Vivre avec un entrepreneur

Concrètement, partager ta vie avec une personne qui monte son propre projet, c’est t’assurer que ce trio amoureux fonctionne et tienne.

J’ai fait des études supérieures à la fac d’Histoire, parcours semble-t-il classique.

C’est un p*tain de confort d’avoir une vision à moyen-long terme de son avenir. Bien installée sur ma chaise universitaire, je rêvais de passer ma vie à étudier de vieux manuscrits poussiéreux dans les archives, d’enseigner à des étudiants ce que je savais et ce qui me passionnait, de passer mon temps à étudier. Puis, prise de conscience ultime grâce aux petits boulots étudiants enchaînés pendant 5 ans : je me voyais de moins en moins avoir un boulot classique, ou du moins un boulot dans lequel je me serais fondue dans la masse, adaptée à un moule (nécessaire) mais pas à ma taille. Je me voyais suffoquer à l’avance.

Tomber sur un mec, entrepreneur, ça a été une petite confirmation de ce que je voulais faire de ma vie professionnelle. J’étais aussi hyper admirative. Tout lâcher, quitter le confort d’un salaire fixe et régulier, de tâches données c’est courageux. C’est ne pas écouter le consensus. Aucun de nous deux n’a vu arriver notre relation, qui s’est installée tranquillou dans nos quotidiens respectifs et a un peu tout bougé pour se faire une place au soleil. Au début, tu connais l’euphorie de la rencontre. Tu passes tes nuits et tes jours avec lui, c’est l’été, un rythme plus cool. Lui est dans une période de creux (savoure-la). Il te retient de plus en plus souvent. Il a beau te prévenir que ça va être compliqué, qu’il ne pourra pas faire de toi et de vous sa priorité numéro 1 mais tu es à fond.

Malgré tout, je n’avais pas encore conscience de ce que voulait dire “Fréquenter un entrepreneur”. Pour moi, c’était être avec quelqu’un qui met en place des projets sans avoir d’horaires. En gros.

Naïve.

BOB

Notre relation avançant, on a commencé à faire des projets ensemble. On se voyait loin. Mon compagnon avait désormais un rythme soutenu. La journée passait à une vitesse folle, journée de travail qu’il prolongeait à la maison. Ce qu’il faut comprendre c’est que même s’il t’aime, son cerveau est pris par son projet. Tout son cerveau. Il se lève boulot, mange boulot, dort boulot, se douche boulot et vos conversations sont boulot dans leur grande majorité. On partageait toujours de chouettes moments rien qu’à nous mais une troisième personne s’était insidieusement faxée entre nous dans le lit petit à petit.

Bob. Bob le boulot. Bob est absolument mignon. Il te tient de magnifiques discours : “Quand je serai grand, je ferai plein de sous, je t’apporterai plein de reconnaissances de tes pairs, plein de passion et d’épanouissement personnel !” Bob est un enfant. Un enfant que ton partenaire t’a ramené d’un mariage précédent. “C’est moi avec lui ou personne” qu’il te dit. T’as jamais remis ça en question. Mais t’es là. Alors au début tu aimes Bob. Ca rend ton homme impressionnant, courageux, beau, avec une pointe de virilité. T’es admirative du boulot qu’il fait pour élever Bob tout seul. Tu veux l’aider, mais Dieu sait que t’es pas sa mère et ça, Bob, il te le rappelle assez souvent. Parce que Bob est un enfant pourri gâté. On ne lui a jamais dit non à Bob. Et arrive le moment où Bob fait de gros caprices. Tu attends que ton mec rentre et tu penses qu’en te voyant, il lâchera son ordi et surtout son téléphone. Et il ne manque pas de bonne volonté. Il ne s’en fout pas de toi. Il a juste la tête prise dans un tourbillon d’idées, de stress et de tâches à accomplir. T’as pas encore intégré que Bob n’est ni sevré, ni autonome. Tu en fais ton rival de manière presque automatique.

A force, j’ai amorcé la discussion. Très franchement, à ce moment-là j’ai pensé que c’était voué à l’échec. Je comprenais ce que mon compagnon vivait et qu’il ne pouvait pas être là comme je le désirais. Mais je ressentais aussi des choses différentes, j’avais forcément des attentes, j’avais aussi des besoins et j’espérais qu’il était possible d’allier les deux. Les discussions finissent souvent par un “pardon” et je sais qu’il comprend, mais cela ne change pas le problème. Et un soir, il s’arrange pour rentrer plus tôt, il a le visage reposé, souriant, et il te dit “Chérie, ce soir je n’ai pas de travail.”

Ces moments, nos moments sont autant rares que précieux. Je sais qu’il est là pour moi. Je sais aussi que Bob va encore être un enfant capricieux pendant quelques temps. Bob n’est pas le problème. Chaque parent, chaque couple, doit apprendre à faire grandir son gosse sans s’oublier lui-même. C’est ce qu’on a compris. Alors on parle boulot, on parle stress, on parle contraintes. Mais on prend aussi un temps précieux à parler tendresse, à parler humour, à parler amour, à parler débats de tout genre. Renforcer la communication et diversifier les sujets, c’est permettre aussi sans doute à ton compagnon de se sortir la tête de son quotidien pas toujours facile et de prendre du repos et le recul nécessaire. Les problèmes liés à Bob sont toujours là mais ils sont différents. Je l’ai adopté, je ne verrai pas ma vie de couple sans lui. Vivre avec un entrepreneur, c’est franchement faire preuve de patience, se découvrir une force tranquille qu’on ne soupçonnait pas, c’est savoir quels sont les objectifs en commun et la vision à long terme que tu as avec ton compagnon. Concrètement, Bob est le meilleur moyen de savoir si ça pourra tenir face à de grosses tempêtes. Avoir un Bob chez soi, c’est juste avoir un enfant qui ne fera pas ses nuits pendant un long moment mais partager sa vie avec une personne qui a décidé d’être courageuse et à contre courant.

Mesdemoiselles, mesdames, messieurs, courage, la route et longue mais le jeu en vaut la chandelle.

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