Sur les Internets
Published in

Sur les Internets

Sur les Internets #11 — Génération Z et politique

Les émissions politiques, ces boomers ? Focus sur les nouveaux formats sur Snapchat ou Twitch qui veulent remplacer les chaînes d’infos et journaux auprès des jeunes. Mais pas que.

1. Le “snack politique” sauce Snapchat

“Good Luck, America”. C’est le nom d’une “émission politique” sur Snapchat. Les guillemets ne sont pas là par hasard : ce format est ovni qui s’auto-décrit comme un “daily political snack”. Et vous en avez peut-être entendu parler cette semaine car Barack Obama y a donné une interview.

Reprenons — “Good Luck, America” est la première série originale produite par Snapchat sur sa page Discovery et animée par l’ancien journaliste de CNN Peter Hamby. Née en 2016, en pleine présidentielle américaine, son ambition était de faire vivre la campagne et ses coulisses “de l’intérieur”, depuis le terrain, en se déplaçant aux quatre coins du pays.

American politics 101 Progressivement, la série s’est donnée pour mission de rendre la politique intelligible pour la génération Z, ces fameux primo-votants qui ont délaissé les chaînes de télévision et les journaux papiers et qui préfèrent s’engager pour des causes plutôt que dans des partis politiques traditionnels. Peter Hamby fait donc partie de ces nouveaux journalistes politiques pour génération Z, qui ont pris le parti d’aller parler aux jeunes là où ils sont. Et aux US, 90% (!) des 13–24 sont sur Snapchat.

L’émission peut donc se targuer de belles audiences : 2,5 millions d’abonnés, 5 à 6 millions de vues uniques par épisode, dont 75% ont moins de 25 ans. Disponible aux US, Canada, Royaume-Uni et Australie , “Good Luck, America” en est à sa 8ème saison avec à son actif, en plus des formats quotidiens, des interviews de politiques de premier plan (Joe Biden, Hillary et Bill Clinton, Bernie Sanders, Kamala Harris …).

Les sujets de société plutôt que les breaking news — Peter Hamby explique, dans une interview au New York Times (où il pose avec son chien …), préparer systématiquement ses vidéos la veille pour le lendemain. Elles sont ensuite publiées à 6h, comme le podcast The Daily du NYT. Il y a donc toujours un petit temps de décalage avec l’actualité “chaude”. Et c’est assumé car son audience n’est pas rivée à Twitter ou aux chaînes d’info :

“We don’t bother living in the immediate news cycle. News is just ambient for our audience — sometimes politics is just background noise — and they’re coming to us for quick clarity and authority on something important”

“When I write my scripts, my North Star is really the low-information news consumer. That’s not an insult. I try to give casual news consumers just a few facts to hang on to, and talk to them like a normal person would, not a blow-dried TV anchor.

2. Profession : Twitcheur politique

Son nom ne vous dit peut-être rien mais ce jeune homme de 29 ans est devenu une star des Internets le 3 novembre dernier, lors de la présidentielle américaine.

Streaming-marathon — Démocrate revendiqué et ancien journaliste, Hasan Piker s’est lancé dans un streaming de 16h sur Twitch pour couvrir la soirée électorale, rassemblant jusqu’à 230k spectacteurs simultanés. Sa chaîne est même devenue la chaîne Twitch la plus vue de la plateforme pendant l’élection américaine. A ce jour, son stream cumule 4,4 millions de vues.

Pourquoi ? Comment ? La réponse se trouve probablement dans un format pour le moins original : Hasan Piker s’est retrouvé à découvrir et commenter les résultats de la présidentielle … comme vous et moi. C’est-à-dire avec une trentaine d’onglets ouverts, errant de sites de média en ligne en tweets. Artisanal, donc, mais avec un petit côté rafraîchissant, sans se prendre au sérieux.

Chat is key — Ce qui est le plus intéressant dans cet exercice, c’est qu’Hasan Piker a bien compris LE principal atout de Twitch : son interactivité. Il a donc en permanence interagi avec le chat, dans lequel les internautes partageaient avec lui des tweets de journalistes ou politiques, des articles, des témoignages sur le terrain.

C’est un mouvement de fond sur Twitch : la catégorie “just chatting”, où des streamers échangent face caméra avec leurs abonnés, sont devenus plus populaires que les parties de Fortnite ou League of Legend.

Bientôt des “news shows” sur Twitch ? — Certains prédisent que d’autres streamers politiques (et pas seulement des démocrates) devraient suivre le pas et investir la plateforme. Et que Twitch pourrait à terme diffuser des émissions et débats hebdomadaires, avec la possibilité pour les spectateurs de poser leurs questions en temps réel.

3. Digital detox : le Nokia 3310 des temps modernes

The Light Phone. C’est le nom d’un téléphone paradoxalement conçu pour être … le moins utilisé possible. Finis les scrolls frénétiques sur les réseaux sociaux ou les cinquantaines d’applications : le téléphone se veut minimaliste dans ses fonctionnalités comme dans son design.

Technology as a service — Le téléphone propose un nombre d’outils — restreints — considérés comme véritablement utiles (appels, SMS, notes, alarme, musique, calendrier …) que vous êtes libres d’installer ou non. La philosophie du projet est simple : remettre la technologie au service de l’utilisateur et non l’inverse. Et si vous n’avez pas $299 dollars (oui, quand même …) à débourser pour un téléphone qui, somme toute, ne fait pas grand chose, il vous reste le Nokia 3310.

Bonus — Mention spéciale pour leurs clips décalés “Texting Fail”, “Introducing the Smartphone™” ou encore “Time to break up with your phone”. Drôles et efficaces.

4. Apple ou l’art de déléguer la création de contenus

Apple a lancé il y a quelques jours son compte TikTok (créé en avril mais inactif jusque-là) avec “#MakeItMini”, une série de vidéos créées par des influenceurs — rémunérés — pour promouvoir l’iPhone 12 mini.

Carte blanche — Cette stratégie n’est pas surprenante : Apple n’a jamais été très actif (organiquement) sur ses réseaux sociaux. Et pour cause, la marque peut compter sur l’engagement de ses utilisateurs … devenus ses meilleurs ambassadeurs (cf. ses pubs à base de photos et films réalisés à l’iPhone). Cette fois-ci, la marque a fait appel à 4 influenceurs reconnus sur TikTok, en leur laissant carte blanche sur le format. Seules contraintes ? Le même fond musical et le principe de réduire des objets.

Pourquoi c’est malin — Parce qu’Apple ne fait pas appel à des créateurs de contenus au hasard : il choisit à dessein des “digital natives” qui ont déjà, mieux qu’une marque, les codes, le ton de la plateforme et savent parfaitement les formats qui vont fonctionner. D’autres marques ont déjà fait ce pari de laisser une totale liberté à leurs “ambassadeurs” pour créer du contenu, comme Moncler avec Will Smith.

5. Le nouveau design des passeports norvégiens

Les amateurs de minimalisme devraient aimer. La Norvège vient de refaire le design de ses passeports. Et le résultat est canon.

Le cahier des charges— Les autorités norvégiennes avaient fixé deux objectifs à cette refonte : 1) créer un véritable sentiment d’appartenance et de fierté chez les Norvégiens, grâce à un design innovant, reconnaissable, reflétant l’identité, la culture et l’histoire norvégiennes et ayant vocation à durer dans le temps ; 2) renforcer la sécurité de ces documents.

Le meilleur exemple de la combinaison de ces deux objectifs ? Mis sous lampe UV, l’intérieur des passeports révèle … des aurores boréales. Aussi beau qu’utile pour authentifier les documents.

Mise au vert — Dans les pages intérieures, on retrouve les deux piliers de la culture du pays : 1) des paysages sauvages pour représenter l’attachement à la nature ; 2) une vision de l’industrie de demain, avec notamment les énergies propres sur lesquelles le pays veut prendre le leadership.

Pantone administratif — A chaque couleur correspond une utilisation : rouge pour les passeports ordinaires, gris pour ceux pour les étrangers, bleu pour les titres de voyages, blanc pour les passeports d’urgence et turquoise pour les passeports diplomatiques.

— Si cela vous intéresse, les coulisses du projet sont expliqués ici.

6. Se promener dans un océan de littérature

C’est l’idée objectivement assez géniale de Google Arts & Culture. Le principe est simple. Chaque île représente un auteur. Chaque ville représente un livre. La distance entre chaque île/auteur est calculée en fonction de leurs liens sur Internet. Découvrez par vous-même ici.

7. De vieilles cartes géologiques sublimées en 3D

Sean Conway a eu l’idée de revisiter de vieilles cartes géologiques grâce à la 3D. C’est esthétiquement et géographiquement passionnant.

De quoi briller au Scrabble — Figurez-vous que cela a un nom : l’orthoimagerie. C’est une technique qui consiste à rectifier les images aériennes ou satellitaires pour les rendre géométriquement exactes, grâce aux données diffusées par les instituts géographiques nationaux.

Concrètement, le géographe part d’une carte ancienne numérisée. Il la « géoréférence », c’est-à-dire qu’il la superpose aux cartographies modernes, pour faire correspondre l’échelle, la longitude et la latitude. Il ajoute ensuite numériquement les “données d’élévation”.

Contrairement aux cartes topologiques traditionnelles, les orthophotographies donnent, grâce à l’effet 3D, une vision claire des reliefs ou de la végétation. Et le niveau de détails est juste dingue.

Autre exemple intéressant : cette carte géologique de la France en 1905. Où vous remarquerez que même la légende est ombrée.

— Plein d’autres cartes sont à retrouver sur ses comptes Instagram et Twitter.

Bonus — Christmas FaceTime

L’émission américaine Saturday Night Live a imaginé à quoi ressemblerait le Facetime avec vos parents si vous deviez annoncer à vos parents que, Covid oblige, vous ne pourrez pas rentrer à Noël. C’est drôle.

C’est peut-être un détail pour vous mais …

  • Filtre à particules, filtre Instagram — Le New York Times a sorti un long format en réalité augmentée pour plonger *littéralement* dans un masque FFP2 et en comprendre le fonctionnement. Mieux : il en a fait un filtre Instagram. Pour ceux qui aiment les détails techniques, les coulisses ici.
  • Passion dataviz— Quand un format animé donne soudainement tout leur sens aux chiffres.
  • Dans le monde parallèle de Linkedin — Car on ne va pas se mentir, il y a des choses qu’on ne comprend toujours pas. Défouloir.
  • TicTac — 3 minutes. C’est la durée maximale que pourraient désormais avoir les vidéos sur TikTok (vs. 1 min. actuellement). La plateforme teste en tout cas la fonctionnalité chez certains utilisateurs. Une mise à jour qui, si elle se confirme, pourrait permettre à TikTok de venir marcher sur les plate-bandes de YouTube, en démocratisant la création de contenus vidéos, à portée de smartphone.
  • Média de niche (parlementaire) — Des journalistes qui quittent leur rédaction pour lancer leur propre newsletter : cela n’a plus rien de surprenant. Sauf que les 3 journalistes de Politico envisagent, selon Axios, de lancer un concurrent de Playbook, la newsletter star de veille politique et parlementaire pour les décideurs publics de ce même média.
  • Aucun rapport avec le steak — Je vous en parlais déjà dans le numéro 6 mais je le redis : le compte Twitter de Steak-umm vaut le détour. La marque de steaks surgelés y parle aussi bien d’usage des réseaux sociaux par les marques que d’éducation face aux fake news.

C’est tout pour aujourd’hui. On se dit à dans deux semaines.

📫 Si vous avez aimé, il y a deux choses que vous pouvez faire :

Tous les précédents numéros sont disponibles ici.

Et je reste bien évidemment disponible en DM comme par mail pour tout commentaire ou suggestion.

2020, année de toutes les surprises — Le 11 juin dernier, la reine Elizabeth II participait à son tout premier Zoom.

--

--

Formats innovants & créatifs vus sur les Internets. Toutes les deux semaines dans votre boîte mail → https://t.co/G5upIk0WRN?amp=1

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store
Kéliane Martenon

Internet, startups & formats innovants • Précédemment, chef(fe) des Internets de Bruno Le Maire.