
Courir un 1er marathon, c’est exactement comme accoucher*
Pour ceux qui me connaissent, vous savez que je n’ai jamais accouché d’un enfant. Pour les autres, je vous l’annonce. Par contre, au printemps 2016, j’ai accouché de mon tout premier marathon. Et comme j’ai 34 ans, je suis à l’âge où mon quotidien est rempli de bébés grâce à mes amies (merci Facebook pour les photos). J’ai donc une certaine expérience en accouchement, et je peux affirmer qu’accoucher d’un premier enfant, c’est exactement comme courir un premier marathon.
*Si vous êtes une femme qui a déjà accouché, prière d’arrêter de lire ici.*
Maintenant qu’on est simplement entre nous, je peux vous expliquer ma théorie. Lorsqu’on décide d’avoir un enfant, c’est habituellement une décision qui se prend bien avant de tomber enceinte. Pour le marathon, c’est un peu la même chose : j’ai commencé par développer ma relation avec la course pendant quelques années avant d’enfanter. Tout a commencé avec quelques dates ici et là, en portant mes plus beaux kits pour me montrer sous mon meilleur jour. Par la suite, on a connecté, j’y ai pris goût et la course et moi sommes entrés dans une relation sérieuse, incluant de plus longues sorties, une routine où on se voyait de 3 à 4 fois par semaine, des photos ensemble sur Facebook, le bonheur quoi !
La décision
Après quelques années en relation sérieuse, c’est à ce moment que l’on commence à penser à notre futur ensemble, à caresser de plus grands rêves, comme celui d’accoucher d’un premier enfant/marathon. On tâte donc tranquillement le terrain, on commence à en parler à nos amis. Certains nous disent qu’on est fou, qu’on est trop vieux, que ça ne fait pas assez longtemps, qu’on ne sait pas dans quoi on s’embarque. Il y a aussi les gens qui l’ont fait avant nous qui sont souvent là pour nous encourager, pour nous dire que c’est merveilleux et qu’ils ne regrettent pas de l’avoir fait. Bien que la décision en soit une très rationnelle, je pense qu’à un certain moment, on se dit simplement « Fuck it » et on se lance dans cette belle aventure remplie d’inconnu. C’est donc à ce moment que l’on s’inscrit à son premier marathon, habituellement 8 à 9 mois avant d’accoucher de celui-ci.
La préparation
Après l’inscription, c’est là que le vrai travail débute. On demande à un professionnel de nous suivre tout au long de notre parcours, pour s’assurer d’être prêt pour le grand jour. Ce coach nous fournit un plan détaillé à suivre pour les prochains mois : quoi faire, combien de fois par semaine, quoi manger, ne pas manger (ici, les sushis sont permis), comment bien récupérer pour s’assurer de ne pas trop être fatigué. Lorsqu’on est enceinte, comme lors de la préparation d’un marathon, on devient parfois un peu fou avec toute l’information que l’on retrouve dans les livres et sur Internet. On commence à vouloir tout lire pour s’assurer de tout savoir : quel exercice faire pour maximiser notre endurance, quelle technique de respiration adopter pour plus d’efficacité lors du jour J et même quelle crème se mettre sur les mamelons pour éviter les saignements ! Malgré toute la préparation et toutes les lectures que l’on peut faire, dans le cas d’un accouchement comme d’un marathon, je crois que l’on n’est jamais vraiment prêt à affronter le grand jour. C’est justement cette belle naïveté qui rend cette première expérience aussi spéciale.
Les chiffres
Dans le cas d’un marathon, comme pour un accouchement, on devient un peu obsédé par les chiffres.
On parle en nombre de semaines (pourquoi dire « dans 4 mois » quand on peut dire « dans 16 semaines »…), on apprend un langage qui est totalement nouveau : 8 livres et 16 onces, un pace de 4:15/km, dilater à 8 cm, courir 10 minutes en R2… Entendre deux coureurs ou deux mamans parler ensemble peut souvent être incompréhensible pour un néophyte de ce langage unique. Dans les deux cas, les chiffres sont aussi souvent la première chose que les gens vous demandent une fois que tout est terminé, plutôt de savoir si vous êtes toujours capable de marcher. Ça ressemble plus à : « En combien temps ? » « Quel poids ? »
Le jour J
Le grand jour arrive enfin, après des mois de préparation. Contrairement à l’accouchement d’un premier enfant, on sait exactement à quel moment sera le départ de notre marathon et c’est préférable ainsi. Imaginez si vous étiez paisiblement endormi, que quelqu’un arrivait à côté de vous et BOOM! *Coup de fusil*, c’est l’heure de débuter votre marathon. Moins plaisant. Mais comme pour un accouchement, plusieurs jours avant la course, on prépare un petit sac qu’on va apporter avec nous, un sac que l’on vérifie probablement 20 fois, question de s’assurer que les bons vêtements s’y retrouvent, avec tout l’équipement nécessaire, les vitamines, les gels et les collations — notre kit parfait pour passer à travers cette épreuve de sueur.

Le départ
Le début d’un marathon est tout de même très excitant, vous repensez à tous ces mois de préparation, tous les sacrifices, les soirées sans boisson et vous vous dites que vous êtes prêt, que vous allez tout donner pour y arriver. Quand vous entendez le coup de fusil et que la course débute, vous corps est chargé d’adrénaline et vous voulez partir le plus vite possible, mais vous vous rappeler qu’après tout, c’est un marathon, donc vous vous calmez et vous respirez tranquillement. Inspire… Expire… Inspire… Expire… Le début de la course se passe habituellement assez bien, grâce à votre préparation et vous prenez votre rythme sous les encouragements de la foule. Dans le cas d’un accouchement, vous écoutez les encouragements de votre conjoint et de l’équipe médicale (une petite différence ici : les gens dans la salle d’accouchement n’ont habituellement pas d’affiches avec des phrases de motivation ou pour vous faire sourire, et c’est peut-être mieux comme ça).
La douleur
À un moment ou à un autre dans votre marathon, comme à l’accouchement, vous ressentez de la douleur. Au début, vous réussissez à bien gérer le tout, vous restez concentré sur votre objectif; ça se passe bien. Plus vous approchez de la fin, plus la douleur s’intensifie. Au marathon, il n’y a malheureusement pas d’épidural pour aider à diminuer la douleur, il faut donc vivre avec. (Si une femme qui a déjà accouché s’est rendue ici dans sa lecture, je suis mort !)
Le mur
Le concept du mur est quelque chose qu’on entend beaucoup parler en entraînement pour un marathon. Lorsque quelqu’un frappe le mur pendant un marathon, rien ne va plus; vos jambes se transforment en bloc de béton incapable de bouger plus rapidement, votre souffle est court, votre respiration est de plus en plus lourde et votre esprit se remplit d’idées noires. En accouchant, c’est normalement à ce moment que la future mère commence à insulter son conjoint et/ou le monde entier. On dit que le mur arrive souvent autour du km 32 ou 33 lors d’un marathon. J’avais hâte de voir si j’allais expérimenter ce phénomène. En arrivant au 32e km, je me sentais encore très bien et je suivais toujours mon rythme de course. Mais je voyais les effet du « mur » autour de moi. À partir de ce moment, j’ai vu des gens littéralement tomber, des gens arrêter de courir… j’ai aussi vu 2 personnes vomir. Que du beau ! Comme lors d’un accouchement, un marathon est rempli de fluides, disons qu’il y a plusieurs images qu’on aimerait mieux oublier. Et c’est à ce moment que ton esprit commence à te jouer des tours : tu te dis que si les autres arrêtent de courir, toi aussi tu pourrais arrêter.
À ce moment-là, la bataille devient mentale. C’est ici qu’il faut puiser au plus profond de soi-même en se concentrant sur la prochaine poussée, la prochaine respiration. Inspire… Expire… Inspire… Expire… On y est presque. Pour moi, le « mur » est arrivé au 39e km. À ce moment, la douleur a pris possession de mon corps. En plus de mes jambes qui faisaient mal depuis une bonne dizaine de kilomètres, la douleur est montée dans mes hanches, mon ventre… le polyester de mon chandail s’est transformé en verre qui écorchait la peau sur mes épaules et mes bras à chaque foulée. Chaque nouveau pas créait une vibration de douleur qui se faisait ressentir dans tout mon corps. La seule pensée qui m’habitait à ce moment était « Keep Running ». Je savais que si j’arrêtais pour marcher, c’était la fin. Une enjambée à la fois. Pousse… Pousse… Pousse… Pousse…

La fin
Puis après un peu plus de 3 heures* d’effort, l’odeur de la victoire se fait sentir, vous voyez enfin la lueur au bout du tunnel; la ligne d’arrivée est juste là devant vos yeux. Un dernier effort, une dernière poussée. Vous donnez tout ce qui vous reste d’énergie. Puis, c’est finalement terminé. À ce moment, une vague d’euphorie vous submerge, tout devient un peu flou, vous entendez des cris, parfois des pleurs, des inconnus vous félicitent, vous ne comprenez pas trop où vous êtes, ce qui vient de se passer… Vous ressentez un mélange de joie incontrôlable et de douleur. Vous avez faim, vous avez soif, vous avez envie de dormir. Rien ne va plus et tout va pour le mieux à fois. Vous avez survécu. La vie est belle.
*Peut varier selon la personne.
L’Après
Une fois l’épreuve terminée, vous rentrez à la maison avec votre petit bonheur. Pour les prochaines semaines, vous garderez les marques de l’épreuve sur votre corps, la douleur encore bien présente dans votre esprit. Vous dites même à votre entourage que c’est terminé, que vous n’allez jamais refaire cela. Puis les semaines et les mois passent. Tranquillement la douleur s’efface de votre esprit (et de votre corps) et vous ne voyez plus que votre accomplissement, ce beau bébé qui restera avec vous pour toujours.
Pain is temporary, pride is forever.
Après quelques mois, vous voyez des photos sur Internet de quelqu’un d’autre qui vient de terminer son marathon, et juste comme ça, vous ressentez la piqure. Vous vous dites qu’un deuxième serait plus facile à faire, comme vous êtes déjà passé à travers une première fois. La douleur endurée est maintenant un souvenir lointain, enseveli sous votre petit bonheur. Et juste comme ça, encore une fois rempli de cette belle naïveté, vous décidez d’en faire un deuxième.
Il me fait donc plaisir aujourd’hui de vous annoncer que cet automne, j’accoucherai de mon deuxième marathon. J’ai attendu quelques semaines avant de vous en parler, pour être sûr que ça reste (comme les premiers mois sont plus fragiles), mais c’est maintenant officiel, je ne peux plus reculer.
Le 22 octobre prochain, je serai donc sur la ligne de départ, excité, prêt à me dépasser, à souffrir. Tout cela pour ce petit moment spirituel de pur bonheur, ce moment où on se rend compte que rien n’est impossible, qu’il y a quelque chose de plus grand que nous et que la vie est une chose merveilleuse.
Keep Running my friends
J-Y
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