- Entretien avec Sarah Mouline, participante à la première session de Why Stories.

Andrea Zubialde
Mar 2, 2018 · 5 min read

Vendredi 1er mars 2018

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Sarah, j’ai 30 ans. A la fin de ma formation au conservatoire, en juin 2016, j’ai présenté un travail sur la guerre d’indépendance algérienne, du Sable & des Playmobil®. C’est ma première création en tant qu’auteure.

Pourquoi es-tu venue à Why Stories ?

Je suis arrivée à Why Stories en septembre 2017, je revenais tout juste d’un voyage de recherches qui m’avait profondément marquée et je ne savais plus par quel bout reprendre le travail. Or nous avions des échéances, des engagements à honorer… Je sentais que j’avais besoin d’être accompagnée pour mieux appréhender les différentes phases qui structurent la création d’un spectacle.

Qu’as-tu trouvé dans ce laboratoire ?

Ce qui était formidable c’était de travailler quotidiennement avec d’autres créateurs, d’autres porteurs de projets. Quand je ne suis pas en création, je travaille seule, et l’alternance de ces temps de travail où l’on passe de l’effervescence d’un groupe à la discipline d’un travail solitaire est loin d’être évidente. Donc le fait de pouvoir être accompagnée dans ce temps de recherches personnelles est très précieux. La pensée se construit dans le dialogue, par les échanges. Why Stories permet de mener à bien nos projets personnels au sein d’une dynamique de groupe. Nous parlions de notre travail, mais aussi de notre rapport au travail : nos empêchements, nos peurs, l’art de la procrastination… Ces choses dont on peut avoir honte car elles semblent nous limiter. Or justement le travail consiste à les prendre en compte, à ne pas les ignorer. Certains intervenants nous donnaient des outils très concrets pour mieux appréhender ce qui semble nous éloigner du travail.

Justement, quels sont les outils les plus importants avec lesquels tu es repartie ?

L’engagement au sein de Why Stories nous a permis, pendant trois mois, de nous consacrer pleinement à notre travail, d’y réfléchir, de le nourrir quotidiennement. Nous étions invités à l’appréhender différemment selon les champs de recherche des intervenants. Je suis repartie avec une vision qui intégrait mes créations dans un paysage plus large. Un travail, une oeuvre, ne nait pas hors-sol. Et ce sol est devenu plus stable.

Nous avons ainsi traversé différentes strates, qui correspondent à la variété de notre travail quand nous initions une création : au travail artistique se joint la recherche d’un fonctionnement viable économiquement avec l’élaboration d’un budget prévisionnel, la recherche de partenaires…

Cette réflexion-là permet de définir notre position et le type de structure dans laquelle nous souhaitons inscrire notre pratique. Quel modèle économique correspond à la façon dont on veut fonctionner au sein de notre compagnie ?

Nous menions ainsi de front ces questionnements économiques et notre recherche artistique.

Là encore, j’ai récolté de précieux conseils. J’ai en tête l’analyse d’Emmanuelle Sardou, scénariste et hypnothérapeute, expliquant la fonction du cerveau qui nous pousse à créer, et celle qui nous en empêche. Comprendre ces rouages internes aide à ruser avec nous-même pour déjouer nos mécanismes de dépréciation. Selon elle, la procrastination est liée au perfectionnisme : nous n’osons pas écrire de peur d’écrire mal. Or il faut accepter que cela prenne du temps, cela requiert du travail. Elle comparait cela à la construction d’une maison : il y a différentes étapes et on ne commence pas par les finitions ! C’est un travail rigoureux, régulier, un espace à aménager dans notre quotidien. « Ecrire, c’est réécrire ». Elle nous a justement donné des outils très concrets pour dépasser nos peurs paralysantes et appréhender l’écriture humblement.

Un autre enseignement très riche dans mon parcours a été le travail sur le corps comme canal d’accès à ce qui nous fait créer, qu’on soit comédien, musicien, metteur en scène, écrivain…

Un training long et exigeant nous amenait à nous risquer là où le corps n’a pas l’habitude d’aller. Et cette recherche, par le mise à l’épreuve du corps, nous met face à nos limites, à nos tensions, à nos pertes d’équilibre. Il s’agit alors d’acquérir des outils pour pouvoir construire à partir de ce chaos d’où peut jaillir l’inattendu, à condition que nous soyons prêt à l’accueillir. Là encore, il s’agit de créer l’espace en nous et autour de nous pour qu’advienne ce qui nous permet de créer.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton travail. Qu’est-ce qui te pousse à traiter des sujets si complexes ?

Si je le savais ! Nous créons avec nos parts informulées, avec nos fantômes, peut-être justement pour qu’ils nous deviennent un peu moins étrangers. Nous sommes traversés par des siècles d’histoire. Et le métier que j’ai choisi permet justement de la travailler pour en extraire des histoires. Le sous-titre de ma première pièce est « fragment d’une guerre d’Algérie ». Je souhaite donner des visages à l’histoire, qu’elle ne soit pas un vaste magma informe. Oui, c’est cela je crois, donner forme à ce qui nous échappe, à l’insaisissable. Inventer une façon de parler à nos fantômes, les côtoyer de manière apaisée afin qu’ils ne nous hantent plus avec terreur.

Quels sont tes projets aujourd’hui ?

Notre spectacle sur la guerre d’indépendance algérienne, Du sable & des Playmobil® poursuit son chemin. Les prochaines représentations auront lieu au théâtre de l’Echangeur les 26 et 27 mai. Je travaille aussi pour que ce spectacle traverse la Méditerranée et puisse être joué en Algérie.

Par ailleurs, j’écris ma deuxième pièce, Votre sang n’a pas l’odeur du jasmin. Je m’intéresse aux émeutes, à la mobilisation collective, à l’énergie transformatrice qui a mu la société tunisienne et mené à la chute de Ben Ali. Le point de vue abordé est celui d’une jeune journaliste franco-tunisienne, ce qui permet d’allier à son travail la quête plus personnelle d’un héritage perdu.

C’est au sein de Why Stories que j’ai commencé mes recherches et l’écriture de ce projet.

Toutes les informations seront bientôt disponibles sur le site de la compagnie : www.sicecisesait.org

Talkin’ about a revolution

Rien de plus puissant qu’une histoire pour transformer notre monde.

Andrea Zubialde

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