Illustration : Andrea Mongia

Internet, une histoire pas tellement virtuelle

Le monde des données est composé de câbles, data centers et d’unités de refroidissement dans lesquels les géants du web investissent massivement. L’univers digital, constitué par vos posts Facebook, vos tweets et vos mails, n’est pas aussi virtuel qu’on pourrait le croire et génère 2% des émissions de CO2.

Le mythe de la dématérialisation a laissé imaginer que l’espace digital était infini et gratuit. Pourtant, le monde virtuel n’a jamais été aussi réel : Internet pollue, coûte cher et fait beaucoup trop de bruit.

Pourquoi ça pollue d’envoyer un email ?

215 milliards d’emails sont envoyés chaque jour dans le monde (source : Radicati Group, mars 2016). Ces emails sont des données qui, pour aller d’une boîte mail à l’autre, transitent par des câbles et des serveurs qui consomment eux-mêmes beaucoup d’énergie (pour les alimenter et pour les refroidir). En 2010, Greenpeace avait ainsi tancé Facebook pour avoir agrandi un data-center dans l’Oregon dont l’électricité provenait principalement du charbon. Depuis, Google, Facebook et Apple ont retenu la leçon et font la course à celui qui sera le plus vert. Les data-centers d’Apple aux États-Unis fonctionnent d’ailleurs désormais à 100% grâce aux énergies renouvelables.

Pourquoi les data-centers sont-ils toujours dans des endroits absurdes ?

Ashburn en Virginie, Luleå en Suède, Quilicura au Chili : les data-centers sont souvent situés dans des endroits dont personne n’a jamais entendu parler. Pour choisir les emplacements de leurs énormes serveurs, il faut dire que les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) cherchent des endroits qui remplissent un certain nombre de critères pas toujours faciles à réunir :

  • infrastructures électriques particulièrement fiables et si possible pas trop chères
  • environnement fiscal favorable (Dublin est assez populaire)
  • conditions climatiques particulières

C’est en partie pour ce dernier point que Facebook s’est installé à Luleå, en Suède. Plutôt que de consommer de l’énergie pour empêcher la surchauffe des gigantesques serveurs, il suffit d’ouvrir les portes de temps en temps et le vent polaire se charge de refroidir les ordinateurs.

En basant des data-centers en Europe, les géants du web se rapprochent également de leurs utilisateurs de ce côté de l’Atlantique, réduisant la distance que doivent parcourir les données et donc les temps de chargement pour les internautes. De plus en plus, l’industrie tech s’oriente vers un système double : des data-centers proches des utilisateurs pour les contenus immédiats (les photos qui buzzent par exemple) qui sont ensuite transférés pour être archivés sur des serveurs aux États-Unis quand la demande se fait moins importante.

Pourquoi Facebook et Microsoft fabriquent-ils des câbles sous l’Atlantique ?

Facebook et Microsoft ont annoncé en milieu d’année le lancement de Marea, un projet de câbles qui relieront la Virginie à Bilbao, en Espagne. Outre la possibilité de détenir leur propre réseau plutôt que de louer ceux d’autres opérateurs - et donc de maîtriser l’ensemble de la chaîne de distribution des données - ce projet devrait leur permettre de se développer en Afrique et au Moyen Orient. De son côté, Google est en train de construire deux câbles, l’un entre la Californie et le Japon, l’autre entre les États-Unis et le Brésil.

Pourquoi les habitants du Sentier ont-ils du mal à dormir ?

Illustration : Andrea Mongia

En début d’année, un groupe de riverains du 2ème arrondissement de Paris a porté plainte pour nuisances sonores. Ce n’est ni la vie nocturne, ni la musique d’une salle de concert qui sont responsables du “Vrrrrrrrrrrrr” permanent qui envahit le quartier. Il s’agit plutôt de nos mails, ou plutôt des systèmes de ventilation nécessaires au refroidissement des serveurs. Pourtant, en général, les data-centers les plus importants se trouvent loin des centres habités. Dans la capitale française, ils sont situés dans les banlieues du Grand Paris. Si les Parisiens ont tant du mal à franchir le périph, à part quelques exceptions comme celle du Sentier, leurs données sont, elles, déjà archivées à Vitry-sur-Seine, aux Ulis, à Saint-Denis ou à Aubervilliers.

La géographie des données anticipe ainsi la morphologie de la ville de demain : elle évolue plus rapidement que celle de ses propriétaires, des habitants et des institutions publiques.

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