18 — Côte d’Albâtre

Saussemare — Normandie France

La sagesse, exigeante maîtresse, impose au vagabond une vie où domine l’instinct et l’intuition. Afin d’alléger les souffrances qu’impose parfois le voyage, elle lui fait un don. Elle lui offre l’art de la contemplation.

Alors que le regard de celui qui reste ne sait débusquer que l’habitude, le sien l’enrichit. Il lui dévoile ces bijoux que la nature dissimule dans le plus insignifiant détail comme sur le plus vaste horizon.

C’est l’un d’eux qu’il découvre quand ses pas le poussent là où la mer et la campagne sont séparées par un long ruban blanc : des falaises de craies. Elles s’élancent vers le ciel, s’inclinent quand l’eau et la terre se rencontrent, puis à nouveau, elles rejoignent le ciel.

Les mondes des sillons et des filets se rencontrent le temps de quelques virages, souvent forestiers, parfois battus par les vents. Alors, les bruits, les odeurs de l’un s’éteignent dominés par ceux de l’autre.

Dans cet entre-monde, la nature aime sculpter, observe ce chêne dont les branches fuient le vent derrière son tronc ; peindre, vois cette mer blanche en colère, verte pacifiée, bleue endormie ; façonner, parcoure cette plage, fin filet de galet ou immense désert de sable humide au gré des marées.

Elle laisse aux hommes l’orgueil d’orner, par exemple ce phare sylvestre qui n’entend que les oiseaux, ou cette église dont la beauté rend jalouse la mer qu’elle surplombe. Elle s’entoure d’hommes, des paysans et des peintres, des conteurs et des pêcheurs. Admiratifs, ils en oublient même leur repos éternel.

Enfin, au sud, avant de s’évanouir quand Seine et Manche se rencontrent, se trouve une arche qui accompagne une aiguille de pierre. Ici, les légendes troublent tellement les sens qu’ils la voient creuse. Ici, le vagabond, s’il croit que le manteau gris de l’hiver peut tomber, communie avec cette lumière qui sent l’iode. Elle se faufile, allonge les ombres, précieux souvenir qu’il portera au-delà des mots (des maux ?).

Buenos Aires le 21 août 2014

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