Comment une paire de chaussures peut fissurer l’Antarctique.

Avez-vous déjà vu un énorme bloc de glace se détacher de l’Antarctique ?

Maintenant OUI!

Alors sans transition, je vais essayer de vous démontrer que l’on a peut-être avec nos chaussures, donné un grand coup dans la glace là-bas tout au Sud.

L’industrie de la chaussure et l’environnement.

Je ne vais pas vous faire un récit global de notre impact, ou même un sermon de curé de petit village, mais plutôt une explication de ce que j’ai vu au Bangladesh.

Ces dernières semaines, Trump a permis de rappeler au monde entier que nos dirigeants avaient décidé de limiter la hausse des températures par le biais de la réduction de notre production de CO².

Un grand pas pour l’Homme, mais un petit pas pour la Planète.

Alors je voulais en parler à mon échelle, du bas de l’échelle, parce que les mecs en haut ils ont signé des papiers, mais le boulot est pas fait et il est loin, très loin d’être terminé. Et pour ça, je voudrai vous donner un exemple concret, l’industrie de la chaussure, ça parle à tout le monde une paire de godasses, non ?

L’industrie de la chaussure :

Qui ne porte pas de chaussures aujourd’hui dans les pays développés ? Pas grand monde, on en est même arrivé au point de mettre des godasses à nos amis les bêtes.

Un chien avec des converses bon sang! C’est mignon mais ça sert à rien!

Pour faire bref et concret, en 2015 le monde a produit 18 milliards de paires de chaussures. La population mondiale en 2015 était d’environ 7,3 milliards, soit en moyenne un peu plus de deux paires de chaussures par personne par an. Sauf que c’est une moyenne, donc pour certains ce sera plus 12–13, voir plus et d’autres plus zéro. Bon passons sur cette inégalité, ce n’est pas le sujet, quoique.

Vu que l’on est dans les chiffres :

En moyenne une paire de chaussures pèse 600 grammes, soit 10 800 000 tonnes de chaussures produites en 2015, alors pour faire comme tout le monde, je vais montrer une équivalence avec un truc totalement débile :

Par exemple, ça équivaut à la production de mangue dans le monde en 2005, ça vous parle plus comme ça, non ?

Finalement le dernier chiffre que je veux vous donner c’est le nombre de chaussures qui sont jetées chaque années, pour faire plus parlant, ce sera la quantité jetée en France en une année : Soit environ 350 millions de paires de chaussures, pour un total de 240 000 tonnes. Hop à la décharge! Hop à l’incinérateur !

Vous saviez qu’aujourd’hui nous n’avions pas de technologies pour recycler les chaussures ?

Les bases sont posées.

Il sont où les problèmes ?

La production

Parlons matériaux bruts tout d’abord, sans eux pas de chaussures. Synthétique ou naturel, donc dérivé du pétrole ou végétal. Les quantités pour produire toutes ces chaussures sont considérables et pèsent lourd sur l’environnement. Plus besoin de vous faire un dessin concernant l’impact de l’extraction de pétrole. En revanche, pour l’exemple végétal, on se dit “si ce sont des plantes ça doit pas être si mauvais que ça”. Sauf que, si on prend le coton qui peut être utilisé sur ce qu’on appelle la tige, la partie haute de votre chaussure, c’est 5300 litres d’eau pour un kilogramme de coton. C’est moins drôle du coup, je continue. Le coton c’est 25% de la consommation mondiale d’insecticides et 10% des herbicides et je termine sur le fait que 60% du coton cultivé est génétiquement modifié.

28000km de bateau pour le coton du Kenya, tour du monde = 40000km

Vous rajoutez à tout ça, l’eau et l’énergie utilisées pour transformer et teindre ces matériaux brut en rouleau de tissu et enfin le transport. Coton du Kenya, donc Afrique de l’Est qui navigue jusqu’en Chine, donc Asie de l’Est pour être transformé et chargé encore une fois dans un bateau à destination du Bangladesh, donc Asie de l’Ouest, puis du Bangladesh jusqu’à votre magasin du coin. Je reviendrai sur l’impact du transport.

Je vais être honnête avec vous, mon expérience ne m’a pas amené à visiter des champs de coton donc je me reporte uniquement sur mes échanges avec des professionnels et des informations que j’ai pu trouver sur internet. Ce qui suit en revanche découle directement de mon immersion au Bangladesh.

Produire en Asie

Un des problèmes de l’industrie en Asie, c’est que ces pays ont peu ou pas de sources d’énergie propre, les centrales fonctionnent au charbon ou au gaz naturel et quand il y a une coupure d’électricité et que les machines à coudre s’arrêtent, ce qui arrive fréquemment dans ces pays, des générateurs énormes prennent le relais et consomment des milliers, voire des millions à l’échelle de l’Asie, de litres de carburant. Et là, le CO2 il fait pas de cadeau!

Un autre problème, comme toute industrie, nous avons des dates limites à respecter et pour la production la date la plus importante, c’est celle de la mise en container. En général, on travail sur des plannings ultra serrés, découpés de cette manière : design, prototypage, essais, industrialisation, production, mise en container. Ce qui veut dire qu’une seule dérive dans les process et c’est le retard assuré. Une erreur logistique ou de production peut devenir un problème majeur pour l’approvisionnement des magasins ou des distributeurs. Et ces problèmes sont fréquents quand on travaille dans des pays avec des manques structurels tels que de bonnes routes, ou une corruption présente au quotidien, telle qu’un directeur portuaire qui ne veut pas laisser sortir votre rouleau de tissu si vous ne payez pas une petite ristourne. Bref, un trou dans un rayon en magasin, c’est juste inconcevable, manquer le lancement de saison, c’est impensable. Alors pour parer au problème, et bien on fait monter les chaussures dans des avions pour récupérer le retard. La marge zigouillée, le bilan carbone, BOUM ! Le patron n’est pas content, nos poumons non plus et l’Antarctique se brise en morceaux.

Et moi qui pensais que c’était l’écureuil le responsable!

Un autre souci (pas des moindres) et ce sera le dernier, mais je voulais être certain que vous ayez toutes les infos.

Quand les chaussures sont prêtes et qu’elles ne sont pas montées dans un avion, alors on leur fait prendre le bateau, le chemin normal. Des cargos géants, des pollueurs géants qui consomment du carburant bien gras, plein en souffre, du carburant que vous ne pourriez mettre dans votre voiture sans avoir le risque de tomber en panne après 10 kilomètres.

Les 100 plus gros cargos polluent autant que toutes les voitures dans le monde!

Sur cette partie, je ne vais pas tout vous détailler mais entre les dégazages naturels qui consistent à nettoyer le fond de cale des bateaux et le déverser en pleine mer. Ou alors on peut aussi parler des cales de lestage utilisées pour équilibrer les charges. Par exemple, remplissage des cales dans les eaux portugaises et vidage à Singapour. Le risque, c’est d’avoir des espèces qui traversent la planète pour peut-être envahir et détruire un milieu marin à l’autre bout.

Où je veux en venir ?

Ça c’est la partie immergée de l’iceberg, celle sur laquelle vous ne pouvez avoir une grosse influence, mais surtout une visibilité et une compréhension totale si vous n’êtes pas dans cette industrie spécifique, voire même dans ce pays précis. Mon but, c’était de vous donner un aperçu de cette partie cachée.

Je ne vais pas vous dire d’arrêter d’acheter des chaussures, loin de là l’idée de vous donner des ordres ou de vous voir pieds nus dans la rue. En revanche, ce que je peux vous demander c’est de réfléchir à tout ça, à votre impact dans ce schmilblick lorsque vous achèterez votre prochaine paire de chaussures parce qu’entre nous :

On n’est pas venu ici pour détruire, ok ?

Soutenez moi pour partir sur l’expédition Climate Force en Antarctique avec Robert Swan, explorateur polaire anglais! On travaille à la protection de l’Antarctique et sur le changement climatique, rien que ça !

Merci les Loulous!