SORTIR DE SA ZONE DE CONFORT

Et si ce n’était pas tout à fait ce que vous croyez ? Si ce n’était pas seulement quitter son CDI, se lancer dans la vie d’indépendant, vivre sans savoir de quoi demain sera fait ou avoir trois copecs sur son compte en banque ?

Je le sais aujourd’hui, sortir de sa zone de confort, c’est bien plus que ça. Cela va au-delà de simplement passer d’une « situation » à une autre, d’un « statut » à un autre ou d’un « milieu » à un autre.
Quand on parle de zone de confort, on parle aussi et surtout de transformation profonde et cela ne concerne pas seulement une situation. C’est bel et bien soi que l’on doit chercher à transformer et c’est ce qui est d’autant plus difficile à envisager et à appréhender. Il est donc important de ne pas tout confondre.

SORTIR DE SA CAGE

On lit beaucoup de choses aujourd’hui au sujet de la zone de confort : que, pour être heureux, il faut parfois savoir en sortir. Pour beaucoup, sortir de sa zone de confort rime avec savoir prendre des risques et oser se mettre en danger. Mais nous ne sommes pas tous égaux face à la prise de risques.
Et puis surtout, une fois que le risque est pris, on fait quoi après ?

Avec tout ce que j’entends à son propos, je dirais que la zone de confort est pour moi une sorte de cage dorée de laquelle il peut être très dur de s’échapper. Tel un oiseau en cage, on y a grandi, on y a appris à voler — certes pas bien loin — mais surtout, elle nous permet de répondre à nos besoins primaires : manger, dormir, se loger.

Quand je repense à la mienne, de cage, je dirais qu’elle était située près d’une grande baie vitrée de laquelle je pouvais apercevoir le temps qu’il faisait dehors et même, en me tordant un peu le cou, la mer au fond à droite. Bref, j’y étais plutôt bien.

A priori, je n’avais aucune bonne raison de vouloir en sortir. C’est tout de même étrange de tout faire pour sortir de sa zone de confort car comme son nom l’indique, c’est confortable. Mais confortable, c’est aussi l’adjectif qu’on utilise pour parler du vieux pull qu’on met chaque année pour partir à la campagne et que l’on sait que l’on devrait tout simplement jeter, tant il est devenu informe. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, quelque chose de confortable peut vite devenir inconfortable, sans trop que l’on sache pourquoi.

Ma cage était malgré tout confortable : propre, bien rangée et elle grandissait plus au moins vite au fur et à mesure de mes besoins. Et puis un jour, elle s’est arrêté de grandir et j’ai commencé à m’y sentir de plus en plus à l’étroit et même, certains jours, à y étouffer.

Pas d’échappatoire possible, il fallait en sortir, et vite.

RIEN À VOIR AVEC LE COURAGE

En sortir ou du moins penser le faire , c’était il y a maintenant quelques mois. J’ai franchi le pas, fait le grand saut, passer le cap, appelez-ça comme vous voudrez. J’ai pris la décision de quitter mon CDI sans me dire que j’allais, « sortir de ma zone de confort ». Ce qui m’a alors étonnée, c’est que beaucoup de personnes que j’ai pu rencontrer et à qui j’ai raconté mon « switch » et ma « nouvelle vie d’indépendante » ponctuaient leur phrase par « en tout cas, chapeau, c’est très courageux ! »

A chaque fois, cette phrase résonnait dans ma tête mais rien n’y faisait écho. Je ne parvenais pas à faire le lien entre cette décision et le courage. J’étais tentée de répondre en souriant que c’était sans doute davantage lié à de la folie qu’à du courage. Je n’avais pas l’impression d’être courageuse et à bien y réfléchir, j’avais même le sentiment que la décision avait été plus facile à prendre que je n’aurai pu l’imaginer.

Alors oui, évidemment, j’ai eu ma dose de nœuds au cerveau et d’insomnies, de questionnements incessants, de remise en question et de perte — voire de disparition totale — de confiance en moi. Et croyez-moi, j’aurai adoré pouvoir rester bien au chaud dans ma zone de confort, sans trop me poser de questions. J’aurai adoré garder mon jeu de cartes bien rangé par couleurs entre les mains et ne pas tout mélanger d’un coup, au point de ne plus savoir quelles allaient être les règles du jeu.

Il m’est arrivé — et il m’arrive encore — de douter de mes choix et notamment de ce choix crucial : celui d’avoir quitté mon CDI. Au lieu de penser que c’est courageux, je me demande surtout ce qui a bien pu clocher chez moi pour prendre cette décision. Aujourd’hui je le sais : c’était pour moi une question de survie, pour ne pas mourir à petit feu.

Le courage aurait été d’y rester plutôt que d’en sortir.

SORTIR DE SOI

Sortir de sa zone de confort c’est enclencher une transformation : celle de soi ou de ses différents « moi ». Cette transformation, je l’ai initiée il y a maintenant quasiment un an jour pour jour en participant au programme Fais le Bilan Calmement de Switch Collective. Un an déjà ! En un an, j’ai réalisé tout un tas de petits pas, fait le grand saut et pourtant, cette impression d’avoir encore tellement de chemin à parcourir reste ancrée.

En arrivant chez Switch Collective, j’avais l’impression de jouer à cache-cache avec moi-même. Bien tapie derrière mon jeu de cartes bien rangé entre les mains. Oui mais voilà, la première chose que l’on fait quand on enclenche son Switch, c’est justement de poser cartes sur table. On fait le bilan en se donnant cette chance, que l’on ne se donne jamais assez, de repartir des bases : de ses bases. Ce qui nous anime, nous inspire, nous révolte, nous fait vibrer, nous fait battre le cœur plus fort et plus vite, nous évite l’ennui. Et surtout, ce qui fait que nous sommes nous.

A la recherche de ses « moi », pour leur faire une place ou les faire taire aussi parfois. C’est, maintenant qu’on les a apprivoisés, leur donner davantage de valeur. C’est se poser cette fameuse question chaque jour, à chaque nouvelle étape, à chaque nouvelle décision importante : « Et au pire qu’est-ce qu’il se passe ? »

C’est aussi savoir se regarder d’en haut et puis se dire : « Tu peux le faire. » Non, en fait, c’est se dire : « TU VAS LE FAIRE ».

Bref, sortir de sa zone de confort, c’est aussi se racheter une confiance en soi !

JOUER AVEC L’INCONFORT

Cela peut paraître étrange mais j’ai compris que je sortais de ma zone de confort au moment où j’ai commencé à ressentir de l’inconfort. Car voilà, jouer avec l’inconfort comporte des risques, que je n’ai pas vu venir tout de suite. Au départ, l’euphorie couvre tout le reste et nous fait oublier nos peurs. Comme à mon habitude, j’ai foncé tête baissée dans l’aventure sans regarder derrière moi. Et puis, dans un moment de pause, comme si j’avais baissé la garde, la petite boule au ventre a refait son apparition, rapportant avec elle la peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur. Le sentiment d’être une imposture remontait à la surface.

Je sentais que cette petite boule au ventre était différente de celle que j’avais connue. Ce n’était pas la même que celle qui m’accompagnait chaque jour quand j’étais dans ma cage dorée. Celle-là n’est pas présente tous les jours mais elle se manifeste de temps en temps, comme une gêne. Parfois il suffit de reprendre son souffle pour la faire disparaître. Parfois elle reste là plusieurs jours et tente de me paralyser.

Elle me déboussole et me fait perdre le cap de mon quoi, de mon comment et de mon pourquoi que j’avais d’ailleurs eu tant de mal à définir en sachant pourtant que c’était des biens précieux. Mais justement, quand on sent qu’on en arrive à prendre des décisions qui nous en éloignent, on se sent bousculé et en danger. L’inconfort se fait alors une place à côté du doute qui s’installe et brouille les pistes parmi toutes les possibilités qui s’offre à nous.

Puis, à force de le côtoyer, on parvient à l’apprivoiser, tel le Petit Prince avec son renard, on retrouve une âme d’enfant qui nous permet d’en faire un allié, un moteur, une bouée sur laquelle s’appuyer pour avancer dans cet océan agité.

ENTRER EN PHASE D’EXPLORATION PERMANENTE

Quand on veut sortir de sa zone de confort, il faut savoir prouver que l’on est capable. De se réinventer, réapprendre, explorer, constamment. Prouver aux autres et surtout à soi-même qu’on est sûr de soi et que même si on n’a pas encore dix ans d’expérience dans ce domaine-là, on peut le faire.

Et c’est fatigant. 
Parce que sortir de sa zone de confort c’est justement se lancer le défi de faire des choses dont on ne se sent pas capable. 
C’est fatiguant mais c’est aussi tellement stimulant.

Je ne sais pas si c’est par amour du risque, par folie ou par courage mais côtoyer l’inconfort m’a permis me sentir vivante. De retrouver ma curiosité et mes yeux d’enfants. Et quand on retourne en enfance, il arrive que l’on tombe, que l’on s’égratigne les genoux, que l’on se fasse mal ou que l’on se perde.

Sortir de sa zone de confort, c’est parvenir à faire en sorte que le regard des autres ne compte plus. Commencer par le rendre de moins en moins important pour, petit à petit, finir par s’en détacher. Pour moi, c’était abandonner une partie de moi-même.

Sortir de sa zone de confort, c’est revoir son schéma de pensée. Mettre de côté tout ou partie de ce que l’on a appris jusqu’à maintenant et foutre à la poubelle une partie de ce que l’on pense être bien, vrai ou juste.

Sortir de sa zone de confort, c’est s’entendre dire “Ce n’est pas comme ça qu’on fait” même si au fond, personne ne sait. C’est faire face à d’autres façons de faire, d’autres personnalités, avec lesquelles on grandit encore et toujours.

Ou bien est-ce que sortir de sa zone de confort ce ne serait finalement pas, déjà, d’envisager la suite et de partir en phase d’exploration permanente ?

Une chose est sûre, sortir de sa zone de confort c’est pour moi, encore et toujours, aller chercher du sens.