Comment la tech chinoise a conquis le monde

En à peine 30 ans de modernisation à vitesse grand “V”, la Chine est passée du statut de pays rural à celui de deuxième plus grande économie mondiale. Connaissez-vous les principaux acteurs de l’économie chinoise ? Comment ont-ils su s’imposer sur un marché qui compte plus de 1,4 milliard d’habitants ?

Giulio Zucchini
Feb 16, 2018 · 7 min read

Depuis les années 1980, la Chine a révolutionné son modèle économique : son PIB est aujourd’hui trois fois plus important que celui de la France. La transition capitaliste a également engendré une révolution technologique. Grâce à une volonté politique protectionniste, capable de soutenir les jeunes pousses nationales, la Chine a construit des empires de l’innovation, de l’économie des services et du software, qui génèrent des milliards de dollars chaque année.

Depuis 1978, la Chine a engagé plusieurs réformes économiques, ce qui lui a permis d’enregistrer un taux de croissance du PIB d’en moyenne 10% chaque année. Ces réformes avaient pour but d’ouvrir le marché chinois au reste du monde tout en protégeant les entreprises nationales. Ce taux de croissance est la résultante de plusieurs facteurs, dont l’augmentation de la productivité due à la privatisation d’entreprises, à l’urbanisation, au recours à une main d’oeuvre non qualifiée et à l’essor du capital humain qualifié.

Ceux qui pensent et ceux qui font

Les investissements dans l’industrie ne sont pas tenables sur le long terme. Le pays décide alors de soutenir sa “nouvelle économie” pour rester compétitif. L’avenir de la Chine repose sur le développement de la technologie de pointe, de l’industrie intelligente et orientée consommateur, et des innovations écologiques.

Le pays délaisse l’industrie et se tourne davantage vers les services et la consommation. La valeur ajoutée de la nouvelle économie représente environ 15% du PIB chinois, part bien plus élevée dans les pays qui ont déjà intégré la transformation digitale.

Si l’industrie continue de représenter une large part de l’économie chinoise, elle se concentre toutefois davantage sur la technologie. La Chine est le premier exportateur de produits high-tech — en dollars US, ses exportations représentent près de trois fois celles du deuxième plus grand exportateur mondial.

Fabriqué en Chine 2025

Au fil des années, la Chine s’est de moins en moins appuyée sur l’agriculture et l’industrie et a favorisé les services. Quand les parts de l’industrie, de l’exploitation minière et de l’énergie dans le PIB national diminuent, celles issues des biens de consommation, de la tech, de la chimie et des services augmentent toutes. Afin que la tendance ne s’essouffle pas, le gouvernement lance un nouveau plan appelé “Fabriqué en Chine 2025”.

Il comprend une large modernisation de l’industrie chinoise, et se concentre plus particulièrement sur les technologies de l’information, l’automatisation et les robots, l’aéronautique, le transport maritime, un chemin de fer moderne, les véhicules carburant aux nouvelles énergies, la production d’énergie, l’agriculture intelligente, les nouveaux matériaux, et la biopharmacie. De telles stratégies ont fait connaître aux nouvelles capitales de la tech de véritables booms démographiques.

La situation politico-économique tout à fait unique de la Chine a engendré une version d’Internet tout à fait propre au pays — un univers similaire à ce que les pays occidentaux connaissent, mais avec des différences marquées. Loin d’examiner ce phénomène à travers le filtre de l’exotisme, nous avons essayé de trouver des correspondances entre les services que nous connaissons et les stars de la tech chinoise.

Toutes ces entreprises sont devenues de puissants empires, et doivent leur succès aux visionnaires qui sont à leurs têtes. Néanmoins, de nombreux occidentaux n’ont jamais utilisé une application chinoise — et encore moins découvert les histoires de leurs créateurs. Dans une société mondialisée, les entreprises occidentales ont beaucoup à apprendre des innovations développées en Chine.

La Silicon Valley chinoise

Les plus grands hubs de la tech sont concentrés autour de l’innovante Pékin, la high-tech Shenzhen, la connectée Hangzhou, la commerciale Shanghai et la vivifiante Guangzhou. La différence entre les villes modestes qu’elles étaient en 1980 et ces mégalopoles couvertes de gratte-ciels qu’elles sont devenues est frappante. Chengdu, Chongqing, Suzhou, Wuhan, et Tianjin sont également en passe de devenir des hubs de la tech chinoise, des villes dont l’écosystème économique privilégie l’émergence d’entreprises dans le domaine de la tech. Pékin s’impose rapidement comme l’épicentre de l’innovation, il s’agit bien de la Silicon Valley de la Chine. Près de la moitié des start-up chinoises ont leur siège dans la capitale et c’est là que se concentrent en priorité les investissements.

Face à toutes ces innovations, il est facile d’oublier que la Chine est toujours un pays en voie de développement. La plupart de ces villes se situent sur la côte Est, alors que l’Ouest du pays demeure en grande partie rural. Selon le Centre d’information Internet de Chine (CNNIC), environ 51,7% de la population bénéficie d’une connexion Internet, ce qui représente 710 millions de personnes.

95% des internautes possèdent une connexion mobile, notamment par leurs smartphones. Par sa démographie importante, la Chine constitue le plus grand marché de smartphones au monde avec 695 millions d’utilisateurs.

Comment le protectionnisme a boosté la tech chinoise

La Grande Muraille de Chine a protégé le pays des envahisseurs pendant des siècles. Mais depuis 1994, le pays fait face à une menace qui ne peut être contrée par un mur de pierre : Internet. Pour protéger son économie et réglementer la toile, le gouvernement chinois crée un mur virtuel surnommé le “Grand Firewall de Chine”. Tout site web qui irait à l’encontre des intérêts économiques de la Chine ou serait jugé défavorable au gouvernement communiste est bloqué. Facebook, Google, YouTube, Twitter, entre autres, sont tous proscrits. Toutefois, compte tenu des révélations d’Edward Snowden en 2013 sur le système de surveillance de la NSA, les politiques protectionnistes du gouvernement chinois se sont probablement avérées être des choix judicieux pour la sécurité nationale — mais aussi pour les entreprises chinoises. Que font les internautes chinois lorsque les applications qui peuplent les smartphones américains sont interdites dans leur pays ? Ils développent leurs alternatives. Pour encourager cette démarche, le gouvernement crée un fonds d’investissement pour les start-up de 6,5 milliards de dollars.

Véritables moteurs, les entrepreneurs geeks ont poussé le marché chinois à développer son propre écosystème sur Internet. Dans l’absolu, plusieurs structures chinoises ont été créées à l’image de leurs pendants américains. Pour comprendre le phénomène, il faut le voir comme une évolution biologique : quand une cellule se divise et que ses deux parties évoluent dans deux

environnements différents, elles sont vouées à développer des caractéristiques différentes liées à leur environnement. Les entreprises américaines se sont développées d’une certaine manière, et les chinoises d’une autre, prospérant jusqu’à devenir des poids lourds de l’industrie au niveau mondial, lançant innovation sur innovation.

Les gourous de la tech chinoise

Bien qu’elles opèrent principalement en Chine, ces entreprises restent des géants économiques à l’échelle mondiale. Didi Chuxing, le service de voitures avec chauffeur, a enregistré 1,43 milliard de trajets en Chine rien qu’en 2015, près d’1,4 fois plus que le total des trajets dans le monde d’Uber en 6 ans de fonctionnement. La plateforme d’e-commerce Alibaba Group, comptabilise, elle, plus de 10 millions de vendeurs, 450 millions d’utilisateurs actifs, et est le sixième plus grand détaillant au monde, et rattrapant progressivement Walmart et Amazon. Tencent, similaire au conglomérat Facebook mais avec un public cible plus large, est valorisé à 331 milliards de dollars. Ces chiffres faramineux démontrent amplement la puissance du marché chinois et de ses acteurs.

L’équilibre d’antan, oscillant entre conception et production, influence toujours les représentations d’aujourd’hui. Le préjugé courant selon lequel “ceux qui pensent” sont en Occident et “ceux qui font” sont en Chine, est en train de tomber. Les gourous de la tech chinoise ont cassé cette image en créant des entreprises innovantes et compétitives. Il serait temps pour l’Occident de s’inspirer de leur copie.

Mark Zuckerberg et Jeff Bezos sont des noms très familiers. Mais avez-vous déjà entendu parler de Ma Huateng ou de Jack Ma ? De Jean Liu ou de William Ding ? Chacun de ces poids lourds de la technologie a une histoire fascinante à raconter. A l’heure où les entreprises chinoises sont prêtes à s’octroyer une part considérable du marché mondial, il est plus que jamais important de connaître ces histoires.

Retrouvez sur Numerama les portraits des PDG de la tech chinoise.
Téléchargez ici la version intégrale de notre étude.

Giulio Zucchini

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Responsable éditorial et de l’innovation internationale at @21CroixRouge

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