LA TRAVERSÉE DU GRAND PARIS

Amis lecteurs et plus particulièrement celles et ceux d’entre vous qui vivez en banlieue parisienne où dans la capitale,
je voudrais vous poser cette question : Qu’est-ce que le “Grand Paris” à vos yeux ?
Comment résonne ce nom, quel sens et quels contours lui attribuez vous ?
Le Grand Paris est-il une chance pour la banlieue ou plutôt un risque et pourquoi ?

Pendant un mois et demi, j’ai travaillé sans relâche sur un important projet en lien direct avec Le Grand Paris, son imaginaire et son identité.

Pour cela, j’ai traversé au quotidien de nombreux territoires souvent très éloignés les uns des autres. 
J’ai essayé d’en capter l’essentiel mais aussi le subtil.

J’ai découvert des sites aux richesses incroyables, des espaces naturels jalousement préservés, des paysages singuliers, des siècles d’histoire à contempler, un patrimoine d’exception, des périphéries urbaines, en quête de sens nouveau, investies par des collectifs de toutes sortes qui savent créer de l’engagement et de la vraie valeur.

Je suis allé à pieds, dans les rues, par les chemins de terre, à travers champs ou le long des rivières. J’ai connu des no man’s land aussi arides que la surface d’un désert. Je me suis baigné dans les puits de lumières des océans de verdure..

J’ai traversé des villes monde aux sirènes stridentes et de tout petits villages endormis dans le silence des campagnes.

Les moutons de La Ferme du Bonheur, un dimanche à Nanterre

J’ai pris la 4 voies jusqu’à Nanterre ou, quelque part sur un bord d’autoroute exsangue , à proximité d’un camp Rom et du campus universitaire tout juste sorti de terre, un fou a décidé de construire La Ferme du Bonheur avec des bouts de pas grand chose, quelques vieilles planches pourries et de la tôle rouillée.

J’ai suivi le troupeau des moutons de la ferme, parti brouter la mauvaise herbe un dimanche sous le ventre des autoroutes en flèches.

J’ai traversé paisiblement la vallée de Chevreuse et ses villages avec de beaux clochers. J’ai fait la route buissonnière à vitesse d’escargot en suivant l’odeur de paille des champs fraîchement coupés.

J’ai conversé avec les vaches qui m’ont considéré de bien haut, avant de rejoindre Rambouillet, sa forêt d’arbres centenaires et ses grands tapis verts de fougères géantes.

Je suis allé là où les routes s’arrêtent et les voitures ne passent plus. Quand ce sont les chevaux qui traversent la forêt et que la nature vous reçoit dans sa discrète majesté.

Soirée Punk à Paris à La Sation Gare des Mines

Je me suis fait un dimanche soir Punk à La Station Gare des Mines du côté de la porte d’Auber. Dans ce coin de périphe dénué d’amour propre, j’ai vu des jeunes gens modernes au total look créateur débarquer, forts de leurs convictions que ces lieux ouverts totalement à l’arrache et limite nogozone sont une émanation du Paris du Futur.

La plage de sable fin du 6B à Saint-Denis

J’ai rempli mes godasses avec le sable fin de la plage d’été du 6B que des parents trentenaires ont tranquillement squatté avec leurs marmailles hurlantes en sirotant à la cool une pinte de bière locale servie à la pression.

Versailles m’a offert des régiments entiers de scouts à godillots réunis par dizaines face au parvis de l’église.

J’ai assisté à la sortie de la messe à côté de dignes représentants de la famille française, habillés en culotte courte malgré leur âge adulte et poussant devant eux une nouvelle fournée de triplés.

Scouts à Versailles

Ce dimanche du côté de chez Louis, j’ai vu la manifestation impeccable d’un bonheur convenable qui n’aura évidemment pas le même parfum du côté de Saint-Ouen.

J’ai croisé Dick Rivers, un tout petit bonhomme à la légende pleine de cernes poser droit dans ses bottes dans l’horrible décor futuriste de la nouvelle île Séguin.

J’ai retrouvé mon âme d’enfant en allant un soir chez Camo, émerveillé par la poésie espiègle de ses numéros de cirque exécutés sous les rires tonitruants d’une ribambelle de kids.

Cirque Camo à Saint-Denis

J’ai traîné à Montreuil, au marché du dimanche à La Croix de Chavaux. Quand l’espace d’un moment, le boboland branchouille fait la queue aux étals avec des dames aux silhouettes furtives et que les acharnés de tous les fronts de gauche appellent à l’unité dans la diversité en éparpillant leurs stocks de promesses oubliées aux quatre coins de la place.

Je suis allé en scoot à Romainville partager les derniers jours heureux de son Larocafé.

Je me suis perdu dans la forêt de Meudon, un peu trop tôt pour assister au ballet des couples illégitimes et des petites vertus offertes aux regards salaces des voyeurs solitaires.

Street Art à Vitry sur Seine

J’ai visité Vitry, la ville aux 1000 street arts. Elle m’a ouvert son cœur qui bat à ciel ouvert. Dans la rue, les visages des passants se confondent avec ceux sur les murs et les œuvres passe-murailles jouent à cache cache avec les regards à chaque coin de trottoir.

Je suis allé shooter dans le bois de Vincennes, les cyclistes moulés dans leurs maillots fluo, montés en escadrilles à l’assaut du chrono.

J’ai surpris des piques-niques et des siestes crapuleuses dans les allées élégantes de l’immense parc de Sceaux.

Cyclistes au Bois de Vincennes

J’ai croisé des touristes, des retraités heureux, des champions de pétanque, des pêcheurs à la ligne, des gens du coin et d’autres venus de loin. 
Je suis finalement revenu avec de jolis clichés, avec des cartes postales couleur banlieue à partager.

Baignade urbaine sur le canal de l’Ourcq

Est-ce cela, finalement, faire l’expérience du Grand Paris ? 
En fait, le Grand Paris n’est pas une carte. 
Libre à chacun d’en personnaliser les axes et les contours selon sa fantaisie, en fonction des besoins.

Ses plus grands défenseurs le répètent à l’envi, le Grand Paris souffre de ne pas être porté par un grand récit d’exception.
En fait il n’en aura jamais vraiment besoin.

Le Grand Paris doit simplement devenir un espace protecteur des récits et de toutes les cultures locales.

L’idée du Grand Paris s’imposera alors d’elle même en s’appuyant sur une politique de l’accès et une stratégie ambitieuse, centrée sur la mobilité.

Nous serons devenus des Grands Parisiens le jour ou les outils et les services convergeront totalement avec les usages temps réels et la circulation des flux. 
Le Grand Paris tournera alors en mode glocal dans un rapport d’hyper proximité et où l’ailleurs deviendra simplement comme la porte d’à côté.

Le Grand Paris ne posera alors plus la question des territoires et s’effacera derrière la possibilité pour chacun de concevoir des expériences à vivre. Elles seront enrichies et augmentées par des offres de services sur mesure et personnalisables en fonction des informations d’un profil constamment ajusté, selon l’humeur de l’instant et le temps disponible.

Les territoires conserveront toute leur attractivité, leurs acquis s’en verront renforcés et l’analyse des datas fournira des indices clés pour innover.

La friche Bellastock à Saint-Denis

Finalement, au bout d’un mois et demi d’explorations, de découvertes et de surprises, je n’ai plus peur du Grand Paris car je vois son visage.

La banlieue, son héritage ne seront pas dilués dans le bouillon tiède du mauvais compromis ni coulés dans le béton de quelques gros chantiers.

Mes photographies font l’expérience d’un Grand Paris pluriel fort de sa mixité et de la diversités des cultures.

Un Grand Paris à vivre comme une aventure tout à fait surprenante et pourtant familière.

Un Grand Paris bienveillant, flexible et sur mesure pour que chacun puisse y trouver sa place et en devenir l’un des acteurs clé.

Jean-Fabien Leclanche

Photojournaliste pour Enlarge Your Paris

Photographies réalisées avec un boîtier Xpro2 de chez Fujifilm & Objectif Fujinon XF16–55 F2.8

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Jean-Fabien’s story.