Le logement d’abord : une innovation puissante dans la lutte contre le sans-abrisme en France ?

Publié par Guillaume Zanin

L’approche logement d’abord s’est une nouvelle fois invitée dans l’actualité le 30 mars dernier avec l’annonce des territoires sélectionnés pour participer à la mise en œuvre accéléré du plan quinquennal pour le Logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme, plan qui avait été dévoilé dans ses grandes lignes par le Président Macron en septembre dernier. Une bonne occasion de faire le point sur ce « logement d’abord », souvent présenté comme la solution miracle pour remédier au sans-abrisme.

Qu’est-ce que le logement d’abord ?

Le logement d’abord est une approche visant à permettre l’accès au logement des sans-abri. Elle consiste à attribuer immédiatement et inconditionnellement aux sans-abri un logement.

Il diffère de l’approche dominante en France quant à l’accès au logement des sans-abri. Cette approche dominante est celle d’un parcours en escalier vers le logement qui est censé construire la compétence du sans-abri à habiter un logement autonome. Ce parcours est souvent composé de plusieurs étapes successives, commençant par l’hébergement d’urgence, passant par l’hébergement d’insertion pour amener vers l’objectif final d’accès à un logement stable et autonome.

L’approche logement d’abord a été développée par l’association Pathways à New York dans les années 90, puis a essaimé progressivement aux États-Unis, au Canada et en Europe dans les années 2000 (Pays-Bas, Finlande, Barcelone etc).

Une approche actuellement promue par le gouvernement en France

Le dispositif Un chez-soi d’abord (UCSDA)

Créé à titre expérimental en 2011 à la suite d’un rapport remis en 2010 à la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, c’est un dispositif qui consiste à loger sans condition des sans-abri souffrant de troubles psychiques (schizophrénie, troubles bipolaires) dans un logement autonome. Le dispositif vient renverser la prise en charge qui se basait sur le principe de « traitement d’abord ». L’action a été expérimentée à Lille, Marseille, Paris et Toulouse et a permis le logement de 353 personnes. Une étude publié en 2016 a notamment montré une réduction de la durée annuelle d’hospitalisation, une amélioration de la condition mentale des bénéficiaires, de leur qualité de vie et un gain pour la collectivité de 3500€ par an et par bénéficiaire.

Le dispositif est actuellement en phase d’extension à 16 nouvelles villes (avec un objectif de 2000 bénéficiaires d’ici 2022).

Le plan quinquennal pour le logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme

Le plan quinquennal pour le logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme dont on entre dans la phase de mise en œuvre accélérée marque la volonté de la France de s’attaquer au niveau national au sans-abrisme via l’approche logement d’abord. Il prévoit notamment la production de 40 000 logements très sociaux par an, l’ouverture de 10 000 places en pensions de familles sur cinq ans ainsi que la création de 40 000 places pour les personnes les plus précaires dans le parc locatif privé.

Le 30 mars dernier, ce sont donc 24 territoires qui ont été choisis pour mettre en œuvre de manière accélérée ce plan durant l’année 2018, avant la généralisation les années suivantes.

Une innovation qui soulève aussi des questions

Si le logement d’abord fait actuellement l’objet d’un intérêt marqué des acteurs publics comme associatifs, ce qui se traduit par la multiplication des actions de type logement d’abord, il a aussi ses détracteurs. Certains des critiques avancent que les personnes ayant connu un long parcours de rue doivent réapprendre à occuper un logement autonome et que l’accompagnement social et, à plus forte raison, le traitement des troubles addictifs et/ou médicaux ne peuvent pas être effectués à domicile. Sur un autre mode, le logement d’abord s’appuyant sur des bailleurs privés (intermédiation locative le plus souvent) peut faire craindre que les dispositifs soient tributaires du bon vouloir des propriétaires et surtout coûtent plus chers à la collectivité que si l’on construisait et logeait les bénéficiaires dans des logements sociaux.

En France, la méthode logement d’abord choisie pour le plan quinquennal sera jugée à l’aune de l’état du sans-abrisme en France en 2022. Espérons qu’il atteindra son objectif de réduire drastiquement le nombre de sans-abri.