La France, nation EdTech qui s’ignore

Nous avons tout pour faire de notre école un exemple.

Par Faustin Tuyambaze.

C’est indéniable : le bouillonnement EdTech est international. Les investissements s’accroissent, les expérimentations se multiplient et les programmes d’accompagnement explosent.

Les technologies de l’éducation sont partout, et même si elle ne sont pas complètement dans nos écoles, la tendance enfle encore comme une vague qui s’apprête à se déverser. Au milieu de cette effervescence, j’en suis persuadée : “France is the next big thing”.

Ces mots ont été prononcés par le PDG de Cisco dans une interview sur notre écosystème entrepreneurial. Je les lui emprunte car pour parler des technologies de l’éducation, ce sont des mots justes : la France a tout les moyens de devenir une nation pionnière.

Une telle affirmation peut sembler délirante, tant on accable notre système de reproches. Comment peut on dire ça quand nos investissement edTech sont microscopiques et que nos procédures de prises de décision ne sont pas adaptées aux réalités de nos jeunes entreprises? Quand nos enseignants sont soumis à un contrôle permanent de leur hiérarchie et ne peuvent améliorer leur pratique comme ils l’entendent? Quand les résultats scientifiques sur l’apprentissage obtenus dans nos laboratoires sont ignorés et qu’aucun grand projet de R&D éducative ne voit le jour?

Certes, nous n’avons pas les méthodes pédagogiques finlandaises qui les placent en tête du classement PISA. Nous n’avons pas l’autonomie des écoles américaines qui peuvent s’équiper comme elles l’entendent. Nous n’avons pas (encore) les LabSchools canadiennes qui tissent des liens étroits entre recherche théorique et pratique de terrain.

Mais à force de braquer notre regard sur l’étranger, nous sommes devenus aveugles aux forces de notre propre pays.

Ces forces sont des forces vives. Ce sont nos enseignants, nos entrepreneurs et nos chercheurs.

Chaque jour, j’ai la chance immense de les côtoyer et de voir à quel point, petit à petit par l’exemple de leurs actions, ils changent la donne. Aujourd’hui, bien que ce soit à la mode depuis quelques jours, je n’écrirais pas une tribune à l’adresse du président de la république.

Acteurs de l’éducation, c’est à vous que j’écris.

A ces enseignants dynamiques, qui dans la marge qui leur est laissée forment au mieux les élèves qui leur sont confiés, plein d’entrain face aux opportunités d’expérimentation ou porteurs d’initiatives incroyables.

A ces entrepreneurs audacieux, qui sont parfois les seuls à écouter les besoins du terrain et qui y répondent en mobilisant le meilleur de la technologie.

A ces chercheurs de talent, qui repoussent toujours plus loin les limites de la connaissance, qui donnent de leurs temps et parfois de leur poche pour transmettre leurs savoirs.

Ensemble, vous n’allez pas faire bouger les lignes. Vous allez les redessiner.

Lorsque les savoirs théoriques des chercheurs, la compétence d’exécution des entrepreneurs et la grande expérience des enseignants se rencontreront, notre système éducatif en sera changé.

Chercheurs et enseignants produiront des connaissances sur l’apprentissage validées à grande échelle.

Enseignants et entrepreneurs adapteront ces résultats au quotidien de l’enseignement.

Entrepreneurs et chercheurs convaincront les institutions avec des outils dont l’impact sur l’éducation est prouvé.

Mettre en place les conditions du succès

Nous avons tout à portée de main pour apporter à l’école le changement durable et heureux dont elle a besoin. Selon moi, trois conditions sont à remplir pour faire de notre système éducatif un exemple.

La première : dépasser la barrière culturelle qui nous sépare. Ces acteurs ne se côtoient que trop rarement. Il faut les rassembler autour d’une vision de l’école cohérente et de problématiques concrètes sur lesquelles chacun aura son mot à dire et son expérience à apporter.

La seconde : mettre en place une vraie politique de R&D en matière d’éducation. Sur le milliard que constituait le plan Numérique à l’école, seuls 30M€ ont été consacré à la production d’outils pédagogiques numériques basées sur la recherche. C’est un investissement inédit une première étape dont il faut féliciter Jean Marc Monteil. Cependant, c’est une initiative qui pour être probante doit être reconduite.

La troisième : se placer dans une perspective européenne. En quelques heures d’avion, nous avons accès à des écoles toutes plus différentes les unes que les autres : inspirons nous en pour enrichir la nôtre. Si chaque pays ses propres spécificités sociales et culturelles, n’ignorons pas les contributions de tout ceux qui ont pensé l’éducation et construisons notre école avec les briques de l’histoire.

Avancer aujourd’hui

Nous devons nous rendre compte que nous sommes des milliers à oeuvrer pour un changement durable de l’éducation. J’essaye à ma hauteur de faire ma part via BeyondLab, mais Learnspace (porté par Svenia), le Labschool Network (fondé par Pascale Haag), Startup4Kids (mené par Sharon Sofer), Eduvoices (créé par Joris RENAUD) sont autant d’initiatives que j’admire et qui vont dans ce sens. Suivez-les, rejoignez-les, créez-en d’autres : par la preuve de nos actions, nous changerons les choses.

Surveillons aussi notre nouvelle configuration politique qui semble pleine de promesses pour les technologies de l’éducation. Quoi qu’on en pense, les discours d’ Emmanuel Macron font la part belle à l’innovation et au numérique. Edouard Philippe a accompagné dans sa commune la Machine à Ecrire, un projet éducatif qui s’attaque à l’enjeu conséquent qu’est la lecture en mêlant chercheurs, entrepreneurs et enseignants.

Gardons sur eux un oeil vigilant, des opportunités nouvelles pourraient voir le jour. Il nous faudra les saisir.

Conservons notre esprit critique. Si ces opportunités n’en sont pas, il nous faudra les créer.