Et si changer le monde, ça commençait à l’école ?

Au cours des 15 derniers mois, j’ai pris une cinquantaine d’avions et j’ai accumulé un stock d’échantillons de savon et de shampoing qui peuvent me permettre de me laver durant les 2 années à venir (j’ai une légère tendance à la kleptomanie quand je suis dans une chambre d’hôtel). Pendant 2 ans, j’ai eu un travail passionnant, “d’évangélisateur numérique” dans un grand groupe de 15.000 collaborateurs à travers 75 pays. Autant de personnes à former avec enthousiasme et à embarquer dans la transformation digitale de l’entreprise à travers le monde.

Mais à chaque retour à Orly ou à Charles de Gaulle (puis à La Défense), malgré les bons moments et les supers défis à relever, il me restait souvent un sentiment de “pas fini”. Ou plutôt une question en suspens : “Mais tu as changé la vie de qui aujourd’hui ? Tu as eu quel impact sur la société ?”. Vous savez, cette question qu’un jeune sur deux de ma génération se pose, d’après une étude récente.

La réponse, je la trouvais les soirs et les week-end, en aidant un ami à lancer son livre “Changer le monde en 2 heures”, en rejoignant une équipe géniale de bénévoles pour organiser le TEDxChampsElysées Education à l’UNESCO, ou encore en participant à des “Hold-ups” de MakeSense pour aider avec des idées des entrepreneurs sociaux qui eux, avaient une contribution quotidienne à la société.

TEDxChamps-Elysées ED, 04 octobre 2015

Et l’appétit vient en mangeant, comme l’écrivait ce bon vieux Rabelais. Plus je contribuais, et plus je sentais un vide dans mon estomac de la contribution. Jusqu’au jour où j’ai assisté à un alignement cosmique parfait : une offre d’emploi pour aller travailler à Dakar, au Sénégal, et y construire et mener un projet mêlant ce que j’aimais faire et ce que je voulais faire. Et c’est comme cela que je me suis retrouvé dans mon 51ème avion de ces 15 derniers mois. Mais celui-ci était à sens unique pour la première fois…

Changer le monde, ce n’est pas si simple que ça en a l’air

“Notre génération peut être la première à venir à bout de la pauvreté — et c’est la dernière génération capable de lutter contre le changement climatique avant qu’il ne soit trop tard.”

C’est par ces mots que Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, a commenté le 25 septembre dernier l’adoption des 17 « Objectifs pour le Développement Durable » par les Nations Unies.

Éradication de la pauvreté, lutte contre la faim, accès à la santé, accès à une éducation de qualité, lutte contre le changement climatique… Ce sont quelques exemples des défis que notre génération doit relever. Vaste programme, n’est-ce pas ?

Partons d’un constat simple. Tous ces enjeux sont trop grands pour être résolus par des acteurs isolés. La Banque Mondiale seule, Barack Obama seul, l’ONU seule, Google seul, Linda Lemay seule, le Power Ranger jaune seul, ou n’importe quel autre acteur n’a pas les moyens de s’attaquer à ces défis. En fait, seule une alliance des citoyens, des entrepreneurs et des institutions peut en venir à bout.

Et si nous trouvions un moyen de faire collaborer tous les acteurs ?

C’est l’histoire d’un ministre de l’économie du Mali, d’un entrepreneur social qui lutte pour l’accès à la santé dans les villages reculés du Sénégal, d’un architecte italien qui réfléchit à construire des villes moins énergivores et du directeur général d’une grande entreprise qui produit des jus de fruits à destination des marchés d’Afrique de l’Ouest. Ils se retrouvent tous les quatre dans un café pour réfléchir ensemble à comment s’attaquer à ces objectifs pour le développement durable.

Cela ne semble pas très crédible, does it? Une rencontre entre ces protagonistes n’a certainement jamais eu lieu, et pourtant, c’est la condition sine qua non pour trouver des solutions réalistes, viables et durables aux défis évoqués plus haut.

Alors on s’est demandé : y a-t-il un endroit qui soit un point commun entre tous ces acteurs ? Y a-t-il un endroit qui rendrait ces échanges possibles ? Un endroit où ils sont déjà réunis et où il ne resterait qu’à donner les clefs du changement et à initier le mouvement pour trouver des solutions ? Nous avons beaucoup cherché, et nous avons trouvé une seule réponse satisfaisante : cet endroit, c’est l’école.

C’est l’histoire de Théophile, étudiant en Master 1 de logistique, de Cherif, Julie et Hawa, étudiants de 1ère année de Bachelor, de Thierry, étudiant de 3ème année qui souhaite se spécialiser en finance, et de Mohamed, étudiant lui aussi, porteur d’un projet entrepreneurial de création d’un magazine qui valorise les artistes et artisans de sa région. Aujourd’hui, ils sont tous étudiants de l’Institut Africain de Management à Dakar.

Demain, il y aura peut-être parmi eux un ministre malien, un entrepreneur social oeuvrant pour développer l’énergie solaire en Afrique de l’Ouest, une directrice de l’innovation d’une grande entreprise des télécoms, un salarié de la Banque Mondiale basé à New-York, et une personne repartie dans sa région natale de Kédougou, au Sud-Est du Sénégal, pour transformer une exploitation agricole traditionnelle en espace de production de produit biologiques. Cette histoire-là semble plus crédible, n’est-ce pas ? C’est cette génération de jeunes qui représentera demain tous les acteurs. C’est elle qui aura la responsabilité de répondre aux enjeux planétaires de façon responsable et durable. Et c’est avec elle que nous allons travailler.

Quelques uns des étudiants “Ambassadeurs” du SenseCampus

C’est en donnant dès aujourd’hui les clefs et l’envie aux étudiants de contribuer à leur échelle que nous pourrons faire d’eux de meilleurs citoyens, de meilleurs professionnels et de meilleurs entrepreneurs. En fait dès aujourd’hui, il faut donner confiance aux étudiants et pour cela il faut leur faire confiance.

Le SenseCampus, l’école qui forme des étudiants à devenir architectes de leur société

C’est pour répondre à ces enjeux que nous avons créé le SenseCampus : le premier programme qui forme par l’action 900 étudiants chaque année à la résolution des grands défis de leur société dès l’école et durant toute la vie professionnelle. Les objectifs en 3 ans sont à la mesure des enjeux :

  • Former un total de 1500 étudiants,
  • Faire naître une centaine d’entreprises sociales,
  • Accompagner et lancer 5 fleurons sénégalais : les success stories qui porteront les couleurs de l’IAM, du SenseCampus et du Sénégal ici et à l’étranger.

Deux acteurs complémentaires sont à l’origine du projet.

MakeSense

MakeSense : une communauté de 25.000 volontaires qui réunit dans des ateliers de créativité citoyens et organisations au service d’entrepreneurs sociaux porteurs de solutions viables et responsables.

IAM

L’Institut Aficain du Management (IAM), l’une des écoles leaders d’Afrique de l’Ouest et du Centre, forme “des leaders adossés à l’africanité au service des nouvelles économies vertes et numériques.”

Ensemble, nous avons imaginé un cursus pour 100% des étudiants du programme Bachelor de l’école, que l’on confronte à des défis réels rencontrés par des entreprises, des institutions et des entrepreneurs sociaux. Des défis réels. Réels.

3 ans pour transformer 900 étudiants en entrepreneurs sociaux
  • Mettez en place un moyen pour que JokkoSanté, une entreprise sociale qui récolte des médicaments pour les redistribuer aux personnes dans le besoin, puisse toucher une communauté plus large en Afrique de l’Ouest.
  • Construisez de nouveaux outils pédagogiques pour aider les animateurs du Samu Social du Sénégal à mener leurs activités auprès des enfants.
  • Fabriquez un prototype pour aider Matforce, l’une des entreprises d’Afrique de l’Ouest les plus innovantes dans le secteur de l’énergie, à recycler correctement les déchets produits par les groupes électrogènes.

Ces 3 défis par exemple, les étudiants de 2ème année ont 3 mois pour les résoudre par groupe de 10. Et nous lançons plus de 30 groupes de jeunes sur ce type de sujets avec l’objectif d’obtenir un prototype viable qui réponde aux enjeux posés pour chacun d’entre eux. Ce format, c’est la SenseAcademy. Cela fait 3 ans qu’il existe et qu’il est testé par l’école de MakeSense. C’est en revanche la première fois que l’on va le mener à cette échelle et faire en sorte avec les étudiants de démultiplier son impact !

Quant aux plus entrepreneurs d’entre eux, qui ne voudraient pas s’arrêter au bout des 3 mois, nous leur proposons de les incuber durant leur 3ème année pour transformer leur prototype en une entreprise réelle, viable et ayant un impact social et/ou environnemental.

L’espace SenseCampus à l’IAM Dakar dédié à l’incubation

Découverte, passage à l’action, incubation. Et pour les autres, ceux qui ne seront pas des entrepreneurs, ils auront acquis toutes les compétences pour changer leurs futures organisations de l’intérieur : créativité, résolution de problèmes complexes, community management, approche exploratoire, empathie… Et pour le faire ensemble !

Un projet qu’on ne peut pas mener seuls

Un tel projet, transformer les étudiants d’une école de management en super-citoyens et en super-professionnels, ne peut se faire que si l’on amène une très forte perméabilité entre le microcosme estudiantin et “la vraie vie”. Et faire partie d’un écosystème, animer un écosystème, être un écosystème… C’est la raison d’être même de MakeSense et du SenseCampus. Faire bénéficier les entreprises, les institutions, les entrepreneurs et les association du fruit du travail des étudiants et de la visibilité de notre projet, c’est la condition sine qua non pour le pérenniser.

De gauche à droite : Faada Freddy (Daara J), Abdoul Mbaye (Premier Ministre du Sénégal en 2012 et 2013), Amadou Moustapha Diouf (ex-Ambassadeur du Sénégal en Inde), Alizée Lozac’hmeur (Associée MakeSense, co-fondatrice du SenseCube), Moustapha Guirassy (PDG-fondateur de l’IAM, ancien ministre des NTIC du Sénégal), Birahim Gueye (Enseignant-Chercheur en Entrepreneuriat social, DG adjoint de l’IAM en charge de la pédagogie) et Ndongo (Daara J)

La photo ci-dessus montre quelques uns des acteurs présents à notre événement de lancement du 4 février dernier : chefs d’entreprises, d’institutions, personnalités politiques, artistes… Mais vous l’aurez compris, notre vision n’est pas d’inviter ces acteurs uniquement pour partager des bons sentiments et des petits fours ! Nous allons effectuer les prochaines étapes de notre construction tous ensemble.

C’est pourquoi nous recherchons et choisissons aujourd’hui les acteurs qui vont poursuivre avec nous la construction du SenseCampus. Des acteurs qui souhaitent s’engager à nos côtés dans la fabrication de l’école du XXIe siècle. Celle où les étudiants et toutes les parties prenantes de l’écosystème apprennent ensemble à s’attaquer aux Objectifs pour le Développement Durable de l’ONU. Celle où chacun des acteurs est à la fois contributeur et bénéficiaire. Si vous êtes l’un de ces acteurs, ou si vous les connaissez, au Sénégal ou ailleurs, écrivez-moi :)

Un SenseCampus déjà mondial

Il manque une brique pour que l’écosystème soit complet. Certes, les étudiants de l’IAM représentent 34 nationalités. Mais depuis Dakar, il y a des causes sur lesquelles on ne peut pas agir. Il y a des solutions qui vont sortir de notre radar. Il y a des acteurs avec lesquels on ne peut pas travailler.

Rappelez-vous : le SenseCampus Dakar, c’est la rencontre entre l’IAM et MakeSense.

La bonne nouvelle, c’est que MakeSense, à travers sa communauté, est déjà présent presque partout. Et que des “Hotspots”, comme on les appelle, ces villes où il existe des groupes de volontaires qui se réunissent plusieurs fois par mois pour échanger et résoudre des défis, il y en a des dizaines dans le monde. Autant de pots pour y planter de nouvelles graines et y faire pousser des SenseCampus.

Paris, Mexico et Bruxelles ont déjà leur SenseCube, l’incubateur de MakeSense. Manille et Beyrouth ont leur “Community Developer”. Quant aux villes qui ont déjà accueilli des “SenseCamps”, les grands-messes de MakeSense, vous n’avez pas assez de vos deux mains pour les compter.

Le “SenseSpace” de Paris

Et vous savez quoi ? On a déjà commencé à itérer, avec d’autres établissements qui croient comme nous que l’école du futur, c’est celle dans laquelle les étudiants apprennent en passant à l’action au service des causes qui les animent. Et si vous aussi, vous êtes d’accord avec nous, et que vous êtes étudiant, ou que vous travaillez dans une école, écrivez à Marine, qui développe ces SenseCampus au niveau mondial. Et n’ayez pas peur : plus les projets sont fous, plus on les aime !

Et maintenant ?

Maintenant, c’est parti ! Les activités avec les étudiants de Dakar ont démarré. “On n’a pas l’habitude d’avoir autant de liberté et de responsabilités !”, nous disent-ils. Mais ils adorent. Ils adorent tellement qu’on va leur proposer encore plus que les ateliers obligatoires. Ils vont organiser des conférences, des projections de films, des petits déjeuners… Pour impliquer encore plus d’acteurs que prévu et pour partager le fruit de leurs travaux.

D’ailleurs, ils ont déjà commencé, puisque pour meubler le SenseCampus, ce sont eux qui ont mis la main à la pâte, accompagnés d’un menuisier, pour construire bancs et table tous ensemble à partir de palettes de bois. Puisqu’on vous dit qu’ils sont géniaux ! :)

L’accueil du SenseCampus Dakar et des meubles fabriqués par les étudiants

Alors pour ne rien rater de tout ce que nous allons faire ensemble, et pour profiter du fruit de ce formidable espace de réflexion qu’est le SenseCampus, inscrivez-vous en deux clics à notre newsletter ! D’ailleurs, vous avez peut-être des idées aussi, non ? Ou envie d’organiser des événements dans notre espace ? Ou bien de prendre un café avec l’équipe sur nos magnifiques canapés ? On vous attend !

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