La Chine, ses musées et son amour de la contrefaçon

L’affaire du musée de Lucheng en Chine ça vous dit quelque chose ? Ce musée chinois situé dans la province du Liaoning se vantait de posséder beaucoup d’objets de la dynastie Qing.

Tel est pris qui croyait prendre ! En 2014, l’institution a dû fermer après qu’on ait découvert que plus d’un tiers des 8 000 objets exposés étaient faux.

Une oeuvre du Jibaozhai Museum contraint à la fermeture en 2013 | Photo : China Daily

Des doutes, Ma Boyong en a eu beaucoup au retour de sa visite du musée… Cet écrivain populaire basé à Pékin remarque quelques incohérences sur les reliques exposées dans les douze salles du musée. Il y a notamment ce vase Qing, orné d’une pieuvre vert pomme au style franchement anachronique. Pour lui, il y a quelque chose qui cloche et qui lui met immédiatement la puce à l’oreille… Jugez par vous mêmes.

Un faux vase de la dynastie Qing découvert au musée de Jizhou | Source The Guardian | Credit photo : weibo.com

Aussitôt révélée, l’affaire et les photos du vase à la pieuvre souriante se propagent comme une traînée de poudre, conduisant tout droit le musée à la fermeture. Quand on regarde le vase de plus près, et qu’on connaît la réputation de la Chine en matière de contrefaçon, on aurait presque envie de rire… Mais au fond, pas tant que ça.

Il est vrai que ces dernières années, les musées ont connu en Chine un boom sans précédent. On dit qu’il s’en ouvre près d’une centaine par an, et tout cela fait beaucoup, beaucoup de mètres carrés à remplir…

“Il est difficile de remplir un si grand nombre de musées, et la Chine a une industrie prolifique de contrefaçons. De véritable usines à tableaux exportent de faux Rembrandt ou Van Gogh à bas coûts, et les vitrines des antiquaires sont remplies de répliques d’art chinois classique imitées à la perfection”

— The Guardian, 17 juillet 2013

Le Ji-Bao-Zhai Museum a dû fermer ses portes suite au scandale

Un an plus tôt, au Musée Jibaozhai dans la province du Hebei, c’est le même scénario qui se joue mais à autre échelle. On murmure un chiffre à peine croyable : 40 000 oeuvres contrefaites.

L’expression « Da yan le » (littéralement “Je me suis fait taper dans l’oeil” pour ne pas dire arnaquer) résume bien le problème : en Chine, se faire avoir par des contrefaçons, y compris sur le marché de l’art est devenu monnaie courante. Le marché des antiquités est innondé de faux, et le risque pour un collectionneur de se faire abuser est réel. Selon Xiao Ping, artiste peintre et expert du musée de Nankin cité par le New York Times, 80% des lots exposés dans les salles de ventes aux enchères de taille modeste ou moyenne seraient des faux. Le cabinet d’études chinois Artron interviewé par Libération parle même de “250 000 chinois vivant de la production ou la vente de faux”.

Entre consommation et héritage, un rapport ambigu à l’art. Cette oeuvre bien connue d’Ai Weiwei en est la parfaite métaphore | Ai Wei Wei, Dropping a Han Dynasty Urn, 1995

En Chine, la contrefaçon est devenue une véritable industrie et ni l’art ni les musées n’y ont échappé. Ces affaires qui ont profondément choqué l’opinion publique expriment le besoin de la Chine de se reconnecter à son héritage culturel. Et de valoriser l’authenticité plutôt que la quantité. On ne peut que saluer ce que The Guardian décrit dans son article comme un “triomphe de la citoyenneté”.


Originally published at seezart.com.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Team Seezart’s story.