116 — Palenque


Le château — Palenque Chiapas — Mexique

Le matin a oublié d’être frais. Il prend un malin plaisir à coller les vêtements sur le corps à peine le bus quitté. Plombé, le ciel sourit et par cruauté laisse passer quelques rayons de soleil qui viennent surchauffer un air qui est déjà au bord de l’ébullition. D’immenses arbres déjouent ce terrible plan, protégeant le visiteur de l’anéantissement.

Malgré ce piège, c’est la surprise et la beauté, l’errance et le désir qui submergent. Une pelouse trop verte, trop parfaite se fait hôtesse d’accueil. Les arbres protecteurs, tels les meilleurs scénaristes, maintiennent le suspens.

Vient la gifle, magistrale, au moment où ils s’ouvrent et livrent enfin les premières ruines, les premières pyramides. Le regard perd alors toute capacité à se fixer, à faire un choix. Soleil, chaleur et humidité sont vaincus. Hâte et lenteur se mêlent en d’improbables paradoxes. La tête prise de rage veut tout voir, tout découvrir. Le corps lui se veut alangui, patient, paresseux.

En se dévoilant Palenque plonge chacun dans son labyrinthe ou ses fantasmes. L’un est cet aventurier qui a voulu être roi, qu’ils ont pris pour un dieu et qu’une simple écorchure a condamné à mort. L’autre est ce fier guerrier revenant triomphant et glorieux dans sa puissante cité. Un autre enfin, un simple insecte se faufilant dans le moindre recoin. Il épie chaque mystère pris entre pierre et jungle ; ceux du temps, ceux de la nature et même ceux des hommes.

Que le chemin grimpe, chaque pyramide offre sa perspective, qu’il descende, chaque pierre offre son histoire, irrésistiblement il entraîne vers la jungle. L’heure est venue, il faut y entrer.

Le premier pas est une offrande, le second un abandon. Ici, l’individu se perd, se fond dans la multitude. Ses sens ne sont plus les siens. Ses émotions sont un partage. Même le plus arrogant des conquistadors devient humble… ou meurt. Ici, humidité et surprise gouvernent, la nature est reine, l’homme un parasite.