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Sur les Internets #8 —Le cap de la quarantaine

Comment faire campagne en plein Covid-19 ? Vidéos virales, meeting drive-in, fact-checking … On passe en revue les formats numériques de la présidentielle américaine. (Mais pas que.)

Source : Chelsea Stahl / NBC News

1. Millions views baby

Masterclass de trolls — Très actif sur Twitter (2 millions d’abonnés) et Youtube (551k abonnés), le Lincoln Project a été lancé il y a moins d’un an, en décembre 2019, par des républicains … déçus par Trump. Ce petit groupe de trolls s’est vite fait remarquer grâce à ses vidéos virales attaquant le président sortant. Comment ?

  • Par une réactivité imbattable en pleine campagne : pas moins d’une soixantaine de vidéos publiées depuis le 1er juillet, dont la moitié (!) dépasse le million de vues sur Youtube.
  • Par leur ton : incisif & provocant qui en font des ovnis par rapport aux clips politiques traditionnels.

3,8 millions — C’est le nombre de vues de la vidéo la plus populaire à ce jour publiée il y a tout juste un mois. Un véritable court-métrage de plus de 6 minutes. La vidéo met en scène un électeur de Trump se réveillant d’un coma de plus de 3 ans après un accident de voiture. Et dont la famille lui raconterait le quinquennat écoulé.

La stratégie du dahu—Les attaques du Lincoln Project contre Donald Trump, chancelant à West Point … ne sont pas sans rappeler celles de Donald Trump contre la santé supposée fragile d’Hillary Clinton en 2016. Mêmes bocaux, mêmes recettes ? Presque. Le ton est le même mais pas la finalité. Le Lincoln Project n’a rien de grand public : il ne cherche pas à convaincre des électeurs indécis. Anti-Trump mais pas pro-démocrate, le petit groupe de trolls cible le microcosme politique et le président lui-même. D’où une stratégie quasi exclusivement centrée sur Twitter.

Le but assumé est tout simplement de distraire Trump : capter son attention pour que, pendant qu’il riposte, il ne fasse pas … autre chose. ‘There’s one fixed item you will never get more of in the campaign. You can always buy more media. You can raise more money. You can do more events. You can’t get a day back that you lose. And we’re very good at taking him off course and having him lose a day here, a day there’ — Rick Wilson

Les noisettes pour la bataille finale — A noter que le Lincoln Project continue de lever des fonds et prévoit de dépenser “plusieurs dizaines de millions d’euros” cet automne, dans la dernière ligne droite, en publicités TV anti-Trump notamment ciblées dans des swing states.

Si vous n’êtes pas rassasiés — Le papier très complet de La Netscouade et l’interview de l’un des co-fondateurs du Lincoln Project.

2. Les coulisses du Congrès américain sur Instagram

Tuto politique — Alexandria Ocasio-Cortez continue d’imprimer sa marque sur Instagram, où elle alimente toujours elle-même ses stories (assez rare pour être souligné). Cette semaine, la députée démocrate explique, face caméra, en une 20aine de stories, les coulisses du travail parlementaire : comment prépare-t-elle une audition ? quelles questions poser ? qui a la parole ? pendant combien de temps ? Un format de “tutoriel” politique basique et efficace.

Des Q&A — Et ce n’est pas fini : après ce petit monologue, AOC propose à ses abonnés de lui poser des questions. A en juger par celles qu’elle relaie, on remarque un vrai intérêt des citoyens pour comprendre le quotidien pratico-pratique des députés (de leurs collaborateurs au dresscode en séance). Elle prend le parti d’y répondre par écrit (pas forcément intuitif pour Instagram), de manière très développée, pour synthétiser chaque réponse en 1 story.

3. Dataviz présidentielles 🔮

Feuilles de thé digitales — Les amateurs de politique et de dataviz vont être servis. FiveThirtyEight vient de sortir son simulateur du résultat de la présidentielle américaine.

Error 2016 — Ce n’est pas la première fois que le média se lance dans ces outils prédictifs : il en existait déjà un pour les midterms de 2018 et pour la primaire démocrate cette année. Il y en avait également un pour la présidentielle de 2016 qui s’est fait remarquer pour … s’être complètement planté (et avoir prédit une victoire écrasante d’Hillary Clinton). Petite pression, donc, pour sortir celui de la présidentielle 2020.

Data-mbouille — Concrètement, comment cela marche ? C’est un savant mélange entre l’agrégation des sondages nationaux et locaux, des données démographiques (âge, sexe, religion, niveau d’éducation …), économiques (chômage, consommation …) et les facteurs d’incertitude (ex : comment le coronavirus va-t-il peser sur la mobilisation des électeurs ?).

Pourquoi c’est intéressant ? Parce qu’au-delà de la masse de données accumulées, tout l’enjeu est de les rendre … intelligibles au premier coup d’oeil. Et pour cela, l’UX est plutôt maligne :

  • Le candidat favori à l’instant T, principale info du simulateur, est immédiatement visible, que ce soit dans le titre — mis à jour — comme dans le premier graph. C’est sur ce graph qu’a longtemps itéré Five Thirty Eight, pour opter pour le meilleur format, entre la version simplifiée à l’extrême de 2016 et celui trop fouillis des midterms de 2018. Cela a donné un “nuage de balles”.
  • Un fil “latest news”, très éditorialisé, permet d’avoir en quelques lignes les dernières actualités marquantes de la campagne et de comprendre les mouvements d’opinion
  • Un format différent (nuages de points, courbes, serpent, cartes des différents Etats …) est utilisé pour chaque type de données. Le plus original ? Le serpent, pour visualiser rapidement les Etats les plus disputés.
  • Une double entrée nationale / par Etat avec le menu déroulant en haut à gauche de la page
  • Et surtout : le renard ! Présent à gauche et à droite de chacun des blocs, il remplit la fonction d’assistant virtuel pour aider l’internaute à interpréter chaque graph ou rediriger ceux qui veulent des détails. Petit clin d’oeil à ceux qui ont connu Clippy, le trombone de Microsoft Office.

Pour aller plus loinHow we designed the look of our 2020 forecast / Le modèle prédictif de The Economist

La convention démocrate en format drive-in — Source : Christopher Lee for The New York Times

4. Conventions US : drive-in & streaming 🍿

Faire face au no-show — Les investitures des candidats US à la présidentielle sont traditionnellement de gros shows à l’américaine (et des momentums de la campagne). Covid-19 oblige, républicains comme démocrates ont dû essayer de réinventer ces formats.

Côté républicains, ambiance blockbuster — La convention républicaine a été somme toute assez … conventionnelle, diffusée en streaming sur Facebook, YouTube et Twitch. Seule particularité : un programme découpé avec un thème par jour (“Land of Heroes”, “Land of Promise”, “Land of Opportunity” et “Land of Greatness”).

Côté démocrates, ambiance drive-in et témoignages vidéos — Les démocrates ont eux davantage essayé d’adapter l’évènement avec :

  • la mise à disposition depuis plusieurs mois du site stories.demconvention.com permettant à chacun d’enregistrer un message de soutien dans sa cuisine, dont certains ont été diffusés entre les prises de paroles
  • un “kit réseaux sociaux” pour les militants qui, au-delà des habituels filtres de photo de profil Facebook et autres badges, contenait … des fonds Zoom
  • le meeting final à Wilmington, où Joe Biden s’est exprimé devant … un parterre de voitures, format drive-in.
Portrait d’une présidentielle américaine en plein Covid-19 — Source : New York Times

5. Tracking Pinocchio

Le Washington Post s’est lancé dans le suivi de tous les mensonges et approximations de Donald Trump. Et … le compteur est déjà élevé. Le média en recense pas moins de 20 000 à ce jour.

Pourquoi c’est intéressant ?

  • C’est rigoureux. Et surtout facilement partageable. A gauche, la citation précise de Donald Trump, avec source (bien que parfois trop approximative), date et nombre de fois qu’il a répété l’info (avec donc un vrai travail de synthèse). A droite, le fact-checking du Washington Post. Mais le plus malin, c’est le petit bouton de partage sur chaque ligne qui permet d’avoir un lien … par mensonge.
  • Chacun fait son marché. Vu la masse de données, le moteur de recherche était indispensable : c’est chose faite avec des entrées par thème, chronologie, source ou mot-clés.

Bonus — La méta-newsletter expérimentale

The Pudding est parti du constat qu’il y avait déjà ÉNORMÉMENT de newsletter faisant de la curation de contenus intéressants. Le site a donc eu l’idée de sortir “Winning the Internet”, une newsletter expérimentale data-driven relayant les liens les plus populaires parmi une centaine de newsletters. Une curation de la curation, en somme. Un exemple ici.

C’est peut-être un détail pour vous, mais …

  • Get a room. Il est désormais possible d’ajouter un bouton “envoyer un message privé” dans un tweet : pratique notamment pour des appels à témoignages.
  • Pièges à touristes. Qui n’a jamais rêvé de visiter une destination “comme un local” ? C’est l’objectif de cette dataviz qui compare les lieux majoritairement commentés sur TripAdvisor par des touristes et ceux recommandés par les locaux.
  • Le saviez-tu. L’article le plus lu ever du Washington Post est celui publié le 17 mars dernier qui simule l’évolution du Covid-19 en fonction des différentes mesures prises (confinement total, distanciation partielle etc.). C’est mérité.
  • UX fail. Météo France a refait son site internet. Et … il est loin d’être intuitif. Petit tour du propriétaire.
  • Pourquoi et comment raconter des histoires ‘data-driven’ ? The Pudding ouvre les coulisses du data-journalisme, de l’idée initiale à la production de dataviz (aka ‘visual essays’). Et c’est honnêtement passionnant.
  • Faut-il ou non mettre des emojis dans vos objets de newsletters ? Spoiler : la réponse est plutôt non.
  • Super 8. Que vous soyez footeux ou non, les comptes du Red Star FC méritent largement le détour. Le club a sorti durant l’été une série de vidéos au joli grain Super 8 pour lancer sa campagne d’abonnement 2020–2021. Pour boucler la boucle, notez au passage qu’Alexandria Ocasio-Cortez a elle aussi utilisé ce filtre Super 8 pour son clip de réelection.
  • En haut de l’affiche. Le PSG a fait appel au design studio La Boca pour sortir cette très jolie affiche vintage du quart de finale de la Champions league face à Atlanta.
  • Droit au but — Un graphiste a eu l’idée d’imaginer un rebranding du métro marseillais. Et notamment du plan des lignes. Simple, clair et lisible.

C’est tout pour aujourd’hui. On se dit à dans deux semaines.

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Kéliane Martenon

Internet, startups & formats innovants • Précédemment, chef(fe) des Internets de Bruno Le Maire.