Pourquoi l’été est une période cruciale pour le cinéma américain ?

Avant 1975, les cinémas américains étaient déserts l’été mais un petit film réalisé par un jeune réalisateur inconnu allait redéfinir l’économie du 7ème art : “Les dents de la mer” de Steven Spielberg. Cet été-là, personne n’imaginait que ce petit film d’horreur rencontrerait un tel succès — “Les Dents de la Mer” a attiré plus de 64 millions spectateurs dans les salles obscures, un record pour l’époque — au point de devenir le premier blockbuster estival de l’histoire du cinéma.
Qu’est-ce qu’un blockbuster ?
On pourrait traduire le mot “blockbuster” par “superproduction” ou, de façon plus littérale, par “qui fait exploser le quartier”. Un blockbuster est donc un film dont le but premier est de faire de l’argent en faisant tout sauter sur son passage, surtout la concurrence.
Jusqu’à la sortie des “Dents de la Mer”, les plus grosses sorties au cinéma avaient lieu en fin d’année pour avoir le maximum de chances de remporter un ou plusieurs oscars, et voir leur carrière prolongée. Mais Steven Spielberg a tout changé, sans vraiment n’avoir rien pensé. Jusqu’ici, l’été était plutôt réservé aux petites productions, à ces nanars dont les studios voulaient se débarrasser en catimini. Bien marketé et avec un merchandising développé presqu’à l’infini, “Les Dents de la Mer” a su toucher un public jeune mais surtout disponible. Depuis la formule a fait ses preuves.

En 1977, “Star Wars” sortira avec succès en plein été, tout comme les grosses sorties depuis. La recette est en fait assez simple, il faut : un réalisateur de renom, un acteur connu dans le monde entier, des effets spéciaux et un pitch de départ qui tient sur une ou deux lignes. Les exemples sont nombreux : Independence Day (dont la suite est sortie ce week-end aux USA), Captain America, X-Men, Iron Man, 2012, Transformers, Avengers, Jurassic Park… La liste est longue.
Le début de la fin ?
Mais depuis quelques années, les blockbusters n’ont plus vraiment la côte auprès des majors américaines. Même si ces films sont indispensables pour assurer une certaine rentabilité, les frais de production de ces films sont désormais trop élevés (souvent autour de 250 millions de dollars hors promotion), au point de mettre en péril les studios les plus fragiles en cas d’échec.
C’est d’ailleurs ce qu’ont prédit Georges Lucas et Steven Spielberg en 2013 : “Les studios font des films pour l’argent. Du coup leurs points de vue sont de plus en plus étriqués et les gens vont se lasser.” Et Steven Spielberg d’ajouter : “Il y aura une implosion le jour ou trois-quatre, voire une demi-douzaine, de ces films aux budgets énormes vont se planter, et le modèle va encore changer.” Un constat ironique quand on sait que ce sont eux qui ont défini le cinéma tel qu’il est aujourd’hui…
Et en France ?
L’été, les salles de cinéma françaises sont moins fréquentées que l’hiver, même si un rattrapage est en cours. En 2000, le CNC publiait un rapport qui montrait que “depuis 1994, la fréquentation estivale a progressé en moyenne de 8 % par an, pour atteindre 22,5 millions d’entrées en 2000. Ce résultat illustre l’évolution favorable de l’offre pendant l’été. Elle s’est ainsi accrue de 25,6 % en deux ans pour s’établir en 2000 à 98 films. De plus, elle s’est diversifiée notamment sous l’effet de la progression du nombre de films français (+58 % par rapport à 1998)”. Et depuis 2000, les chiffres de la fréquentation des salles obscures l’été est toujours aussi solide.
Les blockbusters de l’été 2016
Cete année encore, les blockbusters vont faire parler la poudre. Depuis fin mai jusqu’à la mi-août, pas moins d’une vingtaine de blockbusters ont ou vont envahir les salles de cinéma : “X-Men Apocalypse”, “Independence Day Résurgence”, “Finding Dory”, “The Legend of Tarzan”, “Ghostbusters”, “Star Trek Beyond”, “Ice Age Collision Course”, “Jason Bourne”, “Suicide Squad”, “Ben-Hur”… Et les recettes finales devraient une nouvelle fois atteindre plusieurs milliards de dollars…