Facebook pourrait devoir payer 5 Milliards de $ aux autorités US

Pascal Kotté
Jul 14 · 7 min read

Démanteler ou ponctionner n’y changera rien ! Nous devons changer nos usages et nos systèmes de gouvernances, pour mettre en place des data-coopératives.

Photo by Glen Carrie on Unsplash

Et bien visiblement, l’Europe n’est pas la seule à estimer que Facebook ne paye pas assez d’impôt. Voilà une belle contribution, potentiellement, ce n’est pas encore fait. L’Europe va-t-elle réussir à escroquer… extorquer… heu, soutirer quelques milliards elle aussi ?

Je reproduis le texte cet article issu de https://www.rts.ch/info/monde/10570512-une-amende-record-de-5-milliards-de-dollars-pour-facebook.html pour faciliter les commentaires “au milieu” disponibles via Medium, et car la RTS a désactivé la possibilité de commenter (et aussi pour sauvegarde).

Une amende record de 5 milliards de dollars pour Facebook

Facebook va devoir verser une amende record de 5 milliards de dollars infligée par un régulateur américain pour les manquements du premier réseau social au monde en matière de protection des données personnelles, affirment plusieurs médias vendredi.

L’accord à l’amiable, dont aucun détail n’a filtré, devrait aussi comporter des restrictions sur la façon dont Facebook utilise les données personnelles, indique le Wall Street Journal, qui a le premier fait état de la décision du régulateur.

Le ministère de la Justice doit encore donner son feu vert à cet accord, adopté par les commissaires de l’agence de régulation fédérale (FTC) par 3 voix contre 2, indique le quotidien des affaires.

Les données: le bien le plus précieux

Les données personnelles de ses plus de 2,7 milliards d’utilisateurs actifs mensuels sont le bien le plus précieux de Facebook, qui les collecte et les exploite pour en tirer d’immenses revenus publicitaires grâce à un ciblage très affiné.

Mais c’est à cause de la façon dont ces données sont utilisées que le réseau social se trouve depuis deux ans dans la tourmente et fait face à une grave crise de confiance.

L’enquête de la FTC visait à déterminer si Facebook avait enfreint un accord à l’amiable de 2011 dans lequel il s’engageait déjà au respect des données personnelles et à la transparence concernant leur utilisation. Elle a été ouverte après l’éclatement en mars 2018 du scandale des fuites de données vers la firme britannique Cambridge Analytica.

Facebook s’attendait à une amende de cet ordre et avait annoncé fin avril avoir fait des provisions de 3 milliards de dollars, tout en précisant qu’il pourrait devoir payer jusqu’à 5 milliards de dollars.

Cette amende égratignera à peine la santé financière de l’entreprise co-fondée par Mark Zuckerberg. Pour son exercice 2018, Facebook a affiché une santé de fer avec 22 milliards de dollars de bénéfice pour un chiffre d’affaires de 55 milliards. Et, même amputé des provisions, le bénéfice net a atteint 2,43 milliards de dollars au premier trimestre.

Un bref répit

Mais l’accord avec la FTC ne devrait donner qu’un bref répit à Facebook. Elus ou régulateurs tirent à boulets rouges sur le groupe qui fait l’objet de poursuites et d’enquêtes tous azimuts dans plusieurs pays.

Face à ces assauts, le groupe tente de reprendre l’initiative. Son responsable de la communication Nick Clegg a appelé le 24 juin les gouvernements à faire davantage en matière de régulation des géants du numérique, dont les pratiques sont souvent mises en cause notamment sur la protection des données ou la diffusion de fausses informations.

“Ce n’est pas aux sociétés privées, qu’elles soient grandes ou petites, de proposer ces règles. C’est aux responsables politiques élus démocratiquement dans le monde démocratique de le faire”, a affirmé Nick Clegg.

Mais les voix appelant au démantèlement de ces géants devenus surpuissants se multiplient. Chris Hughes, l’un des cofondateurs de Facebook avec Mark Zuckerberg il y a quinze ans dans un dortoir de l’université de Harvard, s’en est même fait le porte-voix.

“Il est temps de démanteler Facebook” en séparant le réseau social, son activité originelle, des applications Instagram et WhatsApp, a-t-il écrit tout de go dans le New York Times début mai, accusant Mark Zuckerberg d’avoir sacrifié la protection de la vie privée des utilisateurs au profit du “clic” et d’avoir éliminé la concurrence sans état d’âme.

“Important de réguler les données à l’ère du numérique”

La Bourse a applaudi des deux mains: l’action a atteint son plus haut de l’année pour finir à près de 205 dollars. Les investisseurs estiment sans doute que les restrictions ne seront pas trop sévères, comme semble l’indiquer l’opposition de deux commissaires démocrates à la décision alors que les trois républicains ont voté pour.

C’est en tout cas l’interprétation de l’association de défense des consommateurs Public Knowledge. “Nous ne connaissons pas encore les aspects essentiels du règlement à l’amiable: est-ce que Facebook doit procéder à des changements dans son ‘business model’ ou dans sa façon de faire des affaires?”, a souligné Charlotte Slaiman, chargée de la concurrence au sein de l’association.

Le ton était plus positif au Center for Democracy and Technology: “Cette amende record montre l’importance de la régulation des données à l’ère du numérique. La FTC a ainsi averti toutes les entreprises qu’elles devaient protéger l’information privée”, a souligné Nuala O’Connor, présidente de cette ONG de défense des libertés en ligne.


A froid !

Le groupe Facebook/Instagram/Whatsapp, dispose de la plus grande base base de données individuelles au monde: avec téléphone, adresse, email mais surtout, “qui est (réellement) en relation avec qui, et avec quelles fréquences”. C’est entre 4 et 5 Milliards, ou plus, de personnes individuellement identifiées. qu’elles soient connectées, ou pas ! Car ce groupe récupère les profils “gris”, ceux qui n’ont pas Facebook/etc mais qui sont dans le répertoire des contacts de smartphones, de ceux connectés…

Comment: Essentiellement grâce aux App mobiles Facebook (Messenger), Instagram et Whatsapp. Car ils collectent ainsi la totalité de vos contacts, mais aussi l’historique des appels et SMS échangés (méta data).

C’est la raison pour laquelle je n’ai pas Facebook, ni Instagram sous forme d’App sur mon mobile (uniquement en mode web, depuis le mobile aussi). quand à Whatsapp, je l’ai banni: http://Whatsapp.kotte.net

Ce n’est pas vraiment mieux avec Google, Amazon, Apple et Microsoft (les GAFAM), car eux aussi disposent de données individualisées non négligeables (surtout si tu utilises Gmail).

Mais Twitter, Whatsapp et Facebook, sont particulièrement positionnés pour permettre une manipulation massive, car eux disposent de la possibilité de modifier le contenu de la sélection des informations qui seront proposées dans le flux… Microsoft avec LinkedIn et Google avec YouTube, ne sont pas neutres non plus.

Nous recevions déjà, et cela continue encore, les SPAM emails, et même texto (SMS). Cela va rester des canaux individuels, mais le nouveau canal Whatsapp ‘privé’ bénéficie d’un avantage (inconvénient) de taille.

Les textos et SMS, comme les appels téléphoniques, et dans une moindre mesure, les emails, sont régulés par des standards, utilisés par de très nombreux opérateurs, et sont assujettis à une régulation légale Telecom.

C’est une solution privée, sur une plateforme unique et centralisée, car totalement étanche et non ouverte à la compétition…

Et en plus, cette solution est proposée dans des forfaits téléphoniques économiques, sans accès Internet, sauf Whatsapp, qui est offert ! Par multiples opérateurs, qui ont l’amabilité de faire cadeau de ce traffic data ? Ou qui sont sponsorisés par Facebook ? Cela devrait être illégal car anti-libéral (concurrence déloyale).

C’est quoi le problème ? Des myriades de messages Whatsapp de fakenews et de dénigrements ont fusé lors de la campagne électorale au brésil. Tels que Facebook a dû fermer plus de 10'000 comptes, utilisés par des agences (rémunérées) de campagnes politiques, et dénoncées pour de nombreux abus.

Pauvre Facebook, ces vilains abuseurs utilisaient sa plateforme à des fins de manipulations massives. Mais qui dispose des informations détaillées sur les profils types des personnes, afin de les influencer ? Qui gagne plusieurs Milliards de bénéfices nets par année, en fournissant un service gratuit ? Et comment ?

Désolé Zucki, tu peux raconter ce que tu veux, je suis convaincu que tu ne revends pas nos données, non, tu les conserves jalousement privées, chez toi. Mais tu permets aux annonceurs de disposer d’un ciblage individualisé afin d’augmenter l’impact de leurs marketing, commercial, ou politique.

Compte tenu de cette position actuelle, tu as les moyens de faire basculer des élections dans multiples nations… Et ce pouvoir dans les mains d’un seul individu, altruiste ?

Je comprends que les acteurs politiques et associations réclament un démantèlement des 3 acteurs, et cela ferai beaucoup de tord à Facebook, mais de toute façon, c’est trop tard. Il faudra attendre la génération suivante, car pour les précédentes, il connaît déjà tout le monde !

Solutions ? Les pistes sont ailleurs, dans d’autres directions. A creuser mais pour le moment, voici les actions urgentes :

  • Arrêter d’utiliser et désinstaller Whastapp au profit de Signal. Ce sont les usagers qui donnent leurs données volontairement, stupidement certes…
  • Bloquer le partage des contacts et l’accès aux historiques associés aux contacts, ou désinstaller Instagram et Facebook, désactiver si pas possible de désinstaller (changer de smartphone pour des trucs plus libres !)

Réflexions ! Créer des data-coopératives, où nos données sont explicitement mises à disposition de qui nous déciderons, aux conditions que nous choisirons. On pourrait même se faire rémunérer.

Une data-coopérative pourra partager des données avec multiples acteurs publics, être contrôlé par les états pour éviter des abus, mais permettre une auto-gouvernance sur nos propres données.

Car oui, nous avons besoin pour nos projets et progrès futurs, de partager nos données privées, de nous faire “profiler”, et de recevoir des informations “filtrées” et “ciblées” sur nos centres d’intérêts. C’est une nécessité à l’ère de l’infobésité. Mais sous notre propre contrôle, et nos propres règles.

Et ce n’est pas un truc trivial ou “bof”, comme me le répète souvent “les gens” de mon entourage. Je vous signale que c’est une question de survie de nos démocraties, et probablement même de la qualité de l’avenir de l’humanité.

Envie d’en causer ? http://join.Cloudready.ch (Pascal Kotté)

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Pascal Kotté

Written by

Réducteur de fractures numériques, éthicien digital, Suisse romande.

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