J’ai tout quitté pour prendre ma vie en main

C’est bon, j’ai franchi le pas : j’ai quitté mon CDI, tout revendu ou donné et embarqué pour le Costa Rica le 8 février dernier. Alors que les tours du monde deviennent une mode, l’objectif de ce changement à 360° n’est pas de profiter de vacances prolongées. Je reprends ma vie en main pour comprendre ce qui me rend heureuse et apprendre à faire des choix responsables et conscients. Voici l’histoire d’une fille ordinaire à la recherche de soi-même pour pourvoir agir positivement sur le monde.

Jeu d’échecs : du rêve à la réalité

Je me souviens de ma désillusion lorsque j’ai découvert les dures lois du monde de l’entreprise. Etudiante en stage de fin d’études d’école de commerce, j’étais décidée à construire une belle carrière professionnelle. Après six mois de stage à acquiescer toutes les idées de mes managers, même celles qui me semblaient moins ou pas du tout pertinentes, j’ai eu le privilège d’accéder au Saint Graal : un CDI avec statut cadre! S’ouvrait alors à moi la voie royale tant convoitée par les jeunes actifs fraîchement diplômés. Suite à des changements internes d’organisation, des missions supplémentaires m’ont rapidement été attribuées. Fière de mes nouvelles responsabilités, je ne comptais plus mes heures et cherchais à prouver que je pouvais assumer cette surcharge de travail.

Après une année de dur labeur, la sentence de l’entreprise est tombée: je n’ai pas été à la hauteur de leurs attentes. Je n’ai pas compris pourquoi la reconnaissance n’était pas en accord avec toute l’énergie laissée sur mon bureau, du stress et de la pression endurée pour atteindre les objectifs. Je me suis senti comme un simple pion productif au sein d’un jeu d’échec. Mais pourquoi avoir besoin de reconnaissance si l’on est personnellement satisfait de ses accomplissements ?

J’ai été le cadre portant le matricule 345122, œuvrant dans un harmonieux open space de 50 personnes. J’ai travaillé pour atteindre des objectifs qui me semblaient vides de sens et l’on m’a demandé d’être plus égoïste pour pouvoir produire convenablement. J’ai la sensation d’évoluer dans un monde où beaucoup font passer leurs intérêts personnels avant leurs responsabilités envers autrui. J’en viens à oublier mes valeurs, oublier ce dont je suis capable et perds confiance en moi. Je badge tous les matins, mange au self pratiquement tous les midis, rebadge tous les soirs et rentre avec ma voiture qui m’attend sagement sur le parking. Je suis au bord de la dépression en ayant la sensation d’être un mouton.

Cocktail d’addictions

J’ai alors commencé à tout remettre en question et à voir ma routine autrement. En étant honnête avec moi-même, c’est depuis toujours que je me sens en décalage avec la société. Je ne voulais simplement pas me l’avouer parce que je n’arrivais pas à comprendre mes émotions et mon état d’esprit.

Malheureusement pour moi, j’ai trouvé des échappatoires grâce à différents moyens. Je passe par des périodes pendant lesquelles je mange beaucoup (+8kg sur la balance!), en programmant de véritables crises d’ingestion compulsives ou « crises de gras » comme j’aime les appeler. Je grignote toute la journée et utilise le sucre comme anesthésiant à l’ennui, la colère ou la fatigue. J‘excelle dans l’art du shopping compulsif, ce qui me plonge dans un état euphorique pendant lequel j’achète frénétiquement tout et n’importe quoi. Satisfaite pendant quelques heures, parfois seulement quelques minutes, je me sens ensuite coupable et angoissée. De nature très festive, j’ai utilisé de nombreuses longues nuits de fêtes endiablées pour combler un vide. Toute la semaine, j’attendais avec impatience le weekend pour pouvoir noyer dans l’alcool et les cigarettes cette vie que je n’aimais pas. Cet état d’inhibition me permet d’aimer, de danser, de crier, de laisser s’exprimer l’aventurière qui est en moi. Les vodkas redbull régulent mes émotions, j’ai le sentiment d’être plus forte, d’exister vraiment et pendant quelques heures je m’amuse à penser que je suis heureuse.

Ce cocktail d’addictions ne s’accorde pas avec une vie amoureuse stable. Je tombe amoureuse mais rejette ce bonheur qui me tend les bras par peur de m’attacher à une vie que je ne souhaite pas. Je ne veux pas que, comme le shopping, la nourriture ou l’alcool, l’homme qui partagera ma vie et avec qui je fonderai une famille, soit une simple dose de morphine pour supporter ma vie quotidienne. J’ai l’impression de ne plus être aux commandes de ma vie, tel un bateau sans gouvernail qui navigue sans destination. J’ai besoin d’un changement, d’arrêter quelque chose mais je ne sais pas quoi.

Mon salaire me permet d’endormir de temps en temps ce mal être qui sommeille au fond de moi : je pars où je souhaite en vacances et je peux acquérir quantité de biens matériels me procurant une satisfaction éphémère. Je suis l’exemple de ce que la société attend d’un petit mouton bien formaté, obéissant et consommateur. J’ai choisi d’arrêter de payer le privilège de cette stabilité.

Quel est le sens que je veux donner à ma vie ? Sur quels critères je fais mes choix de vie ? Quelle est l’équation qui me rendra heureuse ? CDI bien payé + trouver sa moitié + mariage + acte de propriété + enfants + retraite = accomplissement ? A quoi bon avoir une belle voiture ou un appartement si je suis malheureuse dedans ?

Ma première réaction a été de refouler ces questions, affirmant qu’il s’agissait juste d’une période d’adaptation au rythme de la vie active. Malgré cette auto-persuasion, ces questions venaient me déranger de plus en plus fréquemment et de plus en plus violemment. Je pense en parallèle à des reconversions professionnelles et je m’éparpille. Etudes de psychologie, ouverture d’une franchise, professeur de yoga, inscription à une mise à niveau en art appliqué, tout y passe !

Jusqu’à ce que je décide de lâcher prise.

L’éveil à la réalité

Comme si j’avais reçu une gifle en plein visage, j’ai compris comment je suis manipulée pour participer à construire une civilisation de l’illusion. Pour atteindre confort et bien être, j’ai toujours été à la poursuite d’une richesse matérielle fondée sur le niveau de mon compte en banque et mon statut social. Pour accompagner cette prise de conscience, j’ai commencé par apprendre à désapprendre ma conception de la vie. J’ai ingéré un maximum d’informations, participé à des conférences, échangé avec mon entourage. Il s’agissait d’une quête frénétique de sens pour finalement comprendre que pour changer le monde, il faut d’abord se changer soit-même.

“Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde” — Gandhi

J’ai commencé par prendre conscience de toutes mes décisions, en comprenant l’impact et les conséquences de chacune d’entre elles. J’ai modifié certaines de mes habitudes de consommation en choisissant consciemment à qui je donne de l’argent (adieu les grandes surfaces!) et en revoyant à la baisse tous mes besoins du quotidien. Le chemin est encore long car vingt-sept années ne s’effacent pas juste en se réveillant un beau matin avec l’envie pressante de sauver le monde. Très vite et comme une suite logique, l’idée d’un voyage a germé.

J’ai signé mon premier VDI : Voyage à Durée Indéterminée

Ce nouveau départ est ma méthode curative : je me coupe du sur-confort qui ne me fait pas évoluer et m’éloigne des rôles que j’endosse auprès de ma famille et de mes amis afin de pouvoir être moi. Je veux devenir maître de mon esprit pour créer ma vie et faire de cette aventure une quête intérieure pour trouver un bonheur simple et libre. J’aspire à ne plus être esclave de l’argent et à trouver un mode de vie qui me correspond. J’ai besoin de m’engager pour une cause qui ait du sens. Je veux entreprendre une activité durable, solidaire, équitable, qui apporte une aide à la communauté mondiale grâce à des valeurs de compassion, d’humanisme et soucieuse des générations futures.

“Tous ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur propre bonheur ; tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le bonheur d’autrui.” — Shantideva

Malgré cet excès de bonne volonté, j’ai l’impression que je me dirige vers le sentier abrupt plutôt que vers la pente douce. Mais quitte à avoir une situation matériellement moins confortable, je prends le risque de réaliser cette quête pour être libre et en accord avec mon système de valeurs. La vie est trop courte pour ne pas la vivre pleinement. La route sera peut être longue et pleine d’embûches, mais je suis prête à me battre pour redonner du sens au quotidien. Et surtout, j’y crois.

Photo par Patricio. Je tiens à remercier les personnes qui m’ont aidé dans l’écriture de ce texte. Si vous avez aimez cet article, n’hésitez pas à cliquer sur le petit coeur vert et à le partager sur vos réseaux sociaux pour que vos amis le découvrent aussi ;)

Je suis Laura, j’aime le développement personnel sous toutes ses formes, j’explore le monde à la recherche d’expériences et de rencontres. Je suis friande d’échanges, n’hésitez pas à me contacter sur Instagram, Medium ou par e-mail ortegalaura.or@gmail.com. A bientôt :)

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