Caroline V.
Mar 14 · 8 min read

Presque 4 mois sans écrire et comme j’aimerais que mon retour soit motivé par une envie irrépressible de vous raconter à quel point je vais bien.

J’attends toujours d’être à bout pour me résoudre à plonger dans ce qui me fait immanquablement le plus de bien, écrire en général et ici en particulier.

Ce soir donc, je me sens à bout. De quoi, je ne sais pas. Je ressens une telle lassitude, un tel découragement. Je sais que je vais rebondir, comme je le fais toujours et cela m’empêche de sombrer dans un profond désespoir mais ce soir, je me sens si triste. Triste, seule et découragée.

Je finissais et commençais pourtant 2018 en beauté. En cette fin d’année, enfin seule et surtout libre, je me sentais capable de tout. J’avais décidé de poursuivre ma formation pour enseigner le yoga en la vivant de façon beaucoup plus légère et détachée, j’allais poursuivre l’écriture de mon roman, continuer à traduire mon livre préféré en français et puis surtout écouter mes désirs et oser.

Profitant finalement peu de mon célibat, quelques jours avant Noël, j’abordai sur un coup de tête ce mec que je trouvais si séduisant depuis des mois mais dont je ne savais absolument rien. J’allais dîner à peu près une fois par semaine dans son restaurant et à chacun de ses regards, je me sentais électrisée, sa présence m’excitait et me tranquilisait à la fois. Curieux mélange.

Le type m’intriguait et je mourais d’envie de le connaître. En cette fin décembre donc, fidèle à ma nouvelle philosophie de ne plus laisser passer la moindre opportunité par peur du rejet ou de l’échec, je lui faisais explicitement comprendre qu’il me plaisait et il me faisait non moins explicitement comprendre que la réciproque était vraie.

Et comme j’avais prévu de partir à Lanzarote quelques jours seule avant de rejoindre ma famille pour Noël et que lui rentrait aussi dans son pays, nous avions donc convenu de nous voir pour la première fois hors du restaurant après les vacances.

Pendant 15 jours, on n’arrêtait pas de s’envoyer des messages, ne voulant pas trop nous dévoiler virtuellement mais crevant d’envie de voir si nous étions compatibles, si cette tension sexuelle évidente entre nous aurait pu s’accompagner d’une complicité, d’une entente intellectuelle et apparemment nous en avions des choses à nous dire.

Je n’étais pas survoltée comme avec I. cet été. J’étais bien consciente qu’il s’agissait en premier lieu d’un défi, largement porté par mon égo. J’avais eu l’audace d’aborder un homme qui me plaisait beaucoup, j’avais eu la confirmation que j’étais à son goût.

Je me sentais belle, désirable et puissante. Capable d’arriver à mes fins pour tout ce que j’aurais décidé. Et tout cela n’avait au final pas grand chose à voir avec lui. Il aurait pu disparaître à tout moment, ma satisfaction du défi relevé n’en serait pas moins grande.

Et puis je ne me sentais pas en phase sur “tout” avec lui, loin de là. Je sentais par écrit ce que je percevais déjà chez lui à un niveau plus instinctif lorsque j’étais en sa présence : une sorte de fatigue, de mélancolie, un je ne sais quoi désabusé par rapport à la vie mais aussi un côté entier qui demandait encore à y croire et je décidai de me focaliser sur ce seul élément.

J’étais curieuse, je voulais le connaître et j’étais encore une fois, prête à me confronter à la réalité et à l’inévitable déception face à la puissance de mon imagination.

Début janvier, notre histoire commença par une belle soirée où nous étions plutôt complices, nous découvrant pas mal de choses en commun. Nous étions tous les deux fascinés par la beauté, sensibles, ambitieux d’une certaine façon … et en thérapie. Et puis la première nuit fut décevante, la deuxième aussi, nous n’étions clairement pas en phase côté sexe.

Mon été absolument charnel m’avait reveillée à la sensualité, toutes ces heures passées à faire du yoga m’avaient ouverte à un nouveau rapport au corps, plus spontané, plus direct et je ne pouvais clairement pas y renoncer maintenant. La relation s’est très vite dégradée, nous ne nous accordions pas non plus sur notre façon de communiquer.

Je n’arrivais pas forcément à identifier immédiatement ce qui me gênait mais je percevais clairement que je ne me sentais pas bien avec lui, pas moi-même, voulant l’impressionner et le séduire, revenant à des réflexes adolescents de sur-adaptation et endossant encore une fois le rôle de l’infirmière s’engageant à être là pour prendre soin d’un homme fragile.

Durant ce petit mois où nous nous sommes fréquentés, je ne me rappelle pas une fois où il m’a posé une question sur moi, sur mes amis ou sur mon passé. Moi, j’en savais pourtant pas mal sur lui. Au début, je prenais cela pour de la pudeur et puis quand il m’a confié qu’il ne s’était jamais senti proche d’aucune des femmes qui avaient partagé sa vie, qu’il n’avait jamais senti de compréhension mutuelle, je me suis dit que j’avais vraiment intérêt à arrêter les frais le plus tôt possible.

Voilà, je sentais pour ainsi dire qu’il ne me voyait pas. Il avait beau me dire de jolies choses, m’offrir de belles fleurs, je sentais une distance, une froideur aux antipodes de ce que je recherchais. Et puis, on ne riait pas ensemble. Sans rechercher un bout-en-train, c’est inconcevable pour moi d’imaginer une relation sans fous rires.

Je l’ai quitté après des nuits à me sentir coupable de la peine que j’allais lui causer, pas parce que j’allais lui manquer atrocement, je ne suis pas si présomptueuse, mais le simple fait de penser que je vais causer une déception à quelqu’un et le faire se sentir rejeté m’est difficilement supportable.

Sauf qu’au bout d’un moment je me suis dit que ma vie était plus importante que de ne pas causer de peine — fictive- à quelqu’un que je connaissais depuis si peu de temps. Le type l’a evidemment très bien pris et après nous être promis que nous allions être de grands amis, on ne s’est quasiment plus jamais donnés de nouvelles.

Depuis, j’ai tenté de retourner avec J. en réalisant à quel point c’était un type génial que j’avais simplement rencontré au mauvais moment, juste après ma rupture. Evidemment J. depuis le mois de novembre où je l’avais quitté ne m’avait pas attendue sagement et avait même tout fait pour m’oublier et avancer de son côté.

Il venait de rencontrer quelqu’un, une fille simple, avec qui le courant passait bien, sans ex encore trop présent dans sa tête et dans son coeur. J’avais laissé passer le coche, il a hésité quelques jours et constatant son malaise, j’ai préféré m’effacer et le laisser aller vers la page blanche plutôt que de se torturer en n’arrivant pas à faire un choix. Comment lui en vouloir ?

Nous n’avions pas vécu la même histoire. Il ne m’a fait que du bien, m’a aidé à traverser une période qui aurait sans doute été mille fois plus douloureuse sans sa douce présence. De mon côté, je l’ai fait souffrir, j’ai été inconséquente, même si toujours sincère, je lui fait de la peine sans le vouloir mais les fait sont là. Je ne suis pas qu’un bon souvenir.

Alors voilà, en quelques jours, je m’étais vue enfin accéder à une vie paisible avec lui. Si rassurant, cet homme qui jamais ne m’aurait laissée tomber, jamais ne m’aurait blessée, toujours m’aurait comprise et soutenue. Jamais et toujours. Encore une belle illusion, je m’étais fait mon petit film tranquillement, en l’idéalisant à travers son absence et sans imaginer un instant que lui aurait pu être dans d’autres dispositions.

Paf, le choc fut rude mais je ne me leurre pas. C’est encore à un rêve que je renonce, pas vraiment à une personne. Il m’aurait fallu plus de temps pour avoir des sentiments profonds pour lui, et encore plus de temps pour oublier ceux que je nourris toujours pour celui que j’aime encore à mon corps défendant.

Lui, qui quelques jours plus tard, alors que j’étais au lit avec une sale grippe, m’a appelée pour m’annoncer qu’il quittait Madrid. On ne s’était pas vus depuis novembre mais la nouvelle m’a fait l’effet d’un poignard planté dans le coeur. La personne qui m’est la plus proche dans cette ville, celui pour qui je suis venue ici s’en allait et me laissait encore tomber.

Je me suis sentie abandonnée une seconde fois alors qu’il ne partage plus ma vie depuis bientôt un an. Mais savoir qu’il était là me laissait inconsciemment croire que nous deux ce n’était pas définitivement terminé. Le sachant à un quart d’heure à pieds de chez moi, il ne pouvait rien m’arriver de grave ou du moins, il serait là le cas échéant. Mais voilà, encore une fois, il me fallait dire aurevoir.

En quelques mois, ma vie a encore changé du tout au tout. Il est parti, j’ai à nouveau déménagé, des amis proches sont rentrés en France, j’ai quitté mon boulot pour me relancer dans l’entrepreunariat.

Je ne parle ici que de relations, d’amour, de perte, d’illusions. Je me sens futile, infantile, faible, perdant mon temps, m’accrochant à des chimères, refusant de laisser partir mes rêves.

Je me regarde dans la glace et je me trouve moche, je me sens finie, je n’ai plus envie d’essayer avec qui que ce soit. Je ne sais pas comment j’ai pu me trouver si charmante il y a deux mois à peine et si laide aujourd’hui.

Je n’ai que 33 ans mais j’ai parfois l’impression que c’est trop tard et que je ferais bien de renoncer à mon désir d’avoir un enfant et de fonder une famille. Je sens cette tentation du repli mais je sens aussi que ce serait une erreur.

Comment pourrais-je aimer véritablement si j’ai cette conviction profonde de n’être pas aimable ? J’ai bien conscience que tout ceci peut sembler bien superficiel comparé à ceux qui ont de sérieux problèmes de santé par exemple. Mais cette anxiété de passer à côté de ma vie me la gâche paradoxalement.

J’ai à disposition les outils pour m’aider à être plus sereine et à être dans l’acceptation mais je manque de persévérance. Mon impatience me fait brûler toutes mes cartouches. Mon manque de confiance en moi me fait toujours rechercher à l’extérieur ce que je devrais moi-même m’apporter et ce dont je me prive constamment.

J’aimerais faire semblant que cette croyance n’existe pas mais ce serait malhonnête et ça fait tellement longtemps qu’elle s’est invitée à ma table: c’était mieux avant, c’est trop tard, pourquoi me choisirait-on ? Et pourquoi moi je ne me choisis pas ? Pourquoi je ne me fais pas confiance ? Pourquoi je rase désormais les murs ?

Pourquoi je ne vois pas que les deux hommes que j’ai sincèrement aimés m’ont aimée en retour et sont toujours là, d’une certaine façon, seuls aux aussi mais finalement qui ne l’est pas ? Pourquoi je nourris sans cesse le négatif, envisage toujours le pire, crois foncièrement que je ne suis pas faite pour le bonheur ? Pourquoi j’accorde autant d’importance à mon physique alors que je recherche quelque chose qui va bien au-delà ?

Ce post est mal écrit. Je vais le publier quand même car il est fidèle à ce que je ressens ce soir. Et j’écrirai mieux, et je me sentirai mieux sinon pourquoi ne pas me jeter tout de suite par la fenêtre ? Je crois au moins en ma capacité de résilience, j’aimerais juste parfois arrêter de la sursolliciter constamment.

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Stories that matter. Emotion first and foremost.

    Caroline V.

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    “Je ne suis pas culturelle, il n’y a qu’une chose qui compte pour moi, saisir la vie, le temps, comprendre et jouir” Annie Ernaux (et moi aussi)

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