On ne naît pas entrepreneur, on le devient !

Cette semaine j’ai pu organiser un événement dédié aux parents en partenariat avec SWITCH COLLECTIVE: il s’agissait de faire témoigner des parents-entrepreneurs devant une audience de parents en quête de changement dans leurs jobs.

Je ne sais pas ce qu’en ont retiré les participants mais j’ai de mon côté été très émue face aux témoignages honnêtes de ces parents qui ont fait face à des difficultés personnelles, financières, affronté des blocages — les leurs, ceux de leur entourage… Pour vivre leur rêve et ne pas avoir de regrets. Il y avait une telle fragilité mêlée de force du côté de ceux qui servaient d’exemple ce jour là, mais aussi chez ceux qui venaient avec leurs questions et leurs doutes. Il en est ressorti finalement qu’entreprendre vient avec le même lot d’incertitudes, de doutes, de risques... Que se marier, ou encore choisir d’avoir un enfant. Et qu’il y a plein de façons différentes de le faire. Avec ou sans filet, avec ou sans chômage, avec ou sans le soutien de ses proches. Avec ou sans associé, avec ou sans les fonds…

Deux jours après il y a encore des phrases de ces échanges qui résonnent et me reviennent alors que je pense à tous ceux qui se posent les mêmes questions, parents ou non, jeunes ou moins jeunes. Il semble que ce qui les retient, ce qui nous retenait, nous, entrepreneurs aujourd’hui, c’est souvent la même chose: la peur de l’échec. L’échec de l’entrepreneur est pointé du doigt, pour autant on n’est pas paralysé de la même façon par le spectre de l’échec amoureux, par celui de l’échec professionnel dans un cadre salarial, ou de l’échec scolaire… On peut être littéralement bloqué par l’appréciation d’un risque et cette appréciation qu’on le veuille ou non, passe par celle de notre entourage et du monde qui nous entoure. Comme si les autres étaient mieux placés pour évaluer nos capacités personnelles à faire face aux choses de la vie. Selon des modèles que l’on ne s’est pas choisis et qu’on nous impose, qui sont sensés s’appliquer à la masse et que l’on devrait suivre pour “ne pas faire de vagues”. “Se fondre dans la masse” serait un idéal à atteindre. La sécurité serait un but, les regrets le lot de tout un chacun.

Bien sûr que c’est effrayant, de faire les choses différemment. De se lancer sans modèle, de tracer son propre chemin, de faire fi des pronostics, d’aller contre vents et marées, plutôt que de suivre un chemin tout tracé, de rester dans ce qu’on nous a appris être une zone de confort. Bien sûr que c’est réconfortant de voir la validation dans le regard de ceux pour qui le bonheur passe par le salariat pour la stabilité, le mariage pour l’équilibre, le fait de devenir propriétaire pour investir, parent pour laisser une trace… Mais pourquoi ne pas questionner la recette du bonheur telle qu’on nous l’enseigne ? Est-ce que cela revient forcément à remettre en question les choix de ceux à qui cela convient parfaitement ? Est-ce que cela doit être vu comme de l’arrogance, est-ce qu’on doit craindre ceux qui font les choses différemment car ils insufflent le doute dans l’esprit de ceux qui ne s’étaient jusqu’à présent pas posé de question ou qui avaient au contraire fait ces choix en leur âme et conscience ? Est ce que la réussite de l’un doit forcément inspirer la crainte de s’être trompé ? Est-ce qu’on a peur de la génération qui entreprend parce qu’elle menace les certitudes réconfortantes de celle qui rentre dans le moule ?

Pourquoi ne pas questionner la recette du bonheur telle qu’on nous l’enseigne ?

Ne peut-on pas au contraire s’astreindre à la bienveillance et être inspiré à entreprendre au niveau qui nous convient, si et seulement si cela nous fait vibrer à titre personnel ? On est après tout responsable de son propre bonheur. S’en remettre à quelqu’un d’autre pour cela c’est s’exposer à de la rancoeur, à des frustrations, au sentiment d’être incompris, à la solitude… Et tenir quelqu’un d’autre responsable de ses échecs serait tout aussi malheureux et vain quand on peut apprendre tant de soi en les assumant et en s’en servant pour avancer.

Il faut prendre le verbe “entreprendre” au sens d’apprendre, oser, tester, assumer, risquer de se planter, se mettre en danger, grandir ! À tant de niveaux. Entreprendre ce n’est pas forcément plaquer son job et lancer une startup du jour au lendemain. C’est peut-être choisir de suivre une formation, d’apprendre une langue, de partir travailler à l’étranger. Apprendre un instrument de musique, choisir de s’y consacrer ou d’en faire un loisir.. Embrasser une cause, en devenir ambassadeur. Parfois changer de voie, ou juste faire une pause. Devenir qui on est et non qui on voulait que l’on soit, au risque de décevoir ceux qui nous ont élevé, ceux qui ont fait un bout de chemin avec nous, de “changer” à leurs yeux. Changer par choix ou changer sans s’en apercevoir mais changer pour évoluer et ne jamais stagner, grandir ! Échouer au regard de certains, mais s’épanouir et être heureux enfin, selon ses propres critères, quand et là où on l’a choisi: n’est-ce pas ce qu’il y a de plus important ? Remettre en question ce qu’on nous a appris pour mieux embrasser ce qui nous convient et rejeter le reste: faire son propre tri. Cela peut passer par un tri dans son entourage, car il est parfois trop difficile de s’écouter quand on est entourés de personnes qui le réprouvent. Et l’appel de l’indépendance, de la découverte de soi, la fascination des nouvelles perspectives, peut nous pousser vers des personnes qui traversent la même chose, sans toutefois nous fermer à ceux qui voient les choses différemment. J’ai pu en faire l’expérience en me sentant de plus en plus connectée à mes amis entrepreneurs mais aussi profondément liée à des inconnus qui le sont également ! Membre de plusieurs groupes Facebook d’entrepreneurs (et de femmes entrepreneurs), j’y observe au jour le jour une bienveillance et une solidarité qui font chaud au coeur entre ces personnes qui trouvent enfin en ces lieux soutien, compréhension, conseils, expériences de vie similaires…

Notre éducation forge notre caractère et notre vision du monde. Or notre système éducatif perpétue des générations formées au par coeur, à digérer les pensées des autres plutôt qu’à développer la sienne. L’évaluation du bon élève par un système de points, de grilles d’évaluation objectives, du bon comportement, de la bonne réponse, du bon résultat, de la bonne introduction, des exemples appris par coeur, des bonnes lectures, des récréations chronométrées, du jeu sur commande, où pour être bon élève il faut entrer dans un moule, dire au professeur ce qu’on pense qu’il a envie d’entendre, apprendre comme on nous dit d’apprendre, enlever sa casquette, porter une tenue décente, éliminer tout signe distinctif religieux… Pourquoi les réformes de l’éducation ne s’attaquent-elles pas à la façon dont on apprend quand il y a tant de façons d’apprendre, pourquoi n’encourage-t-on pas les enfants à cultiver leur différence et à embrasser celles des autres ? Que se passerait-il si les enfants grandissaient dans la direction qu’ils souhaitent suivre instinctivement, quitte à se tromper et à changer d’avis plus tard ? Ne seraient ils pas plus aptes à rebondir, à embrasser l’inconnu en général, à accepter de ne pas pouvoir tout contrôler à l’avance et à concevoir que si personne n’a pu savoir à leur place ce qui était bon pour eux, eux-même ne sont pas les mieux placés pour juger des choix de ceux qui les entourent ?

Lors de l’événement dont je parlais plus haut, une femme a demandé “comment savoir qu’on a le profil pour devenir entrepreneur”. Et cette question qui n’a aucune réponse type et que de nombreuses personnes ont pu se poser ou taper dans Google incarnait un peu tout ça: le besoin de se raccrocher à une façon de “bien” faire, d’être validé par une personne ou entité extérieure avant de se lancer, comme si chercher les réponses avant tout en soi ne pouvait suffire, comme s’il n’y avait qu’une définition possible qui se dérobe à nous tant on a peur de ne pas cocher les bonnes cases… Cette question m’a bouleversée, inspirée à réfléchir à mon propre cheminement. Pour tous ceux qui sont paralysés par le fait de ne pas avoir trouvé la réponse qui leur convient.

La réponse n’est pas à trouver chez quelqu’un d’autre. Il faut avant tout s’interroger soi-même: de quoi j’ai besoin pour être heureux ? Puis-je être heureux(se) dans l’incertitude (celle de “réussir”, de faire les choses parfaitement du premier coup..) et l’instabilité (financière, personnelle)? Ne suis-je pas déjà finalement pleine de doutes et d’incertitudes qui ne m’empêchent pourtant pas d’avancer au quotidien ? Est-ce que je suis séduit(e) par un statut flou, par le besoin de changement quel qu’il soit, par les perspectives qu’il y a derrière ? Qu’est ce que je n’ai jamais fait et dont j’ai toujours rêvé ? Quel est mon objectif de vie? Quelles sont les étapes principales qui me séparent de mon objectif de vie ? Qu’est ce que je peux tenter dès à présent sans bouleverser pour autant ma vie du jour au lendemain? Qu’est ce que je regretterais de ne pas avoir tenté ? Est-ce que j’ai un modèle dans mon entourage à qui parler de son propre cheminement pour y trouver de l’inspiration, des encouragements, tout ce qui peut me manquer à l’heure actuelle ?

La question n’est pas “puis-je réussir” en tant qu’entrepreneur. Mais “que puis-je en tirer qui me manque actuellement ?” en acceptant que la réponse à cette question ne soit que partielle et hypothétique, soumise à d’autres paramètres que sa seule volonté. En acceptant qu’il y aura des obstacles de plein de sortes et de plein d’origines différentes. Des joies, des surprises, des doutes. Mais aussi de plus en plus de confiance en soi quand on devient son meilleur allié, quand on se connait de mieux en mieux (ses forces et ses faiblesses), quand plus rien ne paraît impossible tant qu’on souhaite continuer à entreprendre sa vie et qu’on est ouvert à apprendre de tout ce qui survient, à changer de directions autant de fois qu’il le faudra. Devenir entrepreneur ça ne se fait pas du jour au lendemain, c’est une aventure personnelle de tous les jours, qui commence le jour où on se pose la question “est-ce que ça peut être pour moi ?”. Il n’y a pas de moment idéal pour le faire, et personne ne pourra vous conseiller là dessus. Le bon moment c’est celui que l’on choisit pour soi, en son âme et conscience, en en assumant les conséquences incertaines :)