Fintech : Et si les alliances banques — Fintechs dessinaient la finance du futur ?

L’année 2018 fût une année charnière pour le secteur bancaire : 2 réglementations conséquentes sont entrées en vigueur :

  • La directive PSD2 (directive européenne sur les services de paiement 2ème version). Implémentée en France en janvier 2018, elle vise à protéger le consommateur et encourage la concurrence en imposant l’ouverture des systèmes d’information des banques et le partage des données de leurs clients à des tiers, une fois que le client a donné son autorisation. Concrètement, l’ensemble des acteurs ont à présent la possibilité de se connecter aux services des banques pour y développer leurs propres applications.
  • La réglementation AMLD V : entrée en vigueur en juillet 2018, la cinquième directive anti-blanchiment est une réponse de l’Union Européenne aux attaques terroristes de 2016. Elle oblige les acteurs financiers à mieux connaître leurs clients et facilite les enquêtes internationales concernant les transactions douteuses.

Les banques traditionnelles satisfont seulement 2/3 de leurs clients

Ces deux directives interviennent à un moment où les acteurs traditionnels sont en difficulté : les consommateurs exigent un service de meilleure qualité, plus réactif et accessible. Les banques tardent à prendre conscience de cette évolution : l’European Banking Federation relève en 2018 que 100% des banquiers interrogés pensent que leurs clients sont satisfaits par le service rendu, alors que seulement ⅔ des français le sont réellement. Les plus jeunes sont les premiers à exprimer leur mécontentement : d’après une étude de Sia Partners, 50% des clients de moins de 35 ans ne font pas confiance à leur conseiller bancaire. Ces chiffres expliquent l’apparition de nouveaux acteurs dans le secteur : N26, la banque allemande lancée en 2015 a dépassé le million d’utilisateurs en juin 2018, au Royaume-Uni, Monzo comptait 550,000 clients en février 2018 lors de sa levée de 112 millions d’euros. Qonto, la néobanque Française qui se lance sur le marché des PME recense plus de 33,000 entreprises utilisatrices après seulement 1 an d’existence, soit 1% du marché. Entre 2015 et 2017, le taux de recrutement des banques en ligne a été de 10,4%, là où celui des banques traditionnelles a reculé de 2,1% en moyenne sur 3 ans.

Source : European Banking Federation

Les nouveaux entrants s’attachent à comprendre et à répondre aux besoins du quotidien des utilisateurs comme consulter leurs comptes, effectuer un virement, commander de nouvelles cartes, gérer ses plafonds. Autant d’opérations qui se font en ligne en quelques minutes, là où les banques traditionnelles requièrent toujours une présence physique en agence, parfois plusieurs jours d’attente et des politiques tarifaires jugées opaques. Les fintechs sont en train de gagner cette bataille : en 2018, 25% des français se disaient prêts à changer de banque pour rejoindre une fintech.

50% des français déclarent qu’ils feraient appel à un conseiller bancaire pour un projet immobilier ou un prêt.

De leur côté, les banques se concentrent sur leur coeur de métier, certaines que c’est là que se trouve la valeur sur le marché : prêts, dépôts, épargne ou placements ; sujets qui sont encore peu investis par les fintechs. Les banques se rassurent avec la confiance que leur accordent les particuliers : 50% des français déclarent qu’ils feraient appel à un conseiller bancaire pour un projet immobilier ou un prêt.

Cependant, en délaissant la relation avec le client final, les banques perdent l’accès à la data d’usage, celle qui permet de concevoir et de distribuer les meilleures offres pour les clients finaux. De plus, les fintechs commencent déjà à élargir leurs offres. Revolut, dont la proposition de valeur initiale était de faciliter les transferts d’argent à l’international a su développer en quelques mois une solution de crédit et propose désormais des produits d’assurance.

Deux options prisées par les banques : racheter et intégrer des fintechs ou développer des produits en interne

Si le poids des fintechs dans l’économie est encore marginal, la tendance ne peut pas laisser les acteurs traditionnels sans réponse. Deux options existent : racheter et intégrer des fintechs ou développer des produits en interne. L’investissement dans des fintechs est prisé par les grandes banques françaises : Crédit Mutuel Arkéa a investi dans Leetchi et Grisbee en 2016, et dans Yomoni en 2017, BNP dans compte Nickel en 2017, BPCE dans Fidor en 2016. La Banque Postale s’est associée en 2018 avec TagPay pour améliorer son offre mobile et BPI a choisi Younited Credit pour tester une nouvelle offre de prêts aux TPE. La Société Générale attaque également de nouveaux marchés : la vente de voiture via Reezocar ou l’investissement responsable grâce à Lumo.

Les deux points clés pour réussir le rachat d’une fintech sont la gestion du risque politique et la réussite de l’intégration technique. Chez BPCE, l’intégration de Fidor a échoué, et la seconde banque française étudie les options de cession, 2 ans seulement après son acquisition. A l’annonce du rachat, les équipes internes, ont pris comme un désaveux l’acquisition de Fidor et les résultats financiers se sont avérés en dessous des espérances : 2 recapitalisations en 2 ans ont été nécessaires pour garder Fidor en vie. La réussite de l’intégration technique est également un challenge : c’est ce que déclarent 30% des fintechs interrogées. Lorsque ces deux points sont adressés, les grands groupes redeviennent attractifs : Antoine Porte, co-fondateur de Lydia souligne que c’est la flexibilité et la disponibilité de CNP Assurance qui l’ont convaincu de s’associer à un grand groupe lors du lancement de l’offre d’assurance d’appareils mobiles en 2018.

Outre le rachat de fintechs prometteuses, les banques font le choix du développement de produits digitaux internes. C’est le cas de l’offre HelloBank lancée en 2013 par BNP Paribas, qui compte aujourd’hui plus de 3 millions d’utilisateurs en Europe, et 400,000 utilisateurs en France. Cette réussite s’explique par le fait qu’HelloBank adresse les deux attentes principales de ses clients : une offre au tarif compétitif grâce à la digitalisation des opérations les plus courantes, tout en conservant l’accès à des conseillers physiques dans les agences BNP Paribas en cas de problèmes.

Pour accélérer le développement de produits digitaux internes, BNP Paribas, à la manière d’autres banques françaises, mise sur le développement de start-up internes : financées par les banques, elles permettent le développement de produits innovants, dans un environnement simplifié dans lequel les prises de décisions sont accélérées. FFYN, par exemple, start-up financée par BNP Paribas, a été lancée par Richard Jones, un ancien manager chez BNP Paribas Securities Services, pour améliorer la relation entre investisseurs et Asset managers. Pour les investisseurs, FFYN réduit le temps et le coût pour obtenir des informations sur les fonds. Côté Asset managers, elle permet d’identifier de potentiels clients grâce à la détection des préférences investisseurs. Après un an d’existence, son produit est déjà adopté par plus de dix acteurs majeurs, dont les références de l’Asset management.

Quel avenir pour les alliances banques / fintechs ?

Les données financières sont la donnée la plus précieuse des utilisateurs pour les acteurs du monde de la finance comme pour les acteurs du e-commerce. Les banques ont laissé de nouveaux entrants s’immiscer dans la collecte de cette data : certaines fintechs, des grandes entreprises d’autres secteurs — Orange Bank compte 240,000 utilisateurs — ou les GAFA — Apple a annoncé en février 2019 un partenariat avec Goldman Sachs pour lancer une nouvelle carte. Les banques ont conscience qu’une réaction est nécessaire, au risque de se voir confiner à un rôle de fournisseurs de services financiers, de collecte de KYC ou de validation de compliance. Après avoir tardé à réagir, elles se sont mises en ordre de bataille pour contrer les nouveaux entrants et saisir les opportunités que leur offrent la multiplication des fintechs.