Conférence inaugurale Axe 3

Vers des processus d’hybridation des démarches et des méthodes

Bruno Falissard

Il est 11h. C’est au tour de Bruno Falissard d’exposer son point de vue sur la question du clivage méthodes quantitatives et qualitatives mais aussi sur la subjectivité du chercheur.

Professeur à la faculté de médecine de l’Université Paris Sud, il a l’habitude de côtoyer les laboratoires et les chercheurs. Les débats sur la vérité, la subjectivité ou encore les approches méthodologiques sont chose courante dans le milieu de la recherche.

Méthodes qualitatives

Bruno Falissard est formel, il n’y aucun article sur ces thèmes, le mot qualitatif ne fait pas partie du vocabulaire des chercheurs. « Quand je l’aborde, on me demande souvent ce que j’entends par approche qualitative. Il existe une gêne épistémologique ».

Il rebondit sur ce qu’abordait le chercheur Denis Benoît lors de la conférence précédente à propos de la vérité (cf. conférence inaugurale axe 1). Convaincu, il explique : “nous ressentons toujours le besoin de parler de vérité, ce n’est pas pour autant qu’elle existe, même en sciences dures ! On confond la vérité interne mathématique à une vérité qui serait interne à une science mathématisée.”

L’avenir des approches quantitatives/qualitatives

Selon lui, on observe aujourd’hui non pas une évolution mais une ébullition, venant de la statistique et de la biologie, qui sont, du fait des jeux de données qui sont analysées, en complète rediscutions.

« Ce clivage historique entre approche quantitative et qualitative est “périmé”. Ce que vous faites existe, vos pratiques existent mais le fait de les appeler qualitatives ça n’a plus de sens. Ca a un sens pour les chercheurs que vous êtes, mais en terme méthodologique et épistémologique, moi j’y crois plus. »

La narrativité numérique illustre parfaitement ses propos. Cette méthode d’analyse consiste à raconter les histoires des patients avec des nombres pour en faire de l’induction, en faire de l’inférence purement inductive avec uniquement des nombres.

Subjectivité du chercheur

La subjectivité est partout en médecine pour Bruno Falissard. Tout chercheur devrait discuter de la place qu’il tient dans la recherche qu’il réalise. Et ce même en physique. “Ce n’est pas parce qu’une science est mathématisée que cette science est vraie”.

La différence c’est le langage de la science, c’est un discours pour représenter l’objet d’étude, la « réalité » Est-ce que c’est le corps du patient qui est malade ? Qu’est-ce qu’il l’est réellement puisque c’est lui qui le dit ?

« Je milite pour l’abolition de ces mots qui enferment la pensée. »

Christophe Lejeune, expert scientifique de l’Université de Liège, habitué de la méthode d’analyse par théorisation ancrée, réagit : « Entre quantitatif et qualitatif, on a l’habitude de regarder les problèmes d’un point de vue méthodologique, mais pas d’opposition frontale car nous sommes conscients de nos différents. On nous demande et on se demande souvent si notre échantillon est représentatif. Ces critères de scientificité et la représentativité sont souvent questionnés. »

La réponse de Bruno Falissard est sans appel : puisque les enquêtés sont bien souvent des gens volontaires, les échantillons véritablement aléatoires sont rares. Elles représenteraient moins de 10% des études réalisées.

Une doctorante profite de l’occasion pour lancer une autre réflexion sur la posture non pas du chercheur mais du lecteur : « Pourquoi ne décrirait-on pas la posture épistémologique de qui lit notre recherche ? ». Bruno Falissard acquiesce, ajoutant que les langages sont effectivement différents et que nous rencontrons souvent des difficultés à l’écrire et le dire.


Mercredi 17 juin, Université Paul-Valéry Montpellier

Rédactrice : Célia Paris
celia.paris@univ-montp3.fr
RIFREQ2015