Illustration Christine Lemus
TABLOÏD
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Mar 28 · 4 min read

JOANIE HENRY

Être bisexuelle ne fait pas de moi quelqu’un de perdue à la recherche de sa VRAIE orientation sexuelle. Non, être attirée par les hommes et les femmes ne signifie PAS être attirée par tout le monde. Et non, ça ne me tente pas de t’embrasser parce que tu es pompette et que tu as envie «d’essayer». On est peut-être plus ouverts devant la diversité sexuelle, mais la bisexualité attire encore son lot de commentaires et de préjugés.

Il est 2h30 du matin, à la sortie d’un bar sur le Plateau-Mont-Royal. Une jeune femme m’accoste pendant que j’attends mon Uber pour rentrer.

«Frenche-moi», me lance-t-elle, visiblement pompette. Surprise et agacée par son haleine de Jameson, je lui rétorque un «t’es pas en couple toi?». Et sa réponse m’énerve encore aujourd’hui.

«Oui, mais mon chum, ça ne lui dérange pas que j’embrasse des filles.»

«Désolée, mais j’embrasse pas des femmes hétéros en couple.»

«Arrête, je sais que ça te tente! T’es bisexuelle, tout le monde le sait.»

Ça, c’était il y a quelques semaines. Et ça me joue encore dans la tête. Mais le pire, c’est que je suis loin d’être la seule femme bisexuelle à qui ce type de situation arrive. Ce qui ressort le plus souvent en discutant avec d’autres femmes bisexuelles, c’est le malaise face à l’idée préconçue qu’être bi rend notre vie plus facile et palpitante.

«On m’a déjà dit ‘’Ha, toi tu l’as facile. Tu rentres au bar, c’est comme un buffet’’. Comme si mon orientation sexuelle, c’était de n’avoir aucun standard», me confie une amie, qui préfère rester anonyme.

Après avoir entendu ces mots, j’ai réalisé que même si, de nos jours, nous sommes plus ouverts à propos de la diversité des orientations sexuelles, la bisexualité reste bien mystérieuse pour plusieurs. Souvent, nos proches essayent de démystifier le tout. Pour ce faire, ils nous confrontent avec des questions intrusives et des commentaires maladroits.

«Tu as une amoureuse depuis deux ans, tu dois bien être rendue lesbienne maintenant» ou encore «Toujours aussi perdue? Tu vas bien finir par faire un choix», sont des remarques que mon amie a souvent entendues.

Même si la plupart du temps ces mots ne cachent aucune mauvaise intention, ils ne sont pas bien reçus. Parce que non, ce n’est pas une phase, non je ne suis pas perdue et non je n’ai pas à faire un choix et encore moins à m’en faire imposer un.

«La bisexualité, c’est un sujet encore très incompris. Pourtant, tout le monde agit comme s’ils comprenaient à ta place», me dit cette même amie.

Au-delà de la maladresse de mon entourage, ce qui me trouble le plus ce sont ces gens qui agissent comme cette femme au bar. Les hétéros curieux qui viennent vers nous en soif de sensualité sans même penser pouvoir nous blesser à travers leurs actions qui transpirent le sexe et l’urgence.

Toi, femme hétéro curieuse.

Des fois, j’ai l’impression que les femmes hétéros sont comme des loups-garous influencés par la pleine lune et les shooters de tequilas. Elles se transforment à la sortie des bars et viennent me trouver sous les lampadaires une cigarette à la main. Chaque fois, je peux voir dans leurs regards qu’elles ont l’impression de me faire une faveur.

Je préfère passer mon tour. Parce que vois-tu, ce que tu veux, c’est explorer et t’amuser sans conséquence. Tu veux assouvir ton envie de chair sans compliquer ta relation amoureuse. Tu veux frencher sans semer le trouble dans ton couple. Tu penses à lui, tu penses à toi, mais tu ne penses surtout pas à moi.

Je le sais parce que j’ai déjà été cette personne. Une jeune femme curieuse et perdue à la recherche d’elle-même. Un soir de mes 18 ans, j’ai embrassé une amie qui avait eu le courage de s’afficher publiquement bisexuelle. C’était facile pour moi. De cette façon, j’explorais ma sexualité, j’apprivoisais tranquillement mes démons, mais sans avoir à assumer quoi que ce soit. Aucune responsabilité face à mes actes, moi-même ou mon amoureux de l’époque. J’aurais tant aimé que quelqu’un m’explique le manque de compassion derrière ce geste. Un manque de compassion envers mon amoureux qui me faisait confiance, mais surtout envers cette jeune fille. Pourquoi? Parce que je l’ai utilisée comme un objet pour me découvrir sans conséquence. J’avais pensé à moi, un peu à mon chum et pas du tout à elle.

Toi, homme hétéro curieux.

Non, je ne suis pas intéressée à rejoindre ton amoureuse et toi sous les draps. Participer à vos nuits dépourvues d’amour. Ce que tu veux c’est combler ton appétit de sensations fortes. Tu veux goûter au changement sans briser ta stabilité. Et bien, sache qu’être bisexuelle ne veut pas dire que j’ai ce désir ardent en moi de toujours partager mon intimité à trois. Moi aussi, je peux trouver le réconfort dans l’exclusivité.

Je suis bisexuelle et ça ne fait pas de moi une dépravée. Ça ne fait pas de moi une personne indécise. Ça ne fait pas de moi une personne qui ne mérite pas d’être prise au sérieux. Ça ne fait pas de moi un objet sexuel et ça ne fait surtout pas de moi ton fantasme.

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