Le calme avant la tempête, ou L’ennui avant la Création.

Il y a 20 minutes, j’entendais les pas frénétiques taper et swinguer contre le bitume brûlant des rues de Lyon. Je les ai rejoints, ces danseurs sauvages dans un bal de rue — ou danseurs de rue dans un bal sauvage — après un verre avec des amis.

Il y a 3 heures, je percevais les murmures bruyants de ces consommateurs de bières, fièrement de retour de leurs congés estivaux, dans ce bar que j’affectionne tant. Je participais à autant de conversations que possibles, étant au centre de la grande table, avec un groupe conséquent d’amis, mais j’étais plutôt préoccupé par les informations que j’ai eues au travail.

Il y a 2 jours, je voyais défiler le flux torrentiel de mails annonçant chacun autant de nouvelles. Bonnes ou mauvaises, cela m’importait peu car je venais d’apprendre les terribles dégâts causés par cette tempête au Texas. J’ai pensé à ma famille. Des pensées bien sombres, loin de celles la concernant, elle.

Il y a 5 mois, nous nous rencontrions. Notre relation n’est ni simple, ni compliquée, ni claire, ni confuse, ni amoureuse, ni amicale. Et c’est bien parce qu’elle ne soit dans aucun extrême qu’elle ne bascule pas vers une catastrophe heureuse ou décevante (oui dans les deux cas, ce serait une catastrophe). Elle est au point mort, et pourtant, nous nous sommes rencontrés à une soirée tout ce qu’il y a de plus vivante. C’était encore une de ces soirées professionnelles rythmées par le tempo des cartes de visites dégainées, les pitchs rock&roll en 8 temps et 3 mouvements et les tintements des verres remplis de crémant plein de bulles: une soirée Start-up.

Et oui. Il y a 1 an, j’avais désiré créer une start-up. J’avais des idées, tellement qu’elles m’arrivaient en flux continu, par moment en boucle, par moment en aléatoire, mais la playlist ne s’arrêtait jamais. J’en avais tellement d’ailleurs qu’entre le projet que je lui ai décrit ce soir et le projet entrepreneurial que je mène aujourd’hui, le seul point commun est le support. En effet, les deux solutions s’utilisent avec les doigts; ce sont des solutions digitales.

Pour mener de front cette vie professionnelle audacieuse, ma vie sociale et les activités associées me sont indispensables pour faire sortir mes idées de la mélasse des tranchées de mon esprit et les envoyer, dans l’ordre, en première ligne. Ma vie professionnelle et personnelle sont connectées, pour le meilleur et parfois le pire, et ma vie est connectée à celle des autres. Comme si ma vie sociale était le carburant de ma motivation pour innover [ou du moins, égoïstement, pour faire un travail qui me donne une satisfaction prétentieuse]. Je me dis que je travaille pour pouvoir voir mes proches, car c’est ce que je désire, partager des moments avec eux. Et je vois mes proches car c’est ce pour quoi je me démène toute la journée, que je travaille. Au final, mes journées sont riches de moments différents qui, si ils ne sont pas tous heureux, ont au moins le mérite d’être intéressants. Autant de moments, de situations, de personnes qui activent mon esprit et mes pensées. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer et encore moins mon cerveau.

Et pourtant, est-ce mal de s’ennuyer?

A chaque moment, chaque chose que je fais, je m’y consacre, avec l’investissement nécessaire, et le reste de mon être, de ma tête pense à ce que j’ai fait avant, ce que je vais faire après. Parfois à ce que je ne devrais pas faire. Souvent même. Et c’est dans un de ces moments où je réfléchissais encore beaucoup; que je me suis dit “C’est grave d’arrêter de penser et de vouloir s’ennuyer?”. Le fait même de le penser va à l’encontre de l’idée, et pourtant, l’idée a fait son chemin. J’ai passé une dizaine de lignes à vous convaincre de mon audace hyperactive, exprimée par mes actions multiples et ma volonté d’avancer, ma peur de l’immobilisme et de l’ennui mais je crois que j’ai surtout passé une dizaine d’années à essayer de me convaincre.

Parfois, j’aimerais ne rien faire. Je le pense vraiment. Puis, je n’y pense plus. Et je le fais. Je le fais, RIEN.
Et bien qu’au début, on se sente coupable de gaspiller cette denrée rare qu’est le temps, et égoïstement, de ne pas partager le sien avec les autres, il n’y a aucune raison de l’être.

Dans ces moments, trop rares ces derniers temps, je suis au calme. Je n’entends plus mais j’écoute. Je ne perçois plus mais je comprends, je saisis. Je ne vois plus mais je regarde. Je ne pense plus, je suis. Et puis, petit à petit, dans cet ennui retrouvé, je me retrouve, également.

J’ai d’abord appris à nouveau à m’ennuyer, au calme. Puis progressivement je me suis remis à m’exprimer, au calme, un crayon à la main. J’ai retrouvé le plaisir de dessiner. J’ai également retrouvé, récemment l’envie d’écrire.

Et même si souvent je sens trop souvent une envie insatiable de discussions, de rencontres et de partages, je me dis qu’elle ne doit pas sans cesse être assouvie. Bien que ce désir soit ardent et dur à étouffer, j’ai appris à déconnecter, des autres, des gens, des réseaux, des flux d’informations; j’ai appris à désactiver. Ne pas produire me rend alors plus productif. Ne pas créer me rend alors plus créatif. Ne pas vouloir (faire) me rend alors plus déterminé.

Dans une société où il est si bien vu d’être actif, et si l’ennui et la déconnexion étaient des activités? Et si c’était les activités les plus motrices et inspirantes pour chacun?

Et si, vous aussi, vous preniez un peu de temps pour vous ennuyer?

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