
Une journée non instagrammable
Je me lève épuisée.
J’attrape mon portable. Deux amis qui ne sont pas dans le même fuseau horaire m’ont envoyé un message. L’un, de David, répond à ma lassitude de la veille :
C’est parce que tu es encore amoureuse.
WTF ?
L’un, de Sandrine, s’inquiète du manque de nouvelles :
Tu vas bien ? Tu gères l’après coup de foudre ? Donne moi des nouvelles !
WTF ?!?
Je me demande si mon état général est vraiment lié à une rencontre d’ordre sentimental. L’idée me plombe. Je compte le nombre d’heures que je viens de passer à dormir. Le résultat est raisonnable, alors je compte le nombre d’heures des nuits précédentes. Ajouter des chiffres les uns aux autres ne me tient pas longtemps, et je referme les yeux. Je ne veux pas vraiment dormir et je ne veux pas vraiment me lever. Je laisse 10 à 15 minutes passer avant de me porter sous la douche. Je me pèse avant de monter sous l’eau brûlante et je me dis que je me prendrai des myrtilles pour le petit déjeuner (déjeuner, dîner ?) pendant 20 jours pour rattraper le sucre des 5 derniers. Je maudis mon cœur qui bat pour un autre que moi. Est-ce vraiment cela ?
Je passe un temps non déterminé assise sous l’eau brûlante de la douche. Je choisis de nier les chiffres aujourd’hui et de privilégier la méditation passive. Je m’habille et je sors.
Je monte dans le bus en retard et j’ouvre Medium. Je découvre Abheek Talukdar avec son article « Why modern society struggles with depression? »
“Dans ce monde de communication instantanée, de vols aérien bon marché et de connectivité mondiale, où les histoires sur les succès et les réalisations des individus font la Une tous les jours, cela peut nous rendre un peu émotionnel nous, les gens normaux. Je me sens instable avec ma propre vie et avec mes ambitions. Les news racontent rarement des histoires sur les échecs des individus, ce qui fausse la perception de la réalité. Nous pensons que nous sommes les seuls à lutter contre la médiocrité. Nous ne le sommes pas, réjouissez-vous ! Les trois quarts de l’humanité sont avec nous !”
Je ris. J’aime son ton tranché et tranchant qui parle des illusions que l’on intègre inconsciemment comme vérité. J’aime la lumière qu’il pose sur nos vérités brutes, et la construction illusoire d’un monde qui n’existe que sur les réseaux sociaux. Ça me donne envie de me mettre à poil sur Medium aujourd’hui et de vous dire que la journée est comme ça. Ni bonne, ni mauvaise, mais brute.
Je jette un œil ailleurs que sur mon iPhone et je ne reconnais pas l’environnement autour. Je mets quelques minutes à réaliser que je suis dans le mauvais bus et maintenant, dans la mauvaise ville. Je sors du bus et je remercie le ciel pour Google Maps. Je marche sur 400 mètres pour rejoindre un bus qui m’amènera au métro. Il passe devant moi, j’attends patiemment le suivant. Je me rends compte avoir oublié mon pass Navigo et ma carte bleue. J’achète quelques tickets avec de la monnaie et je découvre une centaine de personnes bloquées à quai. 35 minutes d’attente sont annoncées. Je n’ai pas d’argent pour le taxi. Je décide d’ouvrir Medium et d’écrire.
Il est l’heure de passer la porte du bureau et je suis là, sur le quai de la ligne 4, à 48 minutes de mon bureau, avec 8 urgences professionnelles sur lesquelles je devrais déjà être en train d’avancer. J’ai un déjeuner dans 3 heures avec une amie qui a réservé une baby sitter depuis deux semaines pour que nous puissions déjeuner ensemble. Ajouté à cela, je crois que je vis une forme de post trauma coup de cœur très difficile à définir. Je sors du métro.
Les choses sont comme ça : bordéliques, mouvantes, infinies. Elles se répètent chaque jour un peu différemment et me laissent là, selon les humeurs et les enjeux, au bord de tout ou au coeur de tout. La semaine dernière était excellente, et celle-ci n’avait pas commencé que je rêvais qu’elle finisse.
Le meilleur bus pour me conduire au métro que je pensais rejoindre ce matin est à 750 mètres. J’y arrive et 30 minutes plus tard, avec soulagement, je m’assois dans la ligne 13. J’écris ces mots.
Pour être honnête je me fiche des trois bus que je viens de prendre, du métro bloqué à quai, de ces 1h30 passées à me balader sans n’être encore arrivée à destination. Je me fiche aussi des 8 urgences professionnelles qui m’attendent de pied ferme. La seule chose qui m’encombre ce matin est mon hypersensibilité. La difficulté de ce jour d’accepter mes émotions qui débordent, la facilité avec laquelle je les provoque, mon besoin viscéral d’écrire qui nie tous mes engagements pris auprès de tiers.
Ma tranquillité sur ce qui se passe à l’extérieur met plein phare sur les sentiments qui m’agitent à l’intérieur. C’est ma façon à moi de les regarder et de les écouter, et d’être en mesure de m’en détacher doucement.
Je m’intéresse à une seule chose :
« Comment apprend t’on à vivre avec et selon soi ?»
J’aimerais m’asseoir n’importe où et prendre le temps de faire cela. J’aimerais être là pour les gens autour, et les accompagner à faire ça.
Ce matin, les imprévus voulaient probablement me signifier cela. Ils voulaient m’inviter, ou me forcer, à ralentir. Ils voulaient me rappeler que malgré la ville et les impatiences qu’elle fait naitre, malgré les règles et les impératifs, je suis simplement humaine, chargée d’émotions et de désirs et d’envies.
Et que cela passe toujours avant.
Cheers to ces journées !! Appuyez sur le ❤ juste en dessous !
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