Aujourd’hui toi et moi

Photo by Ellen Auer on Unsplash

Aujourd’hui j’ai fait ton gâteau. Le gâteau que tu m’as préparé pendant vingt-sept ans. Tu l’as fait pour Émilie, tu l’as fait pour Camille. Tu le faisais pour maman aussi, le même jour que pour moi. Aujourd’hui j’ai vingt-huit ans et tu m’as passé le flambeau. Longtemps je t’ai regardé faire. Souvent d’un œil parce que j’étais vite distrait, désintéressé. Mais surtout parce que j’avais la certitude que tu vivrais pour toujours.

Aujourd’hui j’ai fait ton gâteau. Ce n’était pas mon anniversaire. Pas celui d’Émilie, pas celui de Camille. Pas celui de maman non plus. Aujourd’hui tu es mort depuis un an. Nous n’avions pas de bougies à souffler, seulement ton souvenir à chérir, ton sourire à se remémorer. Aujourd’hui j’ai tenté de te redonner vie.

La recette est simple, la tâche surhumaine. Une mousse au chocolat, des biscuits trempés dans le café et une nuit au frigo. J’ai tout fait pour me souvenir de tes gestes, chassant à grand mal ceux de toi immobile. Ce sont les gestes qui comptent, c’étaient tes mains. Je tente de me les rappeler sereines, tranquilles, occupées à préparer ce morceau d’amour que nous avons tant aimé. Je ne me doutais pas qu’un jour je devrais le préparer sans toi.

Aujourd’hui j’ai mangé une partie de toi. Elle avait le goût du souvenir, de mon enfance et des rires. De la famille et de l’amour. Elle avait le goût de ta main posée sur mon épaule et des journées passées ensemble à la campagne. Elle avait le goût de l’amour d’un père pour son fils et de tous les “je t’aime, papa” que j’ai prononcés et ceux que je n’ai pas eu le temps de dire.

Aujourd’hui tu as fait notre gâteau car mes gestes sont les tiens. Parce que la mort et l’absence n’ont pas de sens et parce qu’en moi toujours tu vivras.