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MPhoto by Kristina Flour on Unsplash

Networking sélectif : le secret bien gardé des femmes qui réussissent

Appréhender le futur du travail

Cette semaine j’ai assisté à la soirée organisée à Paris par The Family autour de Laëtitia Vitaud, à l’occasion de la parution de son essai Du labeur à l’ouvrage consacré aux mutations du monde du travail. Une conférence devant une centaine de participants, filmée pour la chaîne Youtube Startupfood. Difficile de recevoir plus belle publicité pour cette autrice au parcours atypique, qui concède “au fond, je suis et je reste une prof : j’aime lire et écrire, mon public est différent mais j’essaie de faire école finalement à ma manière.”

En un sens, j’ai eu la chance d’avoir Laëtitia pour “prof”. Il y a un an presque jour pour jour, fin septembre 2018, je l’ai conviée à la soirée inaugurale de la saison 2018/2019 d’un réseau professionnel féminin. Elle a accepté d’intervenir sur le thème : Future of Work rocks! Le tout, devant… douze participantes. Oui, douze. Un comité volontairement restreint de femmes cadres, entrepreneures, professions libérales et indépendantes en milieu de carrière. Une classe très spéciale.

Ce flashback au contraste saisissant est l’occasion pour moi de lever un coin du voile sur l’un des réseau professionnels féminins les plus confidentiels de la capitale. Chaque réseau possède ses règles propres, et celui-ci fonctionne par cooptation uniquement, donc c’est surtout un prétexte pour partager les convictions que je me suis forgées et les enseignements clés que j’ai glanés en fréquentant un tel réseau. Au fil des rencontres coordonnées en 2018/2019, c’est aussi une grande fierté pour moi d’avoir convié à intervenir des femmes d’exception telles que Laëtitia Vitaud, Héloïse Tillinac, Cécile Strouk, Sophie Cohendet ou encore Laure Ricard.

De gauche à droite : Laëtitia Vitaud, Héloïse Tillinac, Cécile Strouk, Sophie Cohendet et Laure Ricard.

Toutes Switcheuses, Slasheuses et Solopreneuses demain ?

Nous nous sommes données pour fil rouge Le Futur est déjà là et le futur du travail s’est imposé pour la première soirée de la saison, afin d’y cerner la place et le rôle des femmes. Pour se projeter dans ce futur, encore faut-il en saisir les dynamiques et en comprendre les termes, nouveaux et confus pour nombre d’entre nous !

Switcheuses, slasheuses, digital nomads, freelances, entrepreneures, intrapreneures… comment se recompose notre identité professionnelle et notre relation au travail ? Coworking, flex desk, télétravail, itinérance, nouveaux outils collaboratifs… les nouveaux modes de travail sont-ils aussi flexibles, confortables, exempts de risques psycho-sociaux et, au final, aussi performants qu’on le dit ?

Pour nous éclairer et en débattre, nous avons convié deux expertes, véritables têtes chercheuses et praticiennes aux avants-postes de ces transformations.

Laëtitia Vitaud, autrice et experte du futur du travail, travaille comme éditeur en chef du média Welcome to the Jungle recruteurs. Elle enseigne à Sciences Po Paris et à l’Université Paris Dauphine.

Même si l’enseignement et l’écriture dessinent un fil rouge dans le parcours de celle qui se définit comme éternelle “prof”, nous sommes face à une switcheuse, qui a entrepris un virage à 180° de l’ Éducation Nationale vers le secteur privé. À cet égard Laëtitia a contribué à populariser en France le concept de “switch” — ou pivot — en exerçant sa plume au sein du blog du Switch Collective.

A ses côtés Héloïse Tillinac, Consultante/Coach/Docteur en Sciences Politiques, revendique les slashs (“/”) dans sa présentation. En effet, elle est la créatrice du site d’info slasheurs.fr et la fondatrice de Neowork Lab.

Au moment de nous rencontrer, elle nous a réservé sa première apparition publique depuis la sortie du Guide du Solo-Preneur.

La soirée se déroule dans une épicerie café privatisée pour l’occasion et commence peu après 19h30 autour d’un apéritif dînatoire. Ce cadre informel est propice aux échanges qui vont vite commencer entre nos deux intervenantes et la douzaine de participantes. Chacune son tour, Laëtitia et Héloïse partagent leur point de vue sur le sujet, en moins de dix minutes. Au-delà de leur analyse — plutôt historique et politique pour Laëtitia, sociologique et psychologique pour Héloïse — chacune livre un témoignage personnel, ses convictions et ses intuitions sur ce que nous réserve le futur du travail.

Vous voulez savoir quoi ? Allez-donc jeter un oeil à leurs publications (je vous fournis plusieurs liens à la fin de cet article).

J’ai écrit que j’allais lever un coin du voile, pas tout raconter non plus ! Photo by Paweł Czerwiński on Unsplash

Un réseau intimiste qui vous veut du bien

Les questions préparées pour co-animer le débat cèdent rapidement la place aux questions brûlantes des participantes. Dans l’audience, nous comptons des salariées, des entrepreneuses, des créatrices, de la trentaine et la quarantaine, mamans ou non. Nombre d’entre elles sont en pleine réflexion pour amorcer un virage professionnel, en plein processus de recrutement ou sur le départ, avec chacune en tête un nouveau projet, des envies, un foisonnement d’idées.

La discussion se nourrit de préoccupations individuelles partagées, de retours d’expériences instructifs, d’encouragements et de sourires complices, dans une atmosphère chaleureuse et bienveillante. Le plus fabuleux, c’est de voir circuler une parole aussi libre et assumée, sans crainte de jugement. Chacune est concernée, chacune peut faire entendre sa voix, être écoutée et débattre, tout en sirotant un verre de vin accompagné d’un buffet de tartinades et de crudités. Chacune en repartant vers 22h nous remerciera pour ce moment privilégié d’inspiration, de partage et de connexion entre femmes.

Vous avez donc une idée concrète du déroulement d’une soirée Workini et de son atmosphère stimulante. Mais ce qui se joue dans ces rencontres va bien au-delà et relève d’une forme de networking souvent méconnue : le cercle proche, ou networking sélectif.

Quand une femme avertie en vaut (au moins) deux…

Il ne suffit plus de s’adonner au sacro-saint networking — ou réseautage en bon québécois, si mes anglicismes persistants vous irritent (on me le reproche souvent mais comme j’ai cessé depuis longtemps d’être une bonne élève, j’assume).

Développer un énorme répertoire de contacts et arpenter un maximum de réseaux professionnels s’avère vite chronophage et superficiel. Développer son réseau et entretenir des relations bénéfiques sur le long terme, là réside le véritable challenge. Mais s’agissant plus spécifiquement des femmes, les travaux de Brian Uzzi montrent qu’elles ont intérêt à adopter une stratégie duale.

Non seulement il nous faut construire patiemment un réseau qualitatif, avec des interlocuteurs et des interlocutrices de différents cercles, susceptibles de nous connecter à leur tour à de nombreux réseaux (on les appelle les “super connecteurs”). Mais en complément, il est indispensable de cultiver un cercle proche, avec d’autres femmes.

Un cercle restreint à cinq femmes peut constituer un bon point de départ. C’est pour cela que dans notre réseau professionnel féminin, les événements sont volontairement limités à dix ou douze participantes. Les échanges informels qui vont suivre les interventions sont souvent l’occasion d’avoir une discussion approfondie avec deux, trois ou quatre participantes. Un dispositif radicalement opposé aux soirées des “grands” réseaux (les réseaux féminins des grandes écoles par exemple, que j’ai beaucoup fréquentés). Rien à voir avec les tables de speed networking à huit personnes, en trois tours chronométrés, qui se soldent par un échange rituel de dizaines de cartes de visites !

Photographie libre de droits d’Envato Elements pour respecter l’anonymat de mes camarades

Concrètement, selon Brian Uzzi, jouer le jeu social des réseaux professionnels ne favorise que certains hommes, pour qui la clé de la progression réside dans un accès plus facile et rapide à l’information. Le succès pour eux consiste à occuper une position de centralité, là où va converger l’information.

Pour réussir, les femmes doivent non seulement jouer ce jeu de la centralité, mais aussi en parallèle entretenir un cercle proche de femmes (“close inner circle of women”) susceptibles de fournir des informations critiques sur les défis et opportunités professionnelles dans telle ou telle entreprise, telle ou telle branche. Il s’agit pour elles de collecter des informations “de l’intérieur” aussi précises qu’elles s’avèrent cruciales pour leur stratégie et leur avancement. Ces informations concernent le traitement effectif réservé aux femmes, depuis les perspectives de carrière et d’avancement jusqu’aux questions indiscrètes des recruteurs concernantau hasardune future grossesse. On se demande encore pourquoi tant d’entreprises investissent dans leur marque employeur puisque personne n’est dupe !

Appréhender la place des femmes dans le futur du travail

Pour les femmes, le futur qui émerge est à double tranchant car, dans l’absolu, nous pouvons appréhender un impact encore plus lourd en précarisation et en exclusion.

Mais nous pouvons aussi envisager l’opportunité de changer de voie, de métier, d’entreprendre ou d’opter pour la pluri-activité. Une manière créative d’hybrider qui nous sommes aujourd’hui avec nos intuitions, nos envies, nos idées, en de multiples identités professionnelles qui restent à co-construire, soutenues par nos paires d’abord, notre réseau ensuite. #girlpower

Si l’appréhension est légitime, elle diminue à partir du moment où nous pouvons avoir toutes les cartes en main et prendre un coup d’avance. Et quoi de mieux que d’échanger avec les autrices et chercheuses qui sont aux avants-postes de ce futur émergent, à l’instar de Laëtitia Vitaud et Héloïse Tillinac, qui en parlent avec d’autant plus de finesse et de justesse qu’elles sont elles-mêmes directement concernées ?

Au final, il nous incombe dès à présent de prendre pleinement notre part et de revendiquer collectivement une juste place pour chacune d’entre nous dans ce futur. Et cela commence par se constituer un cercle proche de quelques femmes. L’avez-vous, vous ?

Références pour plonger sereinement dans le futur du travail

📙 🔭 Forgez-vous votre propre vision du futur du travail à travers le livre de Laëtitia Vitaud Du labeur à l’ouvrage qui vient de paraître ou allez piocher des idées dans sa série de portraits consacrée cet été aux Figures de l’ouvrage sur Medium, en commençant par la figure de Barbara Ehrenreich, dans l’article Des sorcières aux femmes de ménage : le futur du travail au féminin. 🧙‍♀️

📔🛠 Faites le point avant de vous lancer à votre compte et passez à l’action sereinement avec Le guide du solopreneur d’Héloïse Tillinac, ou parcourez le site d’info slasheurs.fr pour vous outiller.

🍸🤝 Identifiez le réseau qui vous correspond dans l’ouvrage de référence en France signé par Emmanuelle Gagliardi 500 réseau de femmes pour booster sa carrière, ou créez votre propre cercle d’empowerment avec la méthode de Lean in France sur leaninfrance.fr 💪

📰 🔬 Consultez les conclusions des travaux de rechercher sur le networking au féminin, dans l’article de Brian Uzzi “Research: Men and Women Need Different Kinds of Networks to Succeed”, Harvard Business Review, 25 février 2019. 🇺🇸

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Welcome to Sistopia. We believe that sisterhood is key in a more inclusive future of work. We explore new ways of (co-)working across Europe and beyond.

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Ivanne Poussier

Ivanne Poussier

Feminist entrepreneur exploring #Sisterhood in the #FutureOfWork, I led the 1st European Tour of #women-focused #CoworkingSpaces 🥾 linktr.ee/ivanne.backpack