Mes early-adopters avaient 10 ans

Où il est question de citoyenneté, de frugalité et nos jeunes années

Test utilisateur concluant (photo : Geraint Rowland)

Il y a quelques jours, j’ai été invité pour présenter un projet associatif à une après-midi pitch. Le format était tout ce qu’il a de plus classique : conférence introductive, pitchs des différents projets et atelier de discussion. Pas de quoi s’émerveiller vous me direz.

Sauf que là, le public était composé exclusivement d’enfants de 7 à 12 ans.

À l’origine de cet événement, une association nantaise, Pitch2Kids qui propose régulièrement à la jeunesse de venir échanger avec des entrepreneurs. Le thème de cet atelier était les “civic tech” : comprenez par là la citoyenneté à l’ère du numérique.

Je dois avouer que cette perspective me faisait un peu peur car 1/ j’y connais pas grand chose aux enfants, je sais juste que ça fait beaucoup de bruit dans le TGV. 2/ je trouvais le sujet plutôt complexe pour des écoliers. Et 3/ j’étais très impressionné par la qualité du casting.

Le casting de qualité de ce Pitch2Kids Civic Tech

L’innovation frugale au service des citoyens

De mon côté, j’étais là pour présenter le Citizen Clan.

Mécéqoi encore ce truc ? Le Citizen Clan est une association qui a pour objectif de permettre aux citoyens de se réapproprier l’innovation technologique et sociale afin d’améliorer leur quotidien. Et parce que cette idée n’a pas grand sens toute seule, il faut y ajouter trois ingrédients :

  • participatif : les projets sont menés à plusieurs, avec participation des membres de l’association.
  • frugal : aka le bon vieux système D. Ici pas de fascination pour les gros projets technos et les levées de millions d’euros. Les projets développés le sont en utilisant le moins de moyens possibles et en répondant simplement à la problématique posée.
  • réplicable : pourquoi réinventer la roue quand ce qui marche ici peut marcher ailleurs ? Tous les développements sont libres d’accès et le clan sera heureux de voir ses projets réutilisés ailleurs.

Tout le monde peut contribuer sur la plateforme : idée, temps, argent, compétences…

Pas simple, mais avec quelques exemples et une petite démo, les enfants ont réussi à saisir le fond du sujet. Et à poser de belles questions.

“Mais alors, cela ne permet pas de réduire la pollution ?”
“Si jamais mon voisin laisse ses déchets sur le trottoir, comment faire ?”

C’est là qu’on voit que les choses sont très loin d’être simples. La technologie n’est qu’un outil, mais le cœur du sujet réside dans les comportements de chacun et la capacité d’avoir un objectif commun.

La jeunesse est confiante. Je le suis aussi alors ! Et le message semble passer.

Les enfants ont envie d’une ville propre ! Voici ce que ça donne lorsque le jeune jury de Pitch2Kids dispose du temps d’une chanson pour dessiner ce qu’ils ont retenu du Citizen Clan

Moi aussi, je veux me lancer dans l’innovation frugale !

Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans un n-ième blabla sur l’innovation frugale. Vous trouverez sur le web de nombreuses ressources sur le sujet, et notamment le blog d’Ali, l’un des fondateurs du Citizen Clan.

Pour résumer, l’innovation frugale consiste à aller de l’avant avec juste ce qu’il faut de moyen, souvent pour tester une idée.

Ce concept a été théorisé il y a maintenant quelques années, et tout le monde s’y met, des grands industriels… aux chercheurs.

Deux scientifiques se sont lancés en effet un défi : faire une centrifugeuse à bas coût, pour les pays les moins avancés. En s’inspirant d’un jouet pour enfant, ils ont pu mettre au point un dispositif avec une ficelle, du papier et deux bouts de bois. Permettant ainsi l’analyse du sang sans électricité (et pour le prix d’un malabar), facilitant ainsi le diagnostic de plusieurs maladies dont le paludisme.

Dans un autre registre, le Citizen Clan essaie de s’amuser avec les bots Facebook. L’idée est simple : essayer de valoriser les données créées dans les villes pour proposer de nouveaux services aux citoyens. C’est ce qui nous amené à développer le Bicloo Clan. En envoyant un simple message à notre page Facebook, vous savez où se situent les stations de vélo libre service nantaises au plus proche et pour chacune :

  • le nombre de vélos dispos,
  • le nombre d’emplacements dispos,
  • le mode de paiement possible

Des bots similaires existent aujourd’hui pour Lille, Paris, Lyon, Rennes et Bruxelles.

Ce n’est pas ça qui va sauver le monde, mais qui sait, cela pourra vous faire gagner un peu de temps lors de vos prochains déplacements :)

Easy Velib
Encore une fois, c’était bien chouette de pouvoir partager ses intérêts avec d’autres fabuleux porteurs de projets. Et surtout avec des aventuriers en herbe, qui malgré la complexité du sujet, ont su comprendre les enjeux derrière. Bravo encore à Pitch2Kids pour leur bonne humeur et leur talent dans l’organisation de cet atelier.
Gogo la jeunesse !
Il parait que les budgets sont serrés, que les ressources limitées et que le temps passe trop vite. Tout ceci n’est qu’une liste de belles excuses. Avec de la volonté et une solide communauté, le changement est possible.
Alors on s’y met quand ?