Innovation sociale : Une assistante sociale propose ses services aux particuliers, à honoraires libres et en ligne

Publié par Valentine De Dreuille

Nous avons rencontré Aurélie Bonnin, assistante sociale qui, à la différence de beaucoup de travailleurs sociaux, exerce à son compte depuis un an. Accompagnement des usagers dans leur globalité, mise en place d’une relation d’aide à travers l’instauration d’outils de communication différents et innovants, proposition de choisir son propre tarif, voilà quelques-unes des particularités de la vision du travail social que défend Aurélie Bonnin, avec son projet « La Plume Sociale ».

Parlez-nous de votre parcours. Qu’est-ce qui vous a poussé à exercer votre métier en libéral ?

Après un bac scientifique et une préparation au concours d’entrée de l’IRTS, j’ai suivi 3 ans de formation pluridisciplinaire. J’y ai également effectué 18 mois de stage. Un des objectifs de la formation d’Assistante de Service Sociale à l’IRTS est de pouvoir travailler sur la globalité du parcours d’une personne, ce qui a toujours été ma clé de voute dans l’exercice de ma profession.

A 23 ans, j’étais donc diplômée d’Etat, avec l’envie de démarrer immédiatement mon métier. Pendant 10 ans, j’ai travaillé dans toutes sortes de structures : Conseil Général, Centre Hospitalier, maisons de retraite, associations… J’avais un idéal du métier d’assistante sociale, idéal difficile à trouver dans ces structures. Certes, je nouais des liens forts avec les usagers, et j’appréciais le travail en équipe, mais le manque de moyens, de temps, les suivis limités à l’institution, tout cela me donnait l’impression de poser un vernis sur les situations, vernis qui se craquellait au bout de quelques mois, avant que l’on ne remette une couche dessus… Ces 10 ans ont généré beaucoup de frustration pour moi, j’aspirais à autre chose.

Il y a un an, j’ai donc décidé de démissionner, et j’ai créé La Plume Sociale.

Quelles sont vos activités ? Quel type d’accompagnement social proposez-vous aujourd’hui ?

Un des objectifs de La Plume Sociale est de pouvoir aider, accompagner et soutenir tous les français, y compris dans les secteurs ruraux où peu de services sont disponibles. Je propose donc trois types d’activités, à distance, principalement par téléphone ou visioconférence :

  • Un accompagnement social classique
  • Des entretiens psycho-sociaux, car les problématiques sociales agissent sur le psychique
  • Un travail sur l’écriture de ces histoires de vie singulières et porteuses de sens

Je propose aux personnes que j’accompagne un tarif libre : les gens apprécient de pouvoir payer ce qu’ils veulent, et les participations se compensent, donc je m’y retrouve.

Quelle image avez-vous du secteur social aujourd’hui en France ?

Le travail social est en crise : il y a de moins en moins d’étudiants qui se présentent en formation, le métier n’attire plus. C’est aussi une profession qui est très mal reconnue par l’Etat : les assistantes sociales sont mal payées, et le diplôme vient tout juste d’être reconnu niveau bac+3 pour les futures promotions, alors qu’il est reconnu bac+4 grade master voire plus dans la plupart des pays européens. De plus, le métier d’assistante sociale a une très mauvaise image auprès de la société.

Pourtant, c’est pour moi un métier fabuleux, où nous sommes dans l’écoute, l’accompagnement, le soutien des usagers. Nous travaillons au sein d’une relation d’aide professionnelle, que nous pouvons établir de manière individuelle ou collective. Nous sommes soumises au secret professionnel, respectons une éthique et une déontologie professionnelle, ce qui n’est pas rien. Nous sommes également enregistrées auprès de l’ARS et avons un numéro ADELI, gage de qualité et de professionnalisme…

Je lis souvent des articles de travailleurs sociaux qui s’épuisent dans l’exercice de leurs fonctions, qui ne s’épanouissent plus, sous pression, essayant de prioriser les urgences… Aider les services sociaux déjà existants et inventer de nouvelles pratiques complémentaires devient nécessaire. Au niveau européen, et en Allemagne notamment, on voit de plus en plus de travailleurs sociaux indépendants.

Comment votre choix est-il perçu de vos anciens collègues ?

Le travail social libéral ne fait pas l’unanimité. Il y a beaucoup de professionnels réfractaires au changement. Pour autant, les particuliers se réjouissent que les choses bougent et que, par exemple, La Plume Sociale existe. Chaque semaine, je reçois de leur part des petits mots d’encouragements ou des remerciements. Certains travailleurs sociaux continuent de voir d’un mauvais œil le fait de faire payer les gens. Mais les particuliers, eux, ne voient souvent pas où est le problème. Une dame m’a dit un jour « Nous payons bien le psychologue, l’ostéopathe, le diététicien, ils nous aident beaucoup, pourquoi pas vous ? » .Je suis à l’aise avec cet aspect, la rémunération est un des moyens d’équilibrer la relation d’aide déséquilibrée qui existe entre l’aidant (le travailleur social, en position haute) et l’aidé (la personne accompagnée, en position basse). Il existe toujours dans le travail social une relation fondée sur le don et le contre-don, c’était d’ailleurs le sujet de mon mémoire de fin d’études. En ayant le pouvoir de payer ce qu’ils souhaitent, les gens ont ainsi la possibilité de se décharger du poids de cette aide, par un contre-don qui est leur propre prix. Quel travailleur social exerçant en institution n’a jamais reçu de cadeaux de la part d’usagers qu’il avait accompagnés ? Le geste du contre-don est important pour les usagers. De même, j’ai accompagné des personnes âgées qui, n’ayant que le minimum vieillesse pour vivre, ont été soutenues financièrement par leurs enfants. A plusieurs, ils ont financé mon accompagnement selon leurs propres critères financiers. Une véritable solidarité familiale s’opère.

Faire face aux critiques est donc un défi au quotidien, pour montrer que le travail social peut se doter de nouvelles pratiques professionnelles et utiliser les technologies comme support. Heureusement, je reçois beaucoup de soutiens de travailleurs sociaux et étudiants, plus discrets, mais qui petit à petit se font assumés.

Plus d’informations sur Aurélie Bonnin sur le site internet de La Plume Sociale

Originally published at blog.reconnect.fr.

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