VCation — Episode #5 — Afrostream, les films et séries afro-américains et africains. En illimité.

Précédemment, dans VCation : il y a un nouveau gosse dans la cour du VC à Paris. VCation est mon histoire, ainsi que celle d’entrepreneurs exceptionnels dont je croise la route.



Episode #5 : Afrostream !

Afrostream?

Afrostream, c’est le rêve complètement fou de développer et de distribuer une offre alternative de contenus vidéos 100% afro, exclusifs ou non, pour les communautés et géographies insatisfaites de l’offre mainstream « tee-shirt à taille unique pour tous ». Donc Maghreb, Moyen-Orient, Europe pour commencer.

Concrètement, au quotidien, deux questions:

> Est-ce que le contenu est simplement un produit d’appel pour les opérateurs telecom (mobile, internet), ou a véritablement une valeur en soi, pour laquelle les consommateurs sont prêt à payer ?

> Est-ce qu’un nouvel entrant peut exister aux côtés de mastodontes et gérer la complexité des opérations (sourcing, production, distribution du contenu d’un côté; acquisition, animation, fidélisation de la communauté dans des géographies fragmentées de l’autre)

Et là, en écoutant Tonjé, qui nous explique très calmement ce qu’il fait et ou il veut aller, on se dit en souriant : « ok, le mec est complètement barré ».


Tonjé?

Tonjé, c’est un subtil mélange de…

  • style (hypstiqué, le style — hypster sophistiqué), on prend une leçon de mode à chaque fois qu’on le croise
  • show biz (stand ups, boîtes de prod, tv, théâtre), il y a comme un petit goût Gala / Voici quand on l’écoute, mais sans le côté paparazzi et avec le côté business en plus
  • génie entrepreneurial — la vision, la mission, les valeurs personnelles, la gestion de opérations, tout est à couper le souffle, c’est un sans faute, un savoureux mélange de folie et de sérénité qui se dégage

Pur parisien, famille d’origine camerounaise, citoyen du monde (il vaut mieux compter les pays où Tonjé n’a pas vécu que l’inverse sinon on y passe la nuit), un esprit d’une créativité rare doublée d’une passion business dès le plus jeune âge.

Bercé à la culture US, Tonjé a toujours été fasciné par le divertissement. « Avec mes frères, on lisait les mags américains qui parlaient de rap et de hip hop, mais ce qu’on lisait le plus, c’était les pages business. » Jay Z, Puff Daddy avec les grands labels : derrière les artistes reconnus, de vrais businessmen qui lançaient leurs marques de vêtements, pas de simples pantins.


L’histoire avant l’Histoire

Tonjé veut à tout prix pénétrer le milieu du divertissement : petite main sur des tournages de film, puis assistant dans une boîte de prod de clip fin des années 90 (put… on devient vieux), il bosse sur les clips des plus grands grands rappeurs et artistes urbains. Il finit par devenir producteur exécutif et réalisateur. L’étape d’après, c’est de devenir lui-même producteur.

Il s’inspire d’un phénomène en plein boom aux US : le stand-up. Prendre le micro et faire marrer les gens. En France à l’époque, l’humour est traité de manière très traditionnelle : « la jeunesse multi-color, la mixité n’était pas représentée ». Alors il lui offre un podium à cette jeunesse et la met en scène : pari artistique et entrepreneurial risqué, mais il y avait un marché, alors il se lance avec toute la passion et la fougue de sa jeunesse insolente pour un milieu encore très captif. Le Comic Street Show est né :-) :-) :-)

Le Comic Street Show, c’est d’abord un lieu emblématique parisien : le Réservoir. La mayonnaise prend très vite, le succès est énorme, avec beaucoup d’intérêt des télévisions traditionnelles pour adapter le concept (M6, Canal+…). Et quelques beaux succès : Fabrice Eboué, Claudia Tagbo, Mathieu Madénian, Frédéric Chau, et tellement d’autres… Pour beaucoup qui ne sont jamais montés sur scène, c’est leur toute première performance. Cet élan artistique avait un impact social également, car la période est tendue en France. 2005, en pleine « crise des banlieues », l’aventure entrepreneuriale avait une résonance particulière.

Et puis le Comic Street Show est adapté par Jamel Debbouze en télé et sera renommé le Jamel Comedy Club, diffusé par Canal+. Tonjé travaille également avec France TV sur un projet de série : pendant 1 an et demi, il bosse avec Adventure Line Productions (Koh Lanta, Fort Boyard) : à cette époque, il a 25–26 ans, et bosse avec des mecs « du sérail », de 40 / 50 ans, sur des enjeux énormes, « une école de commerce en version accélérée ! ».

Puis, sur un coup de tête, il rejoint le comédien et auteur, Farid Omri, pour produire une pièce de théâtre tout juste écrite : « Couscous aux lardons ». Ah ouai ?! Et ouai mon pote ;-). On ne la présente plus, c’est l’histoire d’un couple mixte, à hurler de rire. ENORME succès : France, Maghreb, bande dessinée, la totale. Acquisition d’un local dans le sentier, le théâtre Montorgueil, dont il devient le directeur. L’aventure dure 6 ans en tout.


L’idée, et les débuts

Et toujours cette passion : raconter une histoire et avoir un impact dans la vie des gens. Envie d’un nouveau challenge, et fasciné par le digital, il creuse, et découvre Le Camping place de la bourse, puis TheFamily, il quitte le théâtre et la boîte de prod, et part en road trip : Asie, 5 semaines. Et là-bas, Tonjé est fasciné par la consommation de contenus locaux sur smartphones et tablettes, plus spécialement à Kuala Lumpur.

Ayant eu un aperçu de la French Tech, il va à la source, part pour SF, fait du couch surfing chez un pote. Sur place, il est fasciné par le foisonnement de projets et de talents. Et, à ses heures perdues, découvre Netflix sur le canap de son pote, qui n’utilise plus que ça.

Il rentre en France, réfléchit à ce qu’il veut faire, commence à travailler dans le milieu du divertissement pour mettre en scène des personnages principaux noirs. Mais en travaillant sur ces projets, le même problème, récurrent : qui va diffuser ? Quelle chaine ? Quelle plateforme ? En fait, aucune, à part pour du contenu mettant en scène de gros clichés.

Et là, eurêka, tout prend sens : demande forte à conquérir + contenu créé avec des gens talentueux + problème de diffusion (personne pour faire le lien entre la demande et l’offre) = utiliser le canal digital pour répondre à ce problème de diffusion. Magique non ?

BIM. Octobre 2013, Tonjé décide de lancer Afrostream, après plus d’un an de boulot, de recherche, de formation, d’introspection full time (eh ouai)… et janvier 2014 : la page Facebook Afrostream est live.


Quelques chiffres pour se faire tourner la tête

> 15 personnes qui travaillent autour du projet.

> Des deals avec les plus gros opérateurs en France (Orange, Bouygues notamment).

> 60 fournisseurs de contenu (depuis les plus gros players US comme Disney, Sony, Warner, au plus gros producteurs de contenu en Afrique).

> 28 pays ouverts en Afrique, 4 en Europe.

> 200 000 likers sur la page Facebook.

> 250 000 comptes créés.


La suite

Deux enjeux stratégiques :

  • travailler avec les meilleurs partenaires de distribution pour le marché africain
  • créer des contenus régionaux grace à l’acquisition de données : d’où le lancement d’Afrostream life, un social media au-dessus du service de streaming, pour créer une communauté, améliorer la retention et le visibilité du service.

Et derrière, un travail continu pour innover, challenger le modèle, et coller le plus possible aux habitudes et usages locaux de la cible.

A suivre donc, mais déjà : RESPECT pour le chemin parcouru.

With love ❤