L’Europe absurde…

L’Europe absurde ou le mythe de Sisyphe

Une actualité chasse l’autre… la « crise » migratoire puis maintenant les « gilets jaunes », le « Black Friday » et le réchauffement climatique, un attentat et ses rumeurs de complot puis, peut-être Noël et sa trêve marketée…

Comme l’écrivait déjà en 1942, Albert Camus dans sa philosophie de l’Absurde : « la recherche en vain de sens de l’Homme, d’unité et de clarté, dans un monde inintelligible, dépourvu de Dieu et dépourvu de vérités ou valeurs éternelles… »

L’Homme absurde :

Le drame de l’Homme c’est qu’il naît avec une seul question : « pourquoi ? ». Cette question le poursuivra toute sa vie jusqu’à sa mort.

Alors que notre société occidentale ne propose qu’une culture de l’absurdité. Depuis Bernays et sa fabrique du consentement nous savons que toute l’activité économique, marchande, oserai-je dire capitaliste, ne recherche que la conquête de « temps de cerveau disponible » pour enrichir quelques élus qui n’aurons eu que le courage de naître.

Ce qui est vrai pour un individu s’entend encore plus pour les institutions politiques, alors que nous pourrions en attendre un peu plus de sagesse.

« Le courage nourrit les guerres, mais c’est la peur qui les fait naître. » (Alain — Emile Auguste Chartier)

En 2010, est apparu la peur des réfugiés, des migrants, puisqu’il faut bien leur donner un nom, de l’autre. Cette nouvelle peur naît, après bien d’autres, mais elle est beaucoup plus intelligible par le quidam et surtout tous les nationalistes au cerveau reptilien.

Or il y a une autre peur qui est apparu en 2008. Une peur beaucoup plus importante, plus sournoise, celle de la confiance, celle-ci est moins compréhensible par le citoyen mais elle est indispensable au bon fonctionnement des ploutocraties.

Si le salarié, la petite entreprise n’emprunte plus parce qu’elle n’a plus confiance. Le système financier tombe, c’est aussi simple que ça ! Nous sommes en 2018, 10 ans après la dernière grande peur. Que devient le monde du business qui a fait toutes les réformes… dont le nouveau credo est « plus jamais ça ! Faites-nous confiance !… Confiance !… Ayez confiance ! »

« JP Morgan a une date pour la prochaine crise » — Site Fortune.com, source Bloomberg… 2020 ! Voilà je dévoile mes sources…

L’économie atteint des sommets, une montagne de vide et la monnaie ne repose que sur une seule chose…. La confiance, encore et toujours…

Après la crise de 2008, des banques ont été sauvées in extremis par le cash des mafias mexicaines. (Ed Vulliamy — The guardian 2011 Apr 03). Exceptionnel et répréhensible me direz-vous ? Non ! C’était même le core-business de HSBC à sa création. Autres temps, autres mœurs !

La crise a été tellement grave que même les mafieux ne payaient plus en cash, ils préféraient payer en cocaïne pure ! Même les criminels n’avaient plus confiance… La cocaïne est une valeur refuge comme l’or…

Ne jamais oublier que les économies sont interconnectées, il n’y a plus de frontière dans le business ! Blanches, grises ou criminelles. Les entreprises pour fonctionner ont besoin de la main d’œuvre la moins cher possible. Notre société occidentale fait en sorte que nous puissions atteindre une plus grande liberté, d’apprentissage, de savoir, d’entreprendre, de consentir… Mais cette liberté a un prix, elle n’est réservée qu’à un petit nombre. Qui dès qu’il a goûté à la pomme de la liberté, le fruit du savoir, ne peut accepter un salaire indigne pour sa force de travail. Sauf si la ploutocratie prend le risque de provoquer la révolte, le boycott… par trop d’absurdité.

Et c’est là où les migrants ont une importance… c’est une valeur économique d’ajustement… jusqu’où peut aller l’absurdité ?…

Nous l’avons compris, les migrants… plus précisément les travailleurs pauvres sont indispensables à une économie interconnectée. Il y a actuellement 40 millions d’esclaves dits « modernes » dans le monde.

Mais comment accepter un migrant dans une économie atone ? Qui vient de subir une crise dont elle ne se relève pas, parce qu’elle subit une crise de confiance ? Comment accepter le migrant alors que les pays occidentaux trainent des taux de chômage historiques ? Selon l’Organisation Internationale du Travail, dans son rapport du 22 janvier 2018 : « la croissance économique mondiale est stable…mais faible » le gâteau ne grossit pas !

« Le chômage mondial est élevé avec plus de 190 millions de chômeurs… et sera stable voire en légère augmentation en 2019 » pas de création d’emploi !

« Les inégalités persistent », « le progrès technologique, l’accumulation du capital, la mondialisation, la démographie », « la désindustrialisation précoce », « le vieillissement de la population » beaucoup d’euphémismes pour dire qu’il y a une forte augmentation des « bullshit jobs »

Comment accepter que même ce « job de merde » puisse être contesté par « un autre » ? Comment accepter dans nos sociétés dites « modernes » qu’il faudra se battre pour obtenir une place à l’université ? Que le diplôme n’est plus un simple concours de circonstance ?

Pour ne pas voir la vraie peur, créons une autre peur, plus proche, plus compréhensible !

Ce que Camus appelait : « la création absurde »

Pour éviter que l’individu lève enfin la tête et se mette à penser, qu’il découvre à quel point ce monde est étranger, inhumain… Au point que même la rationalité, la science est mise en doute, n’est plus crédible. Il faut absolument créer une peur qui rassure, qui donne confiance, comme un point de repère, pour pouvoir continuer à consommer. Toujours la fabrique du consentement…

Le monde est malheureusement rationnel, il devient déraisonnable et l’humain n’a plus la capacité de comprendre, ou peut-être plus l’envie. L’humain se retrouve donc confronté, brutalement, au sens de sa propre vie face à la mort qui vient inexorablement. Sans un dieu abstrait pour lui vendre de l’espoir, sous forme de paradis ou de promesse de vierges improbables. Sans le « dieu » économie, tout aussi abstrait, qui ne fait plus rêver. Il ne reste plus qu’à créer une peur raisonnable : La crise migratoire qui justifie tout ! Le besoin de renforcer les frontières pour mieux s’isoler… pour mieux rester entre soi. L’Europe et les Etats-Unis mettent donc en place la même politique : l’isolationnisme. Mais l’humain lui redescend de sa montagne tel Sisyphe, il continue à gravir sa montagne de pourquoi.

L’Europe crée alors une peur, le migrant véritable bouc émissaire, porteur de tous les péchés du monde. Elle crée un slogan : « Sauver Schengen ! »

Nous sommes toujours dans la création du consentement… Pour ne pas vouloir entendre la vraie peur, celle de demain, de 2020. Créons de l’absurde… comme le disait Camus : « Si le monde était clair, l’art ne serait pas. »

Pour en finir avec Camus, à sa question : « Est-ce que la réalisation de l’absurde nécessite le suicide ? »

Camus a répondu : « Non, elle nécessite la révolte ! »

A Méditer…

Bibliographie:

Albert Camus — L’Homme révolté — ISBN 9782070323029