10 leçons pour se métamorphoser: Leçon 5 = BE 50 SHADES OF YOU

J’ai longtemps lutté contre ce que je pensais être des personnalités et des envies irréconciliables : entrepreneur, intellectuelle, politique, artiste… Eh oui on m’avait bien expliqué que choisir c’était renoncer. Donc j’avais intégré que je ne pouvais pas être tout ça à la fois. Qu’il y avait une ou plusieurs de ces facettes qu’il fallait endormir voire étouffer. Du coup ça me laissait toujours l’impression d’être pas finie, pas aboutie, pas complète.

Avoir la radicalité d’accepter ses nuances

Ca fait pas très sérieux d’avoir plusieurs cordes à son arc et des envies qui peuvent sembler contradictoires : comment voulez vous qu’on vous fasse rentrer dans les cases dans ces conditions?

Mon sentiment c’est qu’on a tous plein de personnalités, ou plutôt de facettes de personnalité. Et qu’en vrai, on peut aussi choisir de renoncer à renoncer. Vivre avec des soi-disant contradictions et les réconcilier. Tu peux être radical et choisir d’accepter toutes tes nuances.

C’est ce que Carl Jung, qu’on aurait mieux fait d’écouter davantage que Freud je trouve, appelle l’individuation : c’est à dire la réalisation de soi en intégrant les éléments contradictoires et conflictuels qui forment la « totalité » de qui tu es. C’est ce qui fait que tu deviens un « in-dividu, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité ».

Ca me fait penser à un bouquin assez dingue, le Loup des Steppes de Hermann Hesse. L’histoire d’un mec tiraillé entre les multiples aspects de sa personnalité: celle du loup des steppes, sauvage, solitaire, instinctif et celles de l’homme brillant et intello mais aussi du mystique, du sensuel etc… Un parcours initiatique pour faire cohabiter tout ça. C’est un peu notre histoire à tous je crois.

Toutes nos facettes sont autant de petites graines qu’il faut s’autoriser à planter, juste pour voir ce qui pousse.

Au niveau pro, ça ne veut pas dire que tu dois quitter du jour au lendemain tes tours de la Défense pour devenir photographe ou aromathérapeute. Ca veut dire qu’il faut s’autoriser à semer, faire des petits pas. Puis voir ce qui se passe et comment concilier différentes options et envies. A l’intérieur d’un même job. Ou avec un job et un « side project ». Ou « slashant » entre différents jobs. Ou en étant spécialiste de quelque chose pendant un temps puis se réinventant complétement pour devenir spécialiste d’autre chose un peu plus tard. Les possibilités sont multiples quand on se les autorise.


Tiens, ça me fait encore penser à la politique. Comme d’habitude j’aime bien passer de l’échelle individuelle à l’échelle collective: la transformation individuelle est le premier pas vers la transformation du monde.


A l’échelle politique, ça me fait penser à cette tendance à sur-simplifier ce qui est complexe et sur-complexifier ce qui est devrait être simple. Comme ça on est sûr que plus personne n’y comprend rien.

Les politiques ne savent plus faire de nuances autres que de se réfugier dans leurs ambiguïtés (et la nuance n’est pas l’ambiguïté).

Ce qui leur permet de ne surtout pas trop engager leur responsabilité. Tout est binaire et en même temps très compliqué. La gauche/ la droite. Alors que cette opposition ne suffit plus à décrire les enjeux politiques réel, les vrais clivages et nuances de la société. Proposer une vision, des valeurs oui. Mais une politique générale qui serait une alternative globale, non. Il n’y en a plus.

Chaque politique publique devrait se construire et se juger à un instant T et au cas par cas, de manière dynamique. Autour de valeurs et d’une vision qui elles, peuvent durer le temps d’un mandat.

En plus comme ils ne veulent surtout pas perdre de pouvoir, le seul moment où on peut vraiment s’exprimer c’est pendant les élections. Mais comment veux-tu expliquer les nuances et la complexité de ton opinion avec juste un bulletin de vote tous les 5 ans?

Le job du Politique: rendre lisible un monde devenu mega complexe, révéler la société à elle-même avec ses 50 shades of grey

Voilà ce que devrait faire le Politique, le vrai: conquérir sa légitimité en tant que représentant pendant les élections mais mettre à l’épreuve et conquérir la légitimité de ses actions tous les jours, par petites touches comme un tableau impressionniste. Et faire son job : rendre lisible un monde devenu mega complexe, révéler la société à elle-même avec ses 50 shades of grey.


Les leçons 1,2, 3 sont et la leçon 4 ici

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Clara Delétraz, co-fondatrice de Switch Collective