On arrête de dédramatiser l’échec ?

En France, on a vu fleurir des conférences & meetups dans lesquels des entrepreneurs viennent célébrer et dédramatiser leurs échecs.

Impossible d’échapper aux citations, post-mortems ou autres émissions vantant les bienfaits de l’échec, passé en quelques années de tabou à vertu.

Mais pour quoi faire ?

Même si la France a un rapport particulier à l’échec entrepreneurial, ce n’est clairement pas une raison pour le dédramatiser et en faire quelque chose de presque souhaitable. Et il ne faut pas se tromper, quand ceux qui ont connu un succès exceptionnel se permettent d’en parler (les Richard Branson, Bill Gates, Steve Jobs, etc.), ils ne parlent pas de dépôt de bilan ou tribunal de commerce, ils parlent de l’échec en tant que processus itératif d’apprentissage menant vers le succès. Ils parlent de l’aventure chaotique vers laquelle mènent des convictions profondes et une détermination violente. Et ils n’en parlent qu’après avoir outrageusement réussi, pas avant.

Avant, c’est tabou. Et voilà pourquoi ça devrait en partie le rester.

Death is the single best invention of life.

Fameuse citation de Steve Jobs lors de son fameux Commencement Speech devant les étudiants de Stanford. La mort est la plus belle invention de la vie, c’est elle qui lui donne la tension créatrice qui pousse à l’excellence, à la survie. Et une startup est une question de survie et d’excellence. Si vous dédramatisez la mort, vous enlevez cette tension à la vie, et hop, plus de Billion Dollar Company ! De la même manière, on voit souvent des équipes qui se lancent avec 2 ans de chômage devant elles et qui se réveillent 3 mois avant la fin de leurs droits pour enfin se mettre sérieusement au travail.

Tout ça mérite une petite analogie : Imaginez-vous dans la jungle, d’un coup un tigre sort d’un bosquet (un gros bosquet, hein) et vous prend en chasse. Si vous êtes confortable avec le fait de mourir, vous n’allez surement pas courir aussi vite et déclencher les réflexes de survie nécessaires pour faire face à cette situation. Ainsi de votre startup.

Dédramatiser l’échec entrepreneurial crée du confort, de l’apathie. Et la mort.

C’est pas cher, c’est pas grave ?

On répète souvent que le cout d’entreprendre est très faible. Oui, lancer un produit coutait $5M en 1995, $500k en 2005 et $5000 en 2015. Ce n’est pas parce que c’est moins risqué qu’il faut entreprendre, mais plutôt parce que ces faibles barrières permettent de prendre plus de risque, plut tôt, plus souvent.

Une des définitions que l’on donne d’une startup à TheFamily est “une organisation sociale qui tient uniquement à la détermination de ses fondateurs”. Pas “un hobby à mi-temps à faire financer à coups de TEPA par la famille et si on rate c’est pas grave”. Avec des mantras comme “Fail Fast, Fail Cheap”, on entend presque “Quit & Give Up Easy. Quid du grand-oncle qui a mis le premier chèque ? Des parents qui parfois soutiennent encore de jeunes entrepreneurs ?

Monter une startup ce n’est pas faire de la recherche scientifique.

Pas de schizophrénie entrepreneuriale.

Ne pas avoir peur de l’échec et le dédramatiser est souvent une posture. La plupart des entrepreneurs dans la Vallée embrassent l’échec avec la bouche mais le fuient de tout leur corps. Je m’explique : Dans la Silicon Valley, c’est hype de dire qu’on accepte l’échec. Pourtant tous en ont profondément peur tellement la pression de réussir est forte. Tellement forte qu’elle créée une tendance à vouloir prendre des raccourcis vers le succès : Le Growth Hacking.

L’échec est un tabou aussi aux États-Unis, pas de complexe à avoir ici. Il y a juste un décalage entre ce qui est dit et ce qui est fait. Échouer une fois n’est pas mortel de l’autre coté de l’atlantique, échouer plusieurs fois de suite le devient très rapidement. Les investisseurs commencent à devenir très frileux, l’énergie physique et psychologique se perd, à la même vitesse que les relations sociales. De nombreux founders revendent d’ailleurs leurs startups pour presque rien, simplement pour laisser la trace d’une réussite déguisée. Ces rachats prennent souvent la forme de acqui-hire (acquisition + hire) ou l’équipe fondatrice est embauchée par une nouvelle structure.

Échouer n’est pas une option (et ne l’a jamais été) !

On fait quoi alors ? On respecte.

D’un coté on entend qu’il ne faut pas avoir peur de l’échec, de l’autre que quand même, un peu. Qu’en reste-t-il ?

Pour reprendre l’exemple du tigre qui vous poursuit : effectivement si vous n’avez pas peur de mourir, vous n’allez pas courir assez vite, et mourir. Si vous êtes paralysés par la peur, vous mourrez aussi. Il ne s’agit pas de se retrouver à nouveau paralysés par l’échec, mais de ne pas tomber dans l’excès inverse et de croire que la célébration de l’échec accélère la réussite d’un écosystème. Au contraire. Le plus dur est de trouver l’équilibre entre les deux. D’être dans ce que certains appellent le “flow, qui permet de simplement respecter l’échec en tant que processus itératif d’apprentissage et non pas de le célébrer en tant qu’état de mort final d’une boite.

Comme le précise Mark Suster, pour beaucoup le “Fail Fast” veut simplement dire “sortez vite un produit & apprenez de vos clients”.

Alors remplaçons “Fail Fast” par “Launch & Learn”
et FailCon par LaunchCon ☺

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