✵ TSUNAMi – droit devant toi 🌊

Evade-toi

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Tu arrives ensuite dans ce cher climat où l’humidité est d’une telle douceur que l’œil supporte enfin sa lentille correctrice plus d’une journée sans se sentir «sablonner»

Le chant des oiseaux aux Voix insolites. Presque enivrés de leur propre exotisme. L’eau palpable dans chaque goutte d’air. L’océan intime confident, omniprésent, à tel point qu’ici, «être mouillé» n’a plus le même sens. Ce n’est plus un état passager mais une habitude, qui sèche aussi vite qu’elle disparaît à nouveau, sous l’ondée en écume victorieuse des Tropiques.


Tu te ballades, tu marches pieds nus entre flaques demi-sel et pavés brûlants.

ET c’est là, juste au détour d’un tronc palmé. Ce panneau.

Ce petit panneau bleu répandu par dizaines dans les environs. Porteur d’une signalisation au ton presque neutre, ET pourtant gorgé d’une mémoire sombre.

C’est vrai. Tu l’aurais presque oubliée, cette vague tueuse d’il y a maintenant 10 ans.

Et tu es là. Sur sol sec. Avec ton smartphone-appareil-photo rempli de souvenirs fraîchement capturés. Tu t’asseois sous le panneau, au détriment de toute attitude normalement touristique.

Remonte le fil des images enregistrées aujourd’hui.

Comment était-il cet arbre il y a 10 ans ? Était-il garni de beaucoup plus de branches ? Comment a-t-il pu résister ?

Cette femme qui vendait des mangues en bord de route. Était-elle là où ailleurs quand l’apocalypse a balayé la vie alentour ? A-t-elle vu le monstre arriver ou des proches disparaître ? A-t-elle senti le silence avant ? La chair noyée après ?

Et lui. près de son éléphant… a-t-il le cœur léger, ou la mémoire tuméfiée de perte et de sang ?

Tu éteins le diaporama, lève les yeux :

Le paysage a changé. Les magasins-souvenir, les échoppes sur pilotis, les déchets entassés ça et là, la moiteur épicée, la sueur, l’eau…

toujours l’eau,

l’eau partout.

Quelques souvenirs t’agitent le crâne. On t’a parlé d’un monument en mémoire des condamnés au déluge. Tes yeux s’élargissent. Le mémorial est là, juste à côté.

Et puis le portail devant toi. Quelqu’un l’a peut-être agrippé il y a 10 ans, en dernier espoir ridicule face au choc en démesure ? ….

… non, évidemment non…ce portail est neuf,.. trop neuf…sans doute le remplaçant de son prédécesseur bel et bien arraché, lui, au socle des vivants.

Besoin d’air.

Lève les yeux plus haut.

A 200 mètres, l’océan, sa ligne clame, ton ami de toujours…et pourtant ici coupable. C’est bien de là-bas qu’est arrivée la furie. De là-bas exactement.

Ici aussi le repère s’écaille.

Sous les lumières fauves du couchant, il en faudrait peu pour que la houle s’illumine vénéneuse.

Son calme soudain te fait peur, et pourtant tu ne bouges pas. Parce que tu l’aimes ton océan. A en perdre un peu de ta raison.


Oui, tu l’aimes ton océan.

C’est peut-être finalement cela que tu décèles dans quelques regards souriants croisés parmi les habitants de cette terre en sursis

Une étincelle peut être assez proche de celle cachée au clin d’œil de l’alpiniste à sa montagne.

Un sourire admiratif à la démesure, meurtri parfois, passionné toujours, à jamais enraciné ici.

Et de l’amour surtout.

Une vague encore plus haute.

Une fascination en presque vertige.

Une vague d’amour.