Et si on faisait un point sur la prochaine rentrée des séries US ?

Les héros de The Big Bang Theory

Aux USA, la rentrée des séries se profile déjà. Encore quelques semaines et vous pourrez découvrir les nouveautés qui seront diffusées dans la foulée sur votre petit (ou grand) écran. Pour vous aider à y voir plus clair, nous avons demandé à un expert du sujet, Jean-Maxime Renault, de se pencher sur ces dizaines de nouvelles séries et de nous expliquer pourquoi, chaque année, c’est la guerre entre les 5 grands networks américains (sans compter les chaînes du câble). Et Jean-Maxime sait de quoi il parle. Il est journaliste à Allociné et possède son propre blog, Season-Zero.com, que nous consultons très souvent pour suivre l’actualité (chaude) des séries. Allez, c’est parti !

Jean-Maxime Renault

Comme chaque année, la rentrée des séries va bientôt avoir lieu outre-Atlantique. Que penses-tu de la cuvée 2016 ?

“On ne va pas se mentir : la cuvée 2015–2016 des networks a été assez pauvre. Je ne retiendrais que “Blindspot” et “Quantico”, qui ont à peu près réussi à se démarquer grâce à des pilotes solides. Elles font partie des rares à avoir obtenu une saison 2 d’ailleurs, il n’y a pas de hasard. J’ajouterais “The Family”, très prenante, mais qui n’a pas su retenir l’attention du public. Les meilleures surprises, il faut aller les chercher principalement sur le câble et les plateformes de streaming, on commence à y être habitué. En vrac, je garderais “The Stranger Things”, la sensation de l’été, “Master of None”, “Casual”, “The Path”… et on a eu de très belles saisons 2 aussi, je tiens à le souligner : “The Leftovers”, “Fargo”, “The Affair”, “Transparent”, “You’re the Worst” ont toutes plus que transformé l’essai. Quant à la cuvée 2016–2017, elle s’annonce à nouveau faible sur les networks, mais peut-être moins que les saisons précédentes, et très alléchante partout ailleurs avec du lourd.”

Quelles sont les séries qui d’après toi vont tirer leur épingle du jeu ? Cette année, nous misons sur “Westworld” (HBO), “This Is Us” (NBC) et “Designated Survivor” (ABC). Avons-nous tout faux ?

“Westworld sera LA série événement de la rentrée sur le câble, mais difficile de faire un pari sur ses audiences quand on voit ce qui s’est passé en début d’année avec Vinyl de Scorsese, qui a été une vraie catastrophe industrielle pour HBO. J’ai des doutes sur son succès, mais je crois beaucoup en sa qualité. Je l’attends avec énormément d’impatience aussi. “This Is Us” est la grande inconnue de la rentrée. NBC lui a offert l’une de ses meilleures cases, après “The Voice”, mais c’est le genre de show qui ne fonctionne plus sur les networks depuis longtemps, et vu les réactions que j’ai pu lire ça et là face à la bande-annonce, je suis plutôt inquiet. Beaucoup ont le sentiment que la série “ne raconte rien”. Alors qu’au contraire, elle promet de raconter beaucoup sur la vie, la vraie. A titre personnel, c’est typiquement ce que j’aime : c’est chaleureux, tendre, amusant… Le nouveau “Parenthood” ! “Designated Survivor” est clairement la plus grosse cartouche d’ABC cette année et elle a toutes les chances de s’en sortir convenablement. A moins que le public américain ne fasse déjà une overdose de politique avec les réelles élections et préfère se tourner vers autre chose ? Là aussi, je suis confiant sur sa qualité, mais je demande à voir sur la longueur… J’ajouterais parmi les espoirs : Pitch sur FOX, du même créateur que “This Is Us”, Dan Fogelman, un petit génie, qui hérite d’une case très compliquée mais qui pourrait créer la surprise tant elle est émouvante et rassembleuse; et la comédie “Speechless”, qui ne devrait avoir aucun mal à s’intégrer aux pépites d’ABC comme “The Middle”, “Modern Family”, “Fresh Off The Boat”… C’est mignon et déjanté à la fois. Ça me fait penser à “Malcolm”. J’y crois beaucoup.”

A la rentrée, Kiefer Sutherland fait son grand retour dans la série “Designated Survivor”

… Et celles qui vont très probablement se planter ?

“On peut dire sans mal que “The Exorcist” est très mal partie. Elle ira certainement au bout de sa commande initiale de 13 épisodes mais je ne la vois pas aller au-delà. Sa diffusion le vendredi ne va clairement pas l’aider. Elle n’a de toute façon pas du tout sa place sur une grande chaîne comme FOX et elle n’est pas assez bonne pour prétendre à une place sur HBO, FX ou AMC. Du côté des comédies, CBS a un très mauvais line-up cette année. Je ne donne pas cher de la peau de “Kevin Can Wait”, qui est ringarde au possible, et de “Man With A Plan”, qui l’est tout autant, si ce n’est plus encore. Après, avec le public âgé et pas toujours très regardant de CBS, tout est possible. Mais j’ai tout de même du mal à croire que l’on puisse à la fois aimer “The Big Bang Theory” et “Mom”, et aimer… ça. Et sur NBC, je ne crois pas du tout en “Timeless”, qui aura droit elle aussi à une diffusion après The Voice, ce qui devrait lui permettre de passer l’automne aisément, mais sur la durée c’est typiquement le genre de série high-concept dont les téléspectateurs se détournent très vite. Et les voyages dans le temps dans les séries, soyons francs, c’est un nid à emmerdes…”

Chaque année, des dizaines de nouvelles séries sont donc mises à l’antenne sur les 5 grands networks américains (sans parler du câble…) et très peu survivent. Pourquoi ont-ils choisi ce système plutôt qu’un autre ?

“Les networks américains ont besoin de remplir leurs grilles en soirée de septembre à mai avec un maximum de programmes inédits. Il n’y a pas que les séries bien sûr, mais ce sont elles qui prennent tout de même le plus de place car ce sont elles qui rapportent le plus d’argent au-delà même de leur diffusion initiale grâce aux ventes à l’international, aux droits de syndication et aux droits d’exclusivité en streaming désormais. Alors bien évidemment, tout ne fonctionne pas. Il y a même plus de séries qui se plantent que de séries qui marchent, mais plus il y a de nouveautés lancées plus il y a de chances d’avoir parmi elles de futurs hits.”

Comment les chaînes de télévision américaines choisissent-elles les séries qu’elles vont lancer à la rentrée ? Peux-tu nous en dire plus sur le processus de sélection de celles-ci ?

“Le processus de sélection est très long et commence un peu plus d’ un an avant la mise à l’antenne. Les chaînes reçoivent les producteurs et les scénaristes qui viennent leur “pitcher” des projets. A partir de là, elles passent commande de scripts pour ceux qui les ont emballé. Plus d’une centaine sont ainsi en développement pour chaque chaîne. Puis elles sélectionnent les “meilleurs” scripts qui deviennent des pilotes. Une fois ces pilotes castés et tournés, elles choisissent les “meilleurs” pilotes pour en faire leurs nouvelles séries. Et si j’utilise là des guillemets, c’est parce que la sélection ne se fait malheureusement pas qu’en fonction de la qualité. D’autres critères rentrent en ligne de compte : les séries les plus faciles à marketer, les castings les plus vendeurs, les talents avec qui il vaut mieux rester en bons termes…”

Chaque année, on se demande bien pourquoi certaines séries sont lancées, tant elles ne semblent pas armées pour affronter la concurrence. On pense notamment au nouveau « MacGyver », où à l’adaptation en série de « L’arme Fatale ». On a l’impression que les chaînes se lancent parfois dans des combats déjà perdus d’avance… Pourquoi ?

“Tous les remakes ou reboots ne sont pas nécessairement mauvais. Et tous les remakes et reboots ne se plantent pas forcément. Le cas de MacGyver est atypique tant le projet a connu des difficultés dans son développement, au point où CBS a commandé le pilote en série malgré sa piètre qualité. Il a été ré-écrit et retourné depuis. On verra ce que ça donnera dans les audiences, mais le public auquel la série s’adresse pourrait mordre à l’hameçon, de la même manière que pour un Hawaï 5–0, qui est encore à l’antenne de CBS six ans plus tard. La force de MacGyver c’est que c’est une marque et un concept connus dans le monde entier, que l’effort promotionnel à fournir pour CBS et les acheteurs étrangers est par conséquent moins grand, moins coûteux. Il y a d’ailleurs fort à parier que chez nous M6, qui a un deal avec CBS, l’a acheté les yeux fermés, sans même avoir vu le premier pilote, qui n’a pas été montré dans son intégralité. C’est la triste réalité du marché. Dans le cas de L’Arme Fatale, ça pouvait sembler être une très mauvaise idée mais le fait est que le pilote est réussi, que la série est vraiment prometteuse dans son genre, bien castée, bien produite, amusante, dépaysante. Et là encore, pour l’étranger, c’est un oui direct. TF1 l’a évidemment achetée. C’est exactement ce qu’il leur faut.”

Le nouveau MacGyver avec plein de cheveux mais sans la coupe mulet.

Peux-tu nous en dire plus sur le principe des upfronts qui ont lieu chaque année au Printemps ?

“Les upfronts, c’est l’aboutissement de la saison des pilotes. Une fois toutes les nouvelles séries commandées, les chaînes les présentent aux annonceurs qui viennent faire leur marché et miser sur les séries qui les convainquent le plus pour acheter des espaces publicitaires. C’est devenu aussi un rituel de communication, ça marque le début de la promotion puisque sont dévoilés à ce moment-là au monde entier les premières images de toutes ces nouvelles séries.”

Il semble loin le temps où les audiences des séries aux USA atteignaient des sommets. Il n’était pas rare qu’une série à succès fasse 25–30 millions de téléspectateurs contre 10–15 millions aujourd’hui… Est-ce dû à une nouvelle manière de consommer les séries ?

Grey’s anatomy qui va bientôt débuter sa 863ème saison (à peu près).

“En 10 ans, le paysage audiovisuel américain a énormément changé. Les chaînes du câble étaient déjà nombreuses à l’époque, mais peu d’entre elles diffusaient des séries originales. Puis des chaînes comme AMC se sont lancées dans la course — avec le succès critique et public que l’on connaît — les autres comme USA Network ou TNT se sont mises à programmer toute l’année et plus seulement l’été. La concurrence s’est accrue, puis les plateformes de streaming comme Netflix, Amazon et Hulu ont débarqué, ainsi que les différents services de rattrapage, et maintenant la concurrence est décuplée. Les téléspectateurs, surtout les plus jeunes, regardent de moins en moins la télévision en live, sauf pour les événements sportifs ou certaines séries qui jouent vraiment sur le fait qu’elles doivent être vues en live si on ne veut pas se faire spoiler le lendemain à la machine à café ou sur les réseaux sociaux, comme c’est le cas de “Game of Thrones”, “The Walking Dead” ou les séries de Shonda Rhimes, néanmoins très rattrapées. Au bout du compte, un même épisode d’une série à succès est plus vu aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 10 ans mais pas en une seule diffusion.”

Comment vois-tu l’avenir des séries ? Quelles seront d’après toi les prochaines grandes tendances ?

“Les tendances sont toujours compliquées à définir car elles découleront des succès à venir, d’autant que désormais c’est le câble qui mène la danse et les networks qui suivent en tentant de les imiter avec des projets moins ambitieux mais dans la même veine. Une tendance qui se dégage déjà en tout cas ce sont les séries type “Making a Murderer” ou “The Jinx”, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, basées sur des faits divers criminels et/ou judiciaires. Dick Wolf prépare la sienne. NBC a déjà dans les tiroirs la version parodique, “Trial & Error”… “American Crime” et “American Crime Story” s’inscrivent déjà dans cet esprit-là. Ce qui est amusant, c’est qu’en France on fait ça déjà depuis longtemps avec des téléfilms ou mini-séries, comme sur l’affaire du petit Grégory par exemple…”

Que penses-tu des séries développées par les nouveaux acteurs du marché comme Netflix ou Amazon ?

Not Penny’s boat ? Non, The Stranger Things sur NETFLIX

“Beaucoup de bien, globalement. L’absence de publicité permet une plus grande liberté de ton et de format, qui ne peut qu’être bénéfique. La plupart des séries Netflix sont des réussites et les plus marquantes sont indéniablement celles qui n’auraient jamais pu exister ailleurs. Je pense par exemple à “Sense 8”. Je ne crois pas que HBO ou Showtime y seraient allées. Netflix l’a fait. “Stranger Things“ n’aurait pas pu naître sur un network ou ailleurs. Pas plus que “Grace and Frankie”, dans un autre genre, car aucune chaine ne veut miser sur des personnages qui ont 70 ans ! Bien sûr, tout n’est pas réussi. Il y a une part d’expérimentation qui débouche parfois sur des ratés. Et je ne parle même pas de Marseille… Et ce serait faux que de penser que Netflix ou Amazon donnent une liberté totale aux scénaristes et aux réalisateurs. On le voit bien avec “The Get Down”, qui a connu un développement très compliqué. Mais les plateformes de streaming sont en tout cas en train de révolutionner le genre de la série télé et on peut être heureux de vivre ça.”

L’offre française semble pauvre comparé à celle des États-Unis, ou même la Grande Bretagne… Comment vois-tu l’avenir des séries françaises ? Avons-nous des raisons d’espérer qu’une chaîne majeure, comme TF1 ou France 2, développe un jour une série comme Game of Thrones, 24 ou encore Lost ?

“Nous n’aurons jamais les mêmes moyens que les États-Unis. Nous n’aurons donc jamais d’équivalents à “Game of Thrones”, en termes de budget. Pas sans passer par la coproduction en tout cas. Et pour le moment, la quasi-totalité de nos coproductions ont été des désastres. Il y avait les moyens mais pas l’ambition. Mais nos séries françaises sont meilleures aujourd’hui. La qualité ne cesse de s’améliorer et partout. Avant, pour voir une bonne série française, il fallait se tourner vers Canal, un peu vers Arte, et ça s’arrêtait là. France 2 a vécu deux très belles années (“Les Témoins”, “Disparue”, “Dix Pour Cent”…) et devrait poursuivre sur sa lancée. Chez TF1, il y a du bon et du moins bon. La chaîne est face à un défi compliqué : continuer à plaire aux fans fidèles de Joséphine Ange Gardien, qui aiment les fictions rassurantes, positives, qui ne les bousculent pas un seul instant, et séduire un public éduqué aux séries américaines, qui a soif de concepts innovants et de personnages moins lisses. Ça prend du temps, mais on y vient petit à petit et il y a toutes les raisons d’être optimistes pour le futur.”

Les héros de Lost nous manquent. Tellement.

Tu es membre de l’Association des critiques séries (ACS), peux-tu nous en dire plus ? Pourquoi avoir décidé d’y adhérer ?

“Quand on m’a proposé de rejoindre l’ACS, j’ai tout de suite été emballé par l’idée. Comme il existe une critique littéraire depuis des siècles, une critique cinématographique depuis des décennies, une critique musicale aussi bien sûr, la critique série est une suite logique, et elle a besoin d’être défendue à mesure qu’elle se professionnalise et qu’elle prend de l’importance. La série est devenue un art à part entière, qui s’étudie, qui s’analyse et qui se critique. Rien que de faire passer ce message est important car la série a toujours eu très mauvaise réputation dans notre pays et elle mérite d’obtenir enfin une véritable reconnaissance. Comme toujours, les américains ont de nombreuses années d’avance sur nous. Les journalistes séries sont là-bas très soudés, réunis autour d’événements majeurs qu’ils organisent parfois eux-mêmes et qui leur permettent de pratiquer au mieux leur métier. C’est l’ambition que nous avons à l’ACS, à terme. Et nous savons que cela prendra du temps. Je suis heureux, à mon petit niveau, d’y participer.”

Pour finir, peux-tu nous dire quelle est ta série préférée et celle que tu as abandonné en cours de route ?

“La série qui m’a le plus bouleversé à ce jour et que je défendrai toujours corps et âme, c’est “Lost”. Et si je dois me borner aux dernières années, ça se jouerait entre “Breaking Bad”, “The Leftovers” et “Homeland”. Et mon cœur bat toujours très fort pour “Grey’s Anatomy”. Sinon, j’ai une fâcheuse tendance à ne jamais abandonner une série en cours de route, quitte à me forcer pour la terminer quand elle devient très mauvaise, ce qui arrive parfois. Je suis allé au bout de “Dexter”, après tout… Celles que j’abandonne sans trop de difficultés, ce sont les comédies du type “Modern Family”. Je les aime beaucoup mais elles me lassent assez vite. J’ai besoin de personnages qui évoluent. Et c’est rarement le cas dans ces séries-là.”

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