La baignoire d’Archimède

Photo by Mundhi-Ling Gunawan

J’habite un trou sans fou, gorgé de flotte. Un village autrefois portuaire, une petite baignoire située non loin de la mer. L’océan s’évapore, délogé dans ces brumes mortes. Les gouttes d’eau s’échappent une à une par ce trou béant dans l’atmosphère. Dehors, il pleut des cordes.

« Plic… plic… plic… »
Et ainsi de suite, avec beaucoup de rythme.

L’humidité transpire par la fenêtre, et vient former une flaque sur le parquet, sur les vitres ruissellent des traverses de chagrin. Il pleut, sans discontinuer depuis bientôt trois mois. Et plus rien ne s’aventure dehors.

C’est devenu trop dangereux, le sol ne tient plus en place, les voitures se déplacent au gré des courants, les canots semblent immobiles en remontant les pentes torrentielles. On reste chez soi, et c’est très bien comme ça.

Ici, les mots suivent la loi de l’eau. Et s’échappe des livres, un à un, par ce trou béant qu’est le rêve. Il pleut dedans, un goutte-à-goutte de mots incontinent. J’écris ces quelques larmes qui me noient. Quelques mots qui empliront peut-être cet ensemble qu’est l’océan.