Des grands projets de barrages hydro-électriques au nécessaire (et urgent) débarrage hyper-numérique

La société en réseau c’est maintenant.


Suite à la lecture de l’excellente lettre à ma ministre de la culture de Guillaume Déziel, je publie un texte qui était resté en friche depuis quelques semaines dans un coin de mon disque dur…


J’ai lu plus en détail la stratégie culturelle numérique du Québec et je pense que ce qui me dérange le plus c’est le language économique (marchés, clientèles, masse critique, consommation). Finalement, pas beaucoup de place aux créateurs de ladite culture.

J’aimerais bien passer outre le vernis macro-économique mais “L’innovation d’aujourd’hui est l’économie culturelle de demain” résume tristement ma lecture. J’aurais espéré quelque chose comme “Permettre aux créateurs d’embrasser le numérique c’est créer le patrimoine de demain” comme vision, mais on va faire avec ce qu’on a (pour l’instant, parce qu’on a en plus changé de gouvernement).

Le cadre de référence est de loin la partie la plus intéressante, ce qui n’est pas surprenant puisque l’approche s’inspire de celle du document Porte grande ouverte sur le numérique Rapport sur la consultation Option culture, virage numérique, SODEC, octobre 2011 qui était le document de synthèse des tables de concertations de la SODEC avec les acteurs des milieux culturels et numériques.

Donc même si je trouve l’enrobage un peu trop économique à mon goût (il reste que c’est un des enjeux, je comprends certainement) la grille qui croise les axes d’interventions et les orientations est claire et à le mérite d’être une série de verbes d’actions.

“Rendre disponible, Intégrer les logiques, Adapter les outils, Soutenir la création, Investir l’espace, Assurer des conditions, Favoriser des pratiques, Encourager la collaboration, Favoriser une culture numérique”.

S’ensuit le plan maître, qui est une liste d’actions à entreprendre.

“Procéder à la saisie, Soutenir la création, Favoriser le développement, Développer des expériences, Favoriser l’innovation, Développer des interfaces, Assurer le lien, Soutenir la diffusion, agrégation, la distribution, Favoriser la diffusion, Étudier l’opportunité, Fédérer et intégrer, Voir à l’adéquation, Créer un lieu de concertation, Soutenir la mise à niveau, Appuyer le renouvellement, Favoriser la recherche, Offrir des outils”.

Chaque item de ce plan maître est un projet important en soit et la coordination du “roadmap” un autre projet en soi. Si je compte bien, ça fait vingt méga-projets…

Pour faire ça vraiment numérique, je suggère une petite révolution au niveau de la transparence. Pour chacune de ces actions/projets, publier la liste sommaire des tâches à entreprendre pour réaliser celle-ci. Mettre en place un tableau de bord des métriques importantes pour chacun de ses projets-actions, avec un état d’avancement et une personne responsable, mis à jour au moins mensuellement par celle-ci. C’est ce que tout entreprise de culture numérique ferait naturellement devant l’ampleur de la tâche. Ce n’est pas une option, sans cette mesure, les projets seront des échecs, ou au mieux des petites réussites isolées. La pierre angulaire du numérique c’est l’effet multiplicateur du réseau.

L’un des très grand avantage du numérique, c’est qu’il se communique et s’évalue plus facilement en réseau, pour l’ensemble des acteurs d’un projet. Ça sera aussi l’occasion de créer une série de liens (hyperliens et humains) et de rassembler, orienter, communiquer, mesurer, ajuster et célébrer ce chantier aussi important que ceux des grands barrages hydro électriques d’antan.

Autre époque, autre moeurs, ça sera le grand débarrage hyper numérique.

L’économie quaternaire de la culture numérique ne saurait se prendre dans les fils et les poteaux, la dématérialisation implique nécessairement l’augmentation de la bande passante à échelle humaine. Et mathématiquement, question de mesure, 15% du 21ième siècle est déjà écoulé…

Dire qu’on est en retard est un triste euphémisme. Pour certains, c’est une question économique, de mon point de vue, c’est une question de survie du patrimoine Québécois.