Il est grand temps de rallumer les étoiles — Tour de France J9

L’art de convaincre en 3'

Laura, reporter embarquée dans le Tour de France Ticket for Change nous raconte l’expérience au plus proche des participants. Chaque jour, vivez le Tour #TfC16 dans les yeux des graines d’entrepreneurs et suivez leur évolution !

crédit photo : Eveline de Brauw

Jour 9. On y est. Paris, maison de la Radio. Il est 9h.

Ce soir, plus de 1000 personnes seront réunies pour découvrir nos cinquante super-héros et les encourager. Une grosse journée de préparation commence pour nos graines du changement, notamment pour les trois qui auront la chance de présenter leur projet dans ce lieu mythique. Pression !

crédit photo : Eveline de Brauw

Parmi eux, Pierre-Marie, qui peaufine soigneusement son pitch quelques heures avant de monter sur scène. J’en profite pour prendre son pouls, il me paraît plutôt confiant.

« ça va j’ai en tête les quatre mots clés de mon texte, je suis assez serein. »

À 25 ans, Pierre-Marie s’attaque à une problématique dont on parle très peu : la gestion des ressources et des déchets du bâtiment et des travaux publics (BTP). Difficile d’imaginer que la construction de nos maisons génère un impact environnemental largement supérieur à notre usage quotidien sur trente ans. Pourtant, avant que parpaings et tuiles ne se retrouvent sur nos têtes, il aura fallu extraire, transporter puis transformer les matières premières dont ils sont issus, générant une quantité colossale d’énergie.

Pire, certaines s’épuisent. Le sable, par exemple, principal composant du béton, arrive en 3ème position des ressources les plus utilisées, après l’air et l’eau. Si on continue cette ruée vers l’or jaune, entre 75% et 90% des plages auront disparues d’ici à 2100. Finis les mojitos au coucher de soleil les pieds dans les sable.

« Les deux tiers des constructions mondiales sont réalisées en béton armé, qui est lui-même constitué aux deux tiers de sable, le tiers restant étant du ciment. Alors que la construction d’une maison de taille moyenne nécessite l’utilisation de 200 tonnes de sable, il en faut 30 000 tonnes par km d’autoroute, ou encore 12 millions de tonnes pour construire une centrale nucléaire. Ainsi, près de 30 milliards de tonnes de sable sont consommées chaque année. » — voir l’article + dossier complet des Mines Paristech

Et la quantité de déchets générée par le secteur du BTP n’est pas des moindres. Chaque année en France, il représente 70% des 345 millions de tonnes de déchets produits ! Un enjeu qu’il devient urgent et important de traiter et auquel Pierre-Marie a décidé de s’intéresser de plus près depuis deux ans.

Originaire d’Agen, PM a grandi avec pour modèle un grand-père serial inventeur. On lui doit d’ailleurs le premier outil qui sert à dessoucher les arbres ! Émerveillé par ce qui prend le temps d’éclore, de fleurir et de se structurer, il se forme en ingénierie en BTP, un univers qui lui est familier et dans lequel il se sent bien. Ah l’amour des pelleteuses, ça ne s’explique pas ! Puis il entame sa carrière chez les mastodontes de la construction. Bouygues, Lafarge, Saint Gobin, Vinci… Tous affichent fièrement dans leur rapport Développement Durable leurs exploits en matière de sécurité, d’égalité, et de bien-être : un vrai bonheur d’humanité et surtout de rentabilité où tout est mis à l’œuvre pour que ceux qui sont au bas de l’échelle… y restent. Lui qui croyait dur comme fer à leur engagement pour sauver la planète le voilà tout plein de désillusions. Heureusement, il existe un monde merveilleux : celui de l’Économie Sociale et Solidaire. Pierre-Marie y fait ses premiers pas au sein du Groupe SOS. Armé de bonnes intentions et d’une motivation béton, il se risque à proposer des outils pour mieux mesurer l’impact des activités de son asso. Deuxième désillusion. Cette fois-ci, il se heurte à l’inertie et la bureaucratie de cet étrange univers qu’est l’associatif. Tel le loup qui débarque dans la bergerie, on ne prend pas au sérieux ce jeune garçon plein de fougue et de talent qui tente par tous les moyens de remuer cette structure… bien engluée.

C’est en participant au déménagement d’un gros site industriel qu’il commence à s’intéresser à l’impact environnemental de ce type d’activités. Découvrant avec stupéfaction le pot-aux-roses, il entreprend de quitter sa vie parisienne pour le charme nantais afin d’apporter sa pierre à l’édifice et construire le futur du BTP. Avec son projet Matière Sociale, il souhaite donner un vent de fraîcheur à ce secteur en lui appliquant les principes de l’économie circulaire.

Sa solution : réemployer les matériaux de second œuvre (charpentes, circuits électriques, plomberie, portes, fenêtres) issus de la démolition d’immeubles tertiaires afin de servir la construction de nouveaux bâtiments. Une idée pleine de bon sens qui permet de réduire la consommation d’énergie lors de l’extraction et la fabrication des matériaux, d’éviter d’aller puiser de nouvelles ressources au fin fond de la mer, de réduire les déchets tout en faisant des économies.

Recalé de la première promotion TfC en 2014, il se fait incuber par Les Ecossolies, pôle de coopération et d’innovation sociale de Nantes. Il se lie d’amitié avec Eric, son coloc de bureau. Avec son projet La Remise, Eric Bureau revient tout juste du Tour TfC 2015. Débordant d’énergie et avec une feuille de route très claire pour aborder les prochaines étapes de son projet en toute sérénité, il inspire notre ami Pierre-Marie. Hésitant, il tergiverse un long moment avant de se décider à envoyer sa candidature, ne sachant pas si cet obscur dénomination “acteur du changement” le concerne. Il était alors très loin d’imaginer que, quelques mois plus tard, il se retrouverait à la Maison de la Radio en train de répéter son texte…

Le brouillon du pitch de Pierre-Marie

En quête d’outils concrets pour accélérer son projet et avec une soif de légitimité pour le porter avec droiture et justesse, il postule au dernier moment… Au pire ça marche ! Sans regret. En ce dernier jour d’aventure, PM me confie son bilan, à chaud. Ticket lui a fait un effet assez détonnant.

« Je me suis fait aspirer par la tempête Ticket, emporter dans le cyclone ! C’est comme un tourbillon, au tout début il y a pleins d’objets qui vrillent dans tous les sens, des informations pleins la têtes, des crash test, ça tourne hyper vite… »

Le conseil de Diane Taieb à Toulouse lui donne un nouvel élan. « Il vous faut raccourcir la période de prototypage, aller tester très vite sur le terrain ! » Puis, à Condom ça se calme. Ça continue de tourner, mais c’est surtout un shot brut d’optimisme. Enfin, Paris. Avoir été choisi pour pitcher son projet lui redonne la confiance qu’il était venu chercher.

« Avant de faire Ticket, je me sentais un peu comme un imposteur. Je ne savais pas trop comment concilier mes trois passions qui sont totalement opposées à priori : le rugby, le BTP et l’innovation sociale. Mais, quand je me suis assis dans le fauteuil sur la scène devant ces 1000 paires d’yeux, je me suis senti dans l’œil du cyclone. J’étais comme à la maison, serein. J’ai ressenti toutes les bonnes vibrations de mes camarades du tour et ça m’a porté. Ça valait le coup d’entrer dans la tornade. »

23h. L’équipe TfC s’empresse de mettre de l’ordre pour ranger une dernière fois kakémonos, boîtes de feutres, imprimantes et ordinateurs. Les parisiens venus assister à la cérémonie prennent le chemin du métro, tandis que les participants rejoignent le bus de l’ambiance pour un dernier trajet. Direction Jambville, en pleine nature dans le camp des scouts de France pour une journée d’embrassades et de bilan.

Revivez la soirée en vidéo !

HEY PAS SI VITE ! Tu habites à Nantes et tu es au courant d’une démolition imminente dans ton secteur ? Toi aussi tu kiffes les pelleteuse et tu as envie de le rejoindre dans l’aventure ? Contacte Pierre-Marie ! matieresociale@gmail.com


Qu’est devenu Eric Bureau ?

Souvenez-vous en 2015, Eric embarquait pour le Tour avec son projet La Remise, un atelier de bricolage participatif à Nantes pour “reprendre la main sur nos dix doigts”. À La Remise, on apprend à réparer et faire soi-même à partir de matériaux de réemploi, tout en mutualisant espace, outils, savoirs. Depuis le Tour TfC, il a animé plusieurs sessions de bricolage collectives dans des ateliers éphémères. Il aimerait poser ses outils dans un lieu, à Nantes. Contactez-le! eric.bureau@enr-pv.fr

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