Conférence inaugurale Axe 2

Statut des données en recherche qualitative

Christophe Lejeune

Après les premières conférences inaugurales et une pause-café bien méritée, nous entamons la deuxième partie de la matinée avec Christophe Lejeune — docteur en sociologie de la faculté d’Economie, Gestion et Sciences Sociales de l’Université de Liège — qui prend place pour sa première intervention. Une conférence sous l’angle de l’axe 2 de ce colloque intitulé : « Quand ce dont parlent les acteurs ne comptent pas. Ou comment construire des catégories d’analyse vraiment qualitatives ?

L’objectif de cet atelier est de partir de son expérience avec les logiciels d’analyse pour montrer l’application de l’analyse qualitative. Pour démarrer sa conférence, C. Lejeune énonce trois points sur lesquels il s’appuiera durant cette conférence :

· les logiciels d’analyse de données qualitatives
· les formations doctorales
· l’analyse par la théorisation ancrée (courant méthodologique aux vertus didactiques).

Avant de passer à sa manière d’appliquer la théorisation ancrée dans le cadre de la recherche qualitative, il évoque rapidement ses activités professionnelles, notamment sa mission d’animer des écoles doctorales qu’il décrit avec beaucoup d’humour. Un ton décalé parsemé d’anecdotes qui suscite à plusieurs occasions des rires dans l’auditoire.

Christophe Lejeune nous présente ensuite la recherche qualitative à travers sept étapes :

· choisir un sujet de recherche
· concevoir une grille d’entretien ou d’observation
· conduire des entretiens, réaliser des observations
· transcrire les entretiens, prendre les notes d’observation
· annoter les thématiques abordées
· regrouper les annotations en catégories
· identifier les catégories les plus nécessaires

Il explique ensuite au public sa manière d’adapter la théorisation ancrée en indiquant les valeurs ajoutées de sa méthode. Pour nous expliciter ses propos, il prend pour exemple d’« un veilleur de nuit » qu’il a rencontré sur le terrain. Celui-ci évoque la nuit comme longue (qui ne représente ici qu’une propriété). Il pousse donc l’analyse plus loin en essayant de catégoriser cette propriété. Que signifie-t-elle vraiment ? Il faut comprendre ici que « longue » n’a pas le même sens pour un veilleur de nuit, cela signifie « l’attente » ou « l’ennui ». C’est vers cela que veut nous emmener Christophe Lejeune : créer des catégories significatives.

« On doit chercher à voir ce que dit l’acteur et non ce dont il parle. Le chercheur doit donc sans cesse se questionner tout au long de sa recherche. »

Il déroulera ainsi sa méthodologie de la théorisation ancrée de manière claire et concise, ponctuée une nouvelle fois par des petites touches d’humour qui captivera la salle. Selon lui, l’erreur principale de certains chercheurs est de confondre les méthodes qualitatives avec une liste d’étapes, il propose ici quelques astuces pratiques pour ne pas tomber dans ce piège.

Dans un premier temps l’échantillonnage et la saturation théorique où l’échantillonnage représente les propriétés d’un concept (ex. cas du veilleur de nuit), puis il propose l’étiquetage expérientiel en évoquant les deux conceptions de la catégorisation selon Pierre Paillé.

Il clôturera sa conférence en essayant d’apporter des éléments de réponses pointues face aux diverses sollicitations des membres de la salle, qui semblent avoir été conquis par cet échange riche et dynamique.


Mercredi 17 juin, Université Paul-Valéry Montpellier

Rédactrice : Maureen Jupin
maureenjupin@gmail.com
RIFREQ2015