Faire du neuf avec du vieux : réaménagement de l’espace Urbain à Brooklyn

Après une année passée à vivre à Brooklyn, j’ai été particulièrement marquée par les dynamiques urbaines de réappropriation du paysage industriel. Ce phénomène non sans lien avec la gentrification à l’oeuvre dans la ville, s’accélère de manière fulgurante depuis quelques années.
Par M.D.


Brooklyn, c’est l’héritage d’une zone industrielle des plus grandes en métropole. Par sa proximité avec le New York d’alors, les industries y ont installé usines et entrepôts afin de produire et acheminer à moindre coût. Avant son ralliement à NYC et avec la construction du pont de Brooklyn fin 19ème, la ville en tant que quartier de résidence à commencé à se développer, à commencer alors par les journalistes et écrivains sans le sou, dans l’actuel quartier huppé de Dumbo.

Un siècle et demi plus tard, le paysage s’est bien développé. Un “joyeux bordel” comme me l’a décrit un ami le jour de mon arrivée. Plus de fois et demie la taille de Paris, des quartiers extrêmement délimités aux fortes identité communautaires, et une gentrification qui fait rage comme jamais depuis les deux dernières décennies.

Car Brooklyn, c’est un territoire à l’identité forte. Où le rôle et la présence des communautés n’est pas à ignorer. Alors, quand il s’agit de moderniser et d’aménager le paysage industriel de la ville, les pouvoirs publics se heurtent à une tâche compliquée.

La gentrification est à son oeuvre, et les jeunes hipsters ne jurent maintenant plus que des quartiers nord de la municipalité, Williamsburg et Greenpoint. Cette nouvelle communauté a ses exigences sur la façon de réaménager l’espace urbain, dans une tendance au décloisonnement et à un urbanisme écologique.

Le Barclays Center, centre d’entrainement flambant neuf des Nets, gigantesque complexe commercial par ailleurs, est loin de faire l’unanimité. Et pour cause ! Le paysage industriel préexistant est modulable à l’infini. Je me rappelle, l’année passée, du projet annoncé de détruire la gigantesque domino sugar factory (plus grande marque de sucre aux US), depuis longtemps désaffectée, qui siège sous le pont de Williamsburg. Bien des pétitions ont commencé à tourner.

La volonté est en fait plutôt celle de partir du paysage industriel et de lui donner second souffle. En installant galeries d’arts et coffee shops dans d’anciennes manufactures. En organisant d’énormes soirées semblables à des raves parties en intérieur dans les anciens entrepôts des quartiers nord; en installant des espaces verts sur les rooftops délabrés des usines.

le plus grand magasin rough trade, situé à Bedford dans une ancienne warehouse

L’enjeu de cette dynamique est donc l’installation dans le paysage urbain des nouveaux commerces et lieux de vie, dans le respect de son héritage industriel.

Dans cette réappropriation d’un espace urbain à fort héritage industriel et identitaire, l’enjeu central qui comporte de nombreux risques reste selon moi l’intégration des populations locales au processus.
Williamsburg coûte désormais aussi cher que Manhattant, Bushwick, à son Est, où j’ai pu habiter, est de moins en moins le quartier populaire latino qu’un nouveau repère à la mode depuis trois ou quatre années. Poursuivant son mouvement toujours plus à l’est, le mal réputé Brownsville ne tardera pas à montrer d’un charme fou et très trendy, et les populations toujours plus repoussées en dehors de la ville.
Le risque est donc celui-ci : malgré une bonne volonté dans le processus, le risque est de voir la ville réinvestie par ces jeunes white priviledged bossant principalement dans la com et le design, qui s’installent en masse et contrôlent cette dynamique, un espace industriel réapproprié en gardant son héritage urbain pour le côté “vintage”, mais en repoussant les populations en dehors à coup de coffee shops organiques, de bar à kombucha, et de marchés “aux puces” hors de prix.

Brooklyn, été 74
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