Trottinettes, vélos, co-voiturage… Où en sommes-nous, en France, fin 2019 ?

Zineb Mekouar
Dec 3, 2019 · 8 min read

(Pour lire l’article en anglais, c’est par ici :-) )

En ces temps hivernaux, il est assez agréable de boire son chocolat chaud en regardant, par la fenêtre, le froid qui enveloppe les rues de la ville. Mais si l’on y regarde d’un peu plus près, que voit-on ? Pas que des piétons, des bus et des voitures… mais un grand nombre de trottinettes électriques et de vélos sur les trottoirs (pour ne pas dire dans la Seine).

Le paysage de nos rues a changé depuis quelques temps et ce notamment par la multiplication du nombre de ces “véhicules à mobilité douce”.

Lime, Bird, Bolt, Jump… Une dizaine d’opérateurs s’affrontent sur le marché parisien de la location de trottinettes électriques en free floating. / © IP3 PRESS/MAXPPP

C’est pour parler de ce sujet des nouvelles mobilités et de leur impact sur l’environnement que nous avons reçu, mardi 19 novembre dernier , des acteurs incontournables du sujet. Je vous propose, en prenant les quelques points de la discussion qui m’ont personnellement marquée, de faire “un état des lieux de la mobilité” en France en cette fin de décennie :-)

C’est en effet en discutant avec la députée Laurianne Rossi, spécialiste (entre autres) des sujets de mobilité, Nicolas Brusson — CEO & co-founder de Blablacar, Antonin Guy — VP consulting & strategic initiative chez Vulog et Arthur Louis Jacquier — General Manager chez Lime, que je me suis rendue compte à quel point, en même pas une décennie, notre rapport à nos trajets quotidiens a totalement changé. Il y a dix ans, nous prenions, à Paris par exemple, le bus, le métro ou, parfois, le taxi (cher et non-disponible une fois sur deux). Nous avions aussi quelques bicyclettes, certes… mais elles étaient lourdes et pas aussi facilement accessibles (à l’aide d’une application par exemple) qu‘à présent. Aujourd’hui nous avons une infinité de choix entre :

  • Les trottinettes électriques
  • Les vélos
  • Toutes les applications (Uber, Heetch, Bolt, etc).
  • Les Taxis (moins chers qu’il y a 10 ans et le plus souvent -enfin- disponibles pour aller dans notre direction)
  • Le Métro, le bus…

Cette offre diverse soulève plusieurs questions mais je voudrais commencer par une petite anecdote d’Antonin Guy, VP de Vulog. Antonin est un précurseur : il y a près de 8 ans à présent, il a décidé, avec un ami à lui, de faire le tour du monde… en voiture électrique ! Pour montrer qu’il est tout à fait faisable de se déplacer sur de longues distances tout en émettant le moins de CO2 possible. Ce n’est pas étonnant qu’aujourd’hui, Antonin se retrouve VP strategy d’une des acteurs les plus important des services d’auto-partage dans le monde entier.

Pour Antonin, l’avenir des mobilités est simple : il s’agit de passer d’un mode où le principal mode de transport était la voiture à un monde où il y a un mode de transport adapté à chaque usage :

  • Pour des petits trajets intra-urbains : en fonction du trajet, nous avons les trottinettes, les motos, les vélos, le métro, le bus, etc.
  • Pour des trajets inter-urbains : les voitures hybrides en attendant de passer au 100% électrique, les trains, etc.

Peut-être faudrait-il, ici, un cadre clair des acteurs publics afin de re-penser l’usage de la voiture dans nos villes ? Pourquoi ne pas imaginer, concernant “la voiture dans la ville”, quelques changements radicaux en s’inspirant d’autres capitales ?

  • Mettre un péage urbain comme à Londres ?
  • Favoriser les véhicules d’auto-partage par des incitations fiscales ?
  • Obliger les opérateurs de nouvelles mobilités concernant les voitures à ne mettre que des véhicules légers et adaptés à l’usage urbain ?
  • (Oserai-je?) Taxer les véhicules à essence s’ils déambulent dans le centre-ville
  • Et ce ne sont que des exemples d’idées… à nous tous de compléter la liste ! ;-)

Il y a donc un urgent besoin que les acteurs publics et privés discutent ensemble et trouvent un cadre. Heureusement, c’est déjà en partie le cas :

  • Concernant les mobilités douces (trottinettes, vélos), la mairie de Paris, après avoir rassemblé autour de la table la plupart des acteurs, est en train de préparer un appel d’offre permettant de mieux réguler le nombre des trottinettes ainsi que la sécurité des usagers (normalement, il n’y aura plus de trottinettes qui traînent partout très bientôt ! #JoyeuxNoël).
  • Au niveau national, et “même si le transport est avant tout une affaire l’affaires des collectivités, l’Etat est là pour poser un cadre. Et, avec la loi LOM notamment, on avance aussi !” nous dit Laurianne Rossi, députée des Hauts-de-Seine (11ème circonscription), membre de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire. “Plusieurs avancées ont été faites avec la loi LOM.” En plus de cette loi, et grâce notamment aux prises de positions de la députée sur l’usage des trottinettes, le gouvernement a décidé d’un décret, le 23 octobre 2019, concernant les règles de circulation et de stationnement. Parmi celles-ci: il reconnaît la trottinette comme une “nouvelle catégorie de véhicule”, limite sa vitesse maximale à 25km/h, définit un âge minimum — 12 ans — de conduite ou encore ne permet qu’un seul conducteur par trottinettes (Oups!, se diront certains).

Ces nouvelles formes de mobilité, c’est une véritable chance pour les français et pour l’environnement, mais il faut poser un cadre clair afin de permettre un meilleur partage de l’espace public, la sécurité de l’usager et la co-existence de toutes les formes de mobilités. C’est aussi pour aider les nombreux acteurs de ces nouvelles mobilités que les pouvoir publics doivent agir. Il faut prendre en compte l’ensemble du territoire dans cette transition. Aujourd’hui, on a près de 20 millions de personnes en France qui n’ont pas accès à une alternative à la voiture individuelle qui reste, pour 85% des français, le premier mode de déplacement” nous dit la députée. (Et, pour les startups, cela veut dire qu’il y a là un potentiel immenses d’idées à tester !)

Les offres de co-voiturage se multiplient

Nicolas Brusson, CEO et co-fondateur de Blablacar, est on-ne-peut-plus d’accord avec cette dernière phrase : “On a souvent un myopisme très fort sur ce qui se passe dans les grandes villes. Bien sûr lorsque l’on vit à Paris, on a l’impression qu’il y a énormément de solutions de mobilité. Mais si l’on sort de la ville, on remarque tout de suite que l’on vit encore dans un monde largement dominé par la voiture. Le plus gros enjeu environnemental des années à venir reste l’évolution de la voiture comme objet personnel non partagé et très mal utilisé à un objet mieux utilisé, notamment avec le co-voiturage.

Nicolas a en effet raison lorsqu’on a ces chiffres en tête : 10% des émissions de CO2 dans le monde viennent principalement des voitures et des avions. Ainsi, l’un des plus grands enjeux à résoudre lorsqu’on parle transports et environnement, si nous laissons de côté les avions, c’est la mobilité domicile-travail au niveau d’un pays et non pas que des grandes villes. Ce sujet est différent du sujet micro-mobilité (trottinettes, vélos), finalement assez urbain.

Le vrai enjeu est le carburant utilisé puisque notre empreinte carbone n’est pas la même si on est seul ou à plusieurs dans le véhicule. En début d’année, Blablacar a publié une étude qui mesurait “le report modal” (i.e. comprendre si les conducteurs et conductrices auraient pris leur voiture sans Blablacar ou pas, savoir d’où viennent les passagers — train, bus, etc-). Résultats ? Il y a un véritable impact positif sur l’environnement à l’aide du co-voiturage puisque, à eux seuls, les usagers de Blablacar ont permis d’économiser 1.6 millions de tonnes de CO2 en 2018 (sur 10 des 22 pays sur lesquels ils sont déployés).

Pour permettre d’autres alternatives à la voiture dans les territoires ruraux, Laurianne Rossi a essayé de réfléchir à des solutions créatives : “et si nous utilisions des transports déjà existants comme l’auto-école, les ambulances… il faut que l’on trouve des formules innovantes et que l’on en donne l’accès, via le numérique, à tous les français !” nous dit-elle.

Si l’on voit que l’on peut avoir un réel impact sur l’environnement en faisant du co)voiturage, on peut aussi en avoir à l’intérieur des villes en utilisant des acteurs qui ont pour priorité l’écologie. “C’est le cas de Lime”, nous dit Arthur-Louis, “puisque notre trottinettes sont aujourd’hui à 97% recyclables et, demain, le seront à 100% !”.

“Nous avons deux patrouilles, une fluviale et une terrestre, dont le job est d’aller chercher les trottinettes, que ce soit dans la Seine ou celles qui sont jetées sur les trottoirs, pour voir ensuite si elles fonctionnent. Si oui, nous les remettons à des places spécifiques et simples d’accès pour les usagers, si non, nous les démontons et réutilisons les pièces pour d’autres trottinettes.”

Un exemple d’une “patrouille fluviale” chargée d’aller re-pêcher les trottinettes jetées dans la Seine

A titre d’exemple, nous sommes passés de 3 opérateurs en 2018 à 12 actuellement pour les trottinettes à Paris — dont 3 qui s’étaient lancé la même semaine (Février/Mars 2019). Il y a eu un moment de peur, de rejet, que ce soit de la part des acteurs publics mais aussi et surtout des habitants. “Il faut effectivement réguler…”nous dit Arthur-Louis, “ne pas laisser les conducteurs de trottinettes brûler des feu rouge, aller trop vite…”.

Qu’en est-il donc de l’avenir des trottinettes parisiennes ? Après l’appel d’offre devant advenir en 2020, seulement 3 opérateurs auront le droit d’opérer 5 000 trottinettes chacun, donc 15 000 en tout dans Paris (on ne compte pas la petite couronne).

“Let it snow let is snow let it snow” :-) à l’année prochaine !

Bien sûr, la problématique des nouvelles mobilités est loin d’être résolue. Je vous donne rendez-vous dans un an donc, avec le même chocolat chaud dans nos mains et notre regard porté à la même fenêtre, afin de voir ce que la régulation parisienne aura donné concernant les trottinettes. Nous verrons aussi comment les entrepreneurs auront trouvé (ou pas) des solutions innovantes pour les besoins des utilisateurs. Et nous resterons attentifs, aussi, à ce qui se passe hors des grandes villes et à l’avenir du co-voiturage. Enfin, nous veillerons durant nos conférences à venir, comme toujours, de faire dialoguer les deux mondes- celui des acteurs publics et celui de l’innovation et de l’entrepreneuriat !

The Family Public Affairs

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