On m’avait dit qu’il fallait choisir


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Étiqueter, mettre dans des boîtes et surtout, rester dans sa boîte est quelque chose de profondément ancré, notamment en France. Quand je disais plus jeune que j’étais Artiste, on me répondait : “Et sinon, c’est quoi ton vrai métier ?”. Ou quand on me demandait ce que je faisais et que je débutais une longue liste, la personne en face restait interloquée : non je ne pouvais pas me contenter d’avoir 1 job et surtout, d’être définie par lui. Avec le temps, j’ai créé des stratégies et avec l’essor des soirées networking, j’ai eu le temps de rôder mes approches.

Quand je suis d’humeur taquine, j’aime me présenter comme chanteuse — ce qui est aussi vrai — dans des soirées de Geeks, ça rend mes interlocuteurs perplexes pendant un temps, mais au final cela peut être très reposant de ne pas se présenter comme une experte. Ou alors, pour éviter une longue litanie, je résume en expliquant que je fais “tout sauf le repassage” : ça fait sourire, ça simplifie et on peut passer à autre chose. Et puis parfois, je réponds tout naturellement que je suis une slasheuse. Et là, des fois, faut que j’explique…

Pour moi, cette trouvaille terminologique permettait de mettre le doigt, mais surtout un nom sur une situation parfois inconfortable. Le fait de cumuler les casquettes n’est pas un choix, ni voulu ni subi, c’est juste un parcours qui s’est construit.

Mon sort de slasheuse est sans doute “génétique” ou “culturel” à la base, conditionné par une grande curiosité pour des sujets très variés et une capacité à apprendre et à se passionner, mais il a été cristallisé par une ouverture de plusieurs possibles quand à 16 ans j’ai annoncé à mes parents que je voulais tout plaquer pour être comédienne, et que très intelligemment ma mère a répondu : “Passe ton Bac… aussi”. Il n’était plus question de choisir, je pouvais mener les deux de front.

J’avais d’abord choisi mes études de communication pour servir mes ambitions artistiques et en finir une fois pour toutes avec les Maths et la Physique (oui, j’ai un Bac C ;) ). Finalement, je me suis prise au jeu et j’ai aimé les études, tant et si bien que je suis allée aussi loin que je pouvais… enfin presque. Mais en parallèle, j’écrivais, je créais, je travaillais et j’explorais le monde des possibles.

J’ai commencé la danse classique à 5 ans, le théâtre à 9, le modern jazz à 11, à écrire des chansons à 14 ans, j’ai fondé un journal à 17 ans, et quand j’ai voulu créer mes premiers spectacles à 19 ans, pour moi il était évident qu’ils devaient tout intégrer, y compris de la vidéo, parce que, pour raconter des histoires, ça peut aider.

A chaque étape de ma vie “on” m’a dit qu’il fallait choisir parce que ce n’était pas comme cela que l’on faisait et pourtant, j’ai découvert Broadway, j’ai découvert Leonard de Vinci (un super mega slasheur, ça devrait être une icône ;) ) ; j’ai continué de tracer ma route, bien sûr avec quelques freins parfois et parce que le temps n’est pas extensible, que des priorités se font jour et que “life is a struggle”…

Pourtant, je viens de lire dans la fameuse Harvard Business Review que la “fixité fonctionnelle” empêchait la capacité à résoudre des problèmes et plus largement l’innovation : ce modèle de “boîtes” et d’ “étiquettes” favorise donc une contre performance générale. De fait, être un slasheur permet potentiellement plus “naturellement” de considérer toute problématique de différentes façons, de penser “out of the box” plus facilement, surtout quand on a eu l’habitude de gérer des projets (je pense à mes spectacles par exemple), justement avec “des bouts de ficelle”.

Dans un épisode de Forever hier soir (je sais, c’est une série et c’est une rediffusion), un petit garçon disait au Dr Morgan — après qu’il lui ait dit qu’il était médecin- : “ C’est ça que je veux être quand je serai grand… ou boxeur”. Ce à quoi le Dr Morgan lui répondit : “Rien ne t’empêche d’être les deux”. C’est exactement le genre d’encouragement que m’a donné ma mère il y a 25 ans et cela m’a déjà permis d’avoir une vie riche, dense et d’envisager bien des possibles.

Slasheur : “So Be It” ! (clin d’oeil à un de mes films cultes “Pump up the volume”).

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