Une méthode pour transformer des idées en produits

Public Policy Forum
Jun 1, 2017 · 4 min read

Paul Santerre
Ingénieur biomédical.
Professeur en biomatériaux, Université de Toronto.
Scientifique en chef, Interface Biologics Inc.

La liste des titres et des accomplissements du Dr Santerre à titre d’ingénieur biomédical est impressionnante, mais il la résume ainsi : « inventeur en série. » Ses recherches de longue date sur les propriétés des matières plastiques ont mené à la création de plusieurs entreprises et à plus de 60 brevets sur des produits, par exemple un additif pour le plastique utilisé dans la fabrication de dispositifs médicaux tels que les cathéters afin de réduire la coagulation et améliorer les résultats pour les patients.

Il se souvient de l’époque où un tel esprit d’initiative n’était pas la norme. Cela était même plutôt mal vu par l’establishment scientifique. Il a pu en faire l’expérience en été de 1982 alors qu’il travaillait pour un professeur de chimie physique dans le cadre d’un programme de recherche de premier cycle à l’Université Dalhousie. Ce professeur avait des contrats qui consistaient à aider des compagnies de pétrole à élaborer des produits pour extraire le pétrole des sables bitumineux en Alberta. « Il s’agissait d’une situation hautement inhabituelle. Au Canada, très peu de laboratoires de science fondamentale avaient des activités commerciales, car cela était mal vu », se rappelle-t-il. « Il était tabou pour les scientifiques universitaires d’avoir des relations avec les entreprises privées. »

« Le Canada se classe toujours parmi les trois premiers pays au monde quant au nombre de diplômés du postsecondaire. Nous avons investi dans l’acquisition d’un énorme savoir. Pourtant, nous n’en tirons pas profit, du moins pas à une aussi grande échelle que d’autres pays. Il est absolument insensé d’investir aussi massivement dans les ressources intellectuelles sans ensuite chercher systématiquement à les mettre à profit. »

Ce travail d’été lui a aussi fait prendre conscience des nombreuses possibilités de création des interrelations entre la biochimie, la biologie et la chimie. « Cela m’attirait », dit-il. Il a alors poursuivi ses études et obtenu un doctorat en génie chimique en 1990, en plus de travailler au premier programme sur le cœur artificiel au Canada, à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, dans le cadre d’un consortium auquel participait l’un des plus grands fabricants de valves cardiaques au monde.

En 1993, il est devenu professeur en biomatériaux à l’Université de Toronto, où il a aussi pu trouver des marchés pour beaucoup de ses innovations. L’une d’elles, EndexoMC, est un composé de macromolécules que l’on ajoute aux matières plastiques au cours de la fabrication de dispositifs médicaux. Les plastiques non traités qui entrent en contact avec le sang des patients peuvent causer de la coagulation et entraîner des complications potentiellement mortelles, comme des infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux. L’enduit Endexo a réduit l’incidence de la coagulation associée aux cathéters à seulement un pour cent, explique M. Santerre.

M. Santerre a commercialisé sa technologie par l’intermédiaire d’Interface Biologics Inc (IBI) de l’Université de Toronto, qui existe depuis 2001 et dont il est le cofondateur. Actuellement, il y occupe le poste de scientifique en chef. La prochaine application prévue pour Endexo sera des tubes de plastique qui servent pour l’hémodialyse, car ceux-ci sont aussi sujets à la coagulation.

« Ce sera extraordinaire », dit M. Santerre. « Entre un et deux millions de dialyses sont effectuées quotidiennement en Amérique du Nord. » Il travaille sur d’autres applications de sa technologie pour les plastiques, qui s’harmonise avec les processus de réparation de l’organisme. Les traitements actuellement développés en collaboration avec des partenaires commerciaux et institutionnels comprennent la culture de tissus, la régénération des disques intervertébraux et un « ruban » pour joindre des os crâniens fracturés.

L’expérience acquise auprès de IBI l’a incité à créer, sur le campus, le Health Innovation Hub, un incubateur qui enseigne aux diplômés en sciences de la santé et en génie biomédical, de même qu’aux scientifiques en début de carrière, les bases du démarrage d’une entreprise du secteur de l’innovation. Avec l’aide de mentors, les jeunes chercheurs « transforment des idées en produits », explique M. Santerre, qui est le codirecteur de l’incubateur. Déjà, l’incubateur a produit 70 jeunes pousses. « J’espère que dans 10 ans, nous verrons ces innovations sur le marché. »

Selon lui, il est important que les innovations médicales fassent diminuer les coûts des soins. « Si cela ne peut être fabriqué de manière pratique, abordable et facile, il faut en oublier la commercialisation. Les technologies coûteuses mettent le système de santé en faillite. »

Parmi les défis demeure le fait que de nombreux universitaires de la vieille école « protègent toujours le concept idéaliste de “pureté de la science,” dans l’espoir d’éviter la contamination par l’industrie », dit-il. Par contre, « La génération montante abandonne cette idée erronée. »

La recherche fondamentale demeure importante pour faire des découvertes, concède-t-il cependant. « Il faut continuer d’y investir pour que les innovations se poursuivent, mais nous devons nous en servir au lieu d’en tabletter les résultats. »

Il souhaiterait que des compagnies, par exemple les grands détaillants canadiens, investissent dans les jeunes pousses, que les institutions financières proposent des solutions améliorées de prêts, et que les nombreux philanthropes au pays offrent un meilleur soutien.

« Le Canada innove seulement à une fraction de son potentiel », ajoute-t-il. « Nous ne voyons actuellement que la pointe de l’iceberg. Pourtant, c’est un iceberg assez énorme. »

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