Asshole design : le coté obscur de l’UX

Sur Internet comme dans la vie, certaines pratiques sont à la limite du moralement acceptable. “Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer” est une maxime attribuée à Hanlon. Celle-ci pourrait très bien être associée au sujet d’aujourd’hui. Et pourtant, non.

On pourrait blâmer l’incompétence, ou bien juste l’erreur des personnes qui les pratiquent. Mais ces cas sont explicitement des partis pris : les concepteurs savent EXACTEMENT ce qu’ils font. C’est volontairement qu’ils vont vous pourrir votre expérience afin d’arriver à leurs fins. Que ce soit par cupidité, fainéantise, apathie ou juste malveillance.

En voici quelques exemples…

Edit : certains exemples ne sont plus d’actualité, et tant mieux !

1. L’adresse mail ou la vie

Une seule case pour les CGV et l’abonnement à la newsletter ? Vraiment ?

Proposer un abonnement à une newsletter peut être un excellent moyen de rester en contact avec votre communauté.

J’ai bien dit proposer, car dans certains cas, ce n’est plus de la proposition, mais bel et bien de l’extorsion.

Quand je pense qu’il suffit juste de désactiver les scripts…

Fort heureusement, l’arrivée du RGPD en Europe a permis de bannir cette pratique ! Mais il a également amené avec lui son lot de conséquences néfastes.

2. Du sang et des larmes

Un concept assez simple existe en design : facilitez la vie de vos utilisateurs et orientez-les dans la bonne direction.

Du coup, on peut très bien prendre le principe dans l’autre sens : si vous ne voulez pas que vos utilisateurs réalisent une action, rendez-la aussi laborieuse que possible.

Un exemple concret : avec l’arrivée du RGPD, censé faciliter le contrôle des utilisateurs, les Internets ont vu fleurir une pléthore de moyens de demander le consentement des internautes pour l’utilisation de certains cookies ou autres trackers.

Prenons Tumblr par exemple :

Notez le joli bouton bleu.

Une interface de demande de consentement tout ce qu’il y a de plus normal. Machinalement, on a envie de cliquer sur OK et de juste passer à autre chose.

Bon, finalement je n’ai pas tant envie que ça que mes données de navigation soient revendues par Tumblr. Voyons comment refuser en cliquant sur “Gérer les options” (qui déjà n’est pas un refus pur et simple).

Ok, un écran d’options et toujours pas de bouton de refus, notez la traduction partielle…

Plus d’options ! Il va falloir encore un peu creuser et cliquer sur “Gérer”

Ah, enfin, une partie où je peux faire des réglages.

Ok, il va falloir cliquer sur ces box pour les désactiver. Ah tiens, il y’a encore une couche d’options à aller voir, sans doute des choses encore enfouies. Il va falloir sortir la pioche !

Génial ! une liste de plus de 300 items, tous à décocher MANUELLEMENT

Doux Jésus. Qu’est-ce que c’est que cette liste ? Et je dois tout décocher ? Et à la main ?? Mais je vais y passer une heure !

Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas rajouter un bouton “tout décocher” ? Pourquoi avoir autant de partenaires ? Pourquoi avoir planqué cette liste sous 4 couches de clics ? C’est juste la pire des mauvaises volontés à ce niveau-là !

Note : il est désormais possible d’avoir un bouton “tout désélectionner”, mais il est devenu nécessaire de passer par encore d’indénombrables écrans pour arriver à ce formulaire.

3. Le jeu du cache-cache

Oh ! un bouton caché

Encore mieux ! Passant outre les dark patterns laborieux pour activement poser son refus de se voir surveillé, l’étape suivante a été de retirer tout bonnement le bouton servant à refuser pour forcer les utilisateurs à creuser !

Cette manœuvre, en plus d’être un peu limite-limite, est simplement illégale.

Coup de bol, Vincent Toubiana, un ancien de la CNIL, a développé une extension simple (Chrome ou Firefox) qui va aller chercher ce bouton et vous l’afficher !

4. Si vous ne faites pas ça vous êtes une ordure

OUI ! JE VEUX UN CANCER

On appelle aussi cette pratique le “Confirmshaming”, l’action de placer vos utilisateurs dans une situation de gros chantage et de les culpabiliser pour une action.

Awn… Tous mes amis FB vont regretter mon départ :’(

C’est généralement utilisé dans les souscriptions aux abonnements mails ou pour demander une désactivation de bloqueur publicitaires.

Le passif agressif poussé au niveau 11…

D’ailleurs si vous ne clappez pas cet article, vous êtes un tueur de bébés pandas.

5. Être un tout petit peu trop insistant.

HEY ! HEY ! LISTEN ! HEY

Vous êtes avec vos utilisateurs un peu comme dans une relation amoureuse : il faut parfois savoir accepter un refus. Dans 99% des situations, en remettre une couche et se montrer un peu trop persévérant a généralement le contraire de l’effet escompté (ou alors vous enverra directement en prison, sans passer par la case départ).

Ok, vous avez développé une application. Mais me le rappeler toutes les 6 secondes me donne surtout envie de ne jamais l’essayer. Par pur esprit de contradiction.


Pourquoi avoir recours à de telles pratiques finalement ? Elles sont carrément contre-productives. En provoquant l’enragement de votre utilisateur, elles entraîneront un retour de bâton qui ternira votre image de manière durable.

Si vous souhaitez savoir quelles stratégies adopter n’hésitez pas à poser vos questions dans les commentaires ou à me contacter à sylvain@rav.digital, je me ferai un plaisir d’y répondre !

Bonus pour rire un peu.