les fonctionnalités en MMFs (Minimum Marketable Features) puis ordonner ces dernières pour définir des releases. Ce sont des itérations du produit, apportant chacune une nouvelle valeur supplémentaire à l’utilisateur et ayant une cohérence fonctionnelle. Pour notre site de vente en ligne, nous pourrions proposer la story map suivante :

Exemple de Story M

Nous arrivons à la dernière étape, la création de la roadmap proprement dite à partir de la story map. En pratique, vous allez extraire cette roadmap de la story map, chaque MMF correspondant à une ou plusieurs releases. Les premières MMF seront déjà très claires et précises, tandis que les suivantes resteront à l’état d’idée. Voici ce que cela donnerait dans le cadre de notre exemple :

Go Product Roadmap remplie

La question qui se posera alors naturellement est : « Quand livre-t-on ? ». Cette question pourrait faire l’objet d’une règle à part entière, mais l’idée principale est la suivante : il est impossible de prévoir une date de livraison précise tant que le Product Owner n’a pas une idée de la vélocité de son équipe. Une première date pourra être estimée après deux ou trois sprints et affinée au fur et à mesure que les fonctionnalités associées seront mieux définies.


L’après roadmap

La roadmap n’est pas gravée dans le marbre, bien au contraire. Elle a vocation à évoluer avec votre produit. En effet, le suivi des métriques (qui sera abordé plus précisément dans la troisième partie du livre) peut et doit influer sur la roadmap. N’hésitez donc pas à régulièrement faire le point sur votre impact map pour vous assurer que vous avancez dans la bonne direction et faites évoluer votre roadmap si nécessaire.


Cet article a originalement été publié dans notre Product Academy. Si vous voulez un compagnon physique demandez votre exemplaire sur notre site !

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