Mathématiques des sentiments et équations amoureuses

J’ai toujours détesté les maths. Aussi loin que je m’en souvienne, trouver des solutions à des problèmes que je n’avais pas décidé d’avoir ne m’a jamais intéressée. Je sais aujourd’hui que derrière ce désintérêt, se cache une peur : celle de ne pas trouver la réponse… ou le résultat.

source : unsplash — Karim MANJRA

Résultats sans réponses ou réponses sans résultats ?

Voici l’équation mathématique à laquelle j’aimerais pouvoir répondre. 
Pendant longtemps, je n’ai eu ni réponse ni résultat à lui donner.

Récemment, on m’a conseillé de vivre une histoire amoureuse sans attente de résultat. Cette histoire, c’était, justement, pour moi, un problème mathématique complexe à résoudre. Une équation avec beaucoup d’inconnues. Un cas d’école pour tous les amoureux des équations amoureuses complexes.

Sauf que moi, les maths, les problèmes à résoudre et les équations auxquelles il faut trouver une réponse, ou un résultat, ça n’a jamais été mon truc. Et si je suis nulle en maths, je me considère comme de loin la dernière de la classe en sentiments amoureux, voire en sentiments tout court.

Je sèche les cours depuis trop longtemps pour parvenir à suivre quoi que ce soit. Je n’ai ni les compétences ni les connaissances, et mon sens pratique est loin d’être emblématique.

Dans cette équation amoureuse qui s’est présentée à moi, aucune promesse. Aucune certitude. Ni celle d’un quelconque lendemain, ni celle d’un éventuel sentiment. Juste une rencontre. Une aventure que je pensais sans lendemain, habituée et conditionnée comme je le suis à ne jamais rien attendre, de peur de risquer la souffrance. J’étais loin, à ce moment là, de rechercher le moindre résultat. Et pourtant, déjà cette attirance ne pouvait m’empêcher de penser qu’il pouvait valoir le coup de s’attarder un peu sur cette équation.

Petit à petit, j’ai pris conscience de l’ampleur du problème et de la difficulté de cette équation. Moi qui ne suis pas tellement douée pour livrer mes sentiments, j’avais devant moi l’une des personnes la plus réfractaire à, simplement, l’idée d’en ressentir le moindre. Il avait mis une barrière infranchissable, des verrous à codes et des mots de passe à chaque niveau. Une forteresse qui devait sans doute cacher le plus grand des secrets. Je le sais aujourd’hui, il cache la réponse à mon équation amoureuse.

Si les mathématiques des sentiments n’ont jamais été mon fort, je suis de loin la meilleure des élèves pour me poser des questions. Ironie du sort, je me crée moi même des équations amoureuses auxquelles je suis incapable de répondre.

J’ai cette capacité incroyable à m’en poser 1001 à la minute, sur tout et n’importe quoi, tant et si bien que parfois, ma machine intérieure s’emballe. A peine une question est-elle posée que la suivante attend déjà sa réponse. Mais impossible d’en trouver la moindre, de réponse, quand, inlassablement, les questions défilent, s’auto-alimentent. Une question en entraine une autre. Une question sans réponse alimente deux fois plus la machine. Alors la machine tourne, toujours plus vite, toujours plus fort.

Si j’ai souvent rêvé de pouvoir l’éteindre, de la vider une bonne fois pour toute, cette machine c’est aussi mon garde fou. Elle est là pour me donner l’alerte. C’est une sorte de boussole interne remplie de mes feelings, de mon instinct, de mes envies et de mes valeurs. Quelque part, il y a aussi mes planètes, et quand leur alignement n’est plus optimal, la machine s’emballe. Là, les questions les plus folles, irrationnelles ou rationnelles, s’emmêlent. Un rythme infernal. Infernal mais nécessaire ?

Sans attente de résultat

Puis on m’a dit, vis cette histoire sans attente de résultat. Pas de résultat à trouver, pas de réponse à donner, je ne me suis pas méfiée. Bien sûr, parfois la machine se remettait en marche, s’affolant de ne pas avoir la moindre once de réponse à toutes les questions qui commençaient à s’accumuler.

Puis on m’a dit sans attente de résultat. Alors j’ai décidé de m’essayer aux maths, de faire quelques exercices. De mettre en pratique le peu de mes connaissances en la matière. Je me suis dis « hey, on peut juste essayer pour voir ».

Je me suis laissé la chance de kiffer, de profiter, de prendre tout ce que j’étais en mesure de prendre. Mais mes questions restaient sans réponse.

Je me suis convaincue que rien n’était un problème. Rien. Les doutes, pas un problème. Son incapacité à me rassurer : pas un problème. Le manque de visibilité sur une éventuelle prochaine fois : pas un problème non plus. Le manque de considération : toujours pas. L’absence de sentiment : encore moins.

On m’a dit sans attente de résultat. Alors je n’ai pensé à rien d’autre qu’au moment présent. Qu’à tous ces bons moments qui étaient à portée. Simples. Basiques.

Je n’ai pas cherché à résoudre l’équation. C’était de toute façon impossible. Trop d’inconnues. Pas assez d’éléments.

On m’a dit sans attente de résultat alors j’ai mis sous le tapis les questions qui me venaient à l’esprit. J’ai mis la machine infernale en sourdine. Ça a fonctionné, un temps. 7 mois. De kif et de plaisir, entrecoupés par la distance, par les quelques alertes de la machine mettant le holà et envoyant des signaux pour ne pas s’emballer. Mais j’ai réussi. À vivre cette histoire digne d’une équation mathématique sans chercher à atteindre un résultat.

Là où j’ai échoué, c’est que j’ai cherché à obtenir des réponses. Je me suis faite rattraper par mes vieux démons. Je n’ai pas réussi à vider la machine et je me suis laissée emporter par cette vague de questions qui restaient là, sans réponse.

La seule que j’ai fini par trouver, c’est celle de tout arrêter. Unique solution à mes yeux pour enfin, obtenir une réponse qui réponde à toutes les questions, d’un seul coup. En une seule fois. Une solution qui a réponse à tout.

Réponse et résultat, telle était mon équation amoureuse, plus philosophique que mathématique, finalement. Car obtenir un résultat ne signifie pas forcément obtenir une réponse, et la réponse n’a pas toujours grand chose à voir avec le résultat.

Pour la deuxième fois je me retrouve dans ce train, dos au sens de la circulation, comme si je ne voulais pas affronter la réalité en face, comme si je refusais de complètement tourner le dos à tout ça.

Pourtant je sais maintenant que rien ne m’attends plus là bas. Ni réponse ni résultat.


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