Le fric, c’est chic ! — Tour de France J3

Construire un modèle économique solide pour maximiser son impact

Laura, reporter embarquée dans le Tour de France Ticket for Change nous raconte l’expérience au plus proche des participants. Chaque jour, vivez le Tour #TfC16 dans les yeux des graines d’entrepreneurs et suivez leur évolution !

crédit photo : Eveline De Brauw

Jour 3. C’est la deuxième étape du Tour. Toulouse! Sa place du capitole, son équipe de rugby, sa gastronomie… et aussi une communauté active forte qui suit Ticket for Change depuis 2015 avec les sessions organisées du MOOC. Françoise Boillot la connectrice locale qui l’anime pourrait vous en parler des heures !

Le siège de Poult est l’endroit rêvé pour attaquer cette journée sous le signe du modèle économique. Vous ne connaissez peut-être pas Poult, pourtant vous avez forcément goûté aux biscuits qu’ils fabriquent et qu’ils vendent aux grandes enseignes de distribution. Et ils le font d’une manière disons très… libre ! Ici pas de hiérarchie, ils sont précurseurs dans ce qu’on appelle le « management libéré ». C’est une entreprise familiale centenaire, mais qui a su réinventer son modèle économique et de management. On peut passer au vif du sujet !

Les participants vont devoir aujourd’hui plancher sur l’action canvas. Un outil au carrefour du lean canvas de Ash Maurya et du business canvas d’Alexandre Osterwalder qu’a imaginé l’équipe pédagogique de Ticket dont les 3 coachs, Stéphane Riot, Aymeric Marmorat et Ucka Ludovic Ilolo.

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Nicolas Loubet est un mentor en résidence qui accompagne les participants et partage ses ressources.
crédit photo : Eveline De Brauw

Dans une des salles de travail, je croise Lénaïc qui réfléchit à ses coûts et ses revenus. Cet jeune ingénieur de 26 ans me présente son idée de génie qui pourrait bien faire une petite révolution dans le monde merveilleux des nouvelles technologies.

Il vous semble quasi impossible de vous passer ne serait-ce qu’une journée de votre smartphone chéri. Mais savez-vous quels trésors recèlent cet objet du quotidien ? Lithium, cobalt, graphite, aluminium… on y trouve pas moins de 60 matériaux différents! Pourtant, ces composants sont des espèces en voie de disparition. Leurs ressources s’épuisent, tandis que leur extraction, extrêmement énergivore, a des impacts sociaux et environnementaux que vous n’imaginez peut-être même pas.

Et si, grâce à votre smartphone, vous aviez le pouvoir d’agir positivement sur tout ça ?

Consultant pendant 2 ans dans un grand cabinet de conseil en nouvelles technologies, sa mission était d’aider les grands groupes à amorcer leur transformation digitale. Son métier le passionne et il est convaincu du levier socio-économique bénéfique de ce secteur. Il est aussi conscient que la raréfaction des matières premières va à long terme essouffler cette croissance technologique et qu’il faut dès à présent trouver des alternatives. Il est par ailleurs très sensibilisé aux problématiques sociales et environnementales auxquelles est confrontée la production de ces objets. Baigné dans le milieu des high tech, il se rend compte que même les initiés n’ont aucune réponse vis-à-vis de cet enjeu. On court droit dans une impasse.

Décembre dernier, COP21, c’est le déclic. Son obsession : créer un lien positif entre lutte contre le changement climatique et développement des nouvelles technologies. C’est ce qui va l’amener à embarquer dans l’incroyable aventure Ticket !

Son idée, c’est de transformer le carbone capté artificiellement dans l’atmosphère et rendre utilisable cette matière recyclée aux fabricants de composants électroniques. Une manière de rendre votre smartphone éco-responsable et avec un impact positif sur l’environnement. Complètement époustouflée par son projet, je fais quelques recherches et lis des articles sur cette fameuse captation de CO2. Plusieurs méthodes existent, mais elles sont très énergivores. Il me renseigne sur sa démarche.

« Je sais qu’il n’y a pas de solution miracle pour enrayer le changement climatique. Ma démarche est en tout cas d’ouvrir ce sujet pour faire avancer la recherche. On peut utiliser des énergies renouvelables comme l’éolien ou l’hydraulique par exemple. Ce qui m’intéresse en tout cas c’est de donner une valeur positive au carbone — ce qu’on a été incapable de faire jusqu’à aujourd’hui avec le marché carbone. Tu peux faire un aller-retour Paris-New York et faire un don pour réduire ton empreinte mais ça ne te donne pas un réel moyen d’avoir un impact positif. C’est ça qui me porte, redonner un pouvoir d’action aux citoyens. »

Les 25 coachs et mentors présents ont accueilli tour à tour les participants pour des sessions de coaching intensives pour les aider à remplir l’ “action canvas” et dessiner les premières briques de leur modèle économique. Ils les ont contribué à identifier ce qui constituait les coûts de leurs projets, comment générer des bénéfices, et les flux financiers entre les deux. Les plus avancés ont même pu aller jusqu’aux simulations financières.

crédit photo : Eveline De Brauw

En cette fin de journée axée modèle économique, Lénaïc me confie avoir pris conscience de l’ambition de son projet et s’être rendu compte de l’aberration des modèles existant dans l’univers des sciences et des nouvelles technologies.

« Je suis perplexe, j’ai essayé d’identifier tous les flux et acteurs du projet puis de chiffrer ce que cela pourrait représenter. Le truc c’est qu’il me faudrait plusieurs millions d’euros pour amorcer le projet, en fait je me rends compte que le modèle basé sur la propriété intellectuelle est totalement dépassé. Il faut que je pense autrement ! Que je m’entoure, que je crée de l’engouement autour de l’idée, qu’on réfléchisse à plusieurs… qu’on hacke l’univers des sciences et des nouvelles technologies ! »

C’est sur cette interrogation et décidé à s’entourer de partenaires concernés sur ces problématiques urgentes et importantes que je laisse Lénaïc. Les participants partent se reposer, des chiffres plein la tête. Demain, direction Le Multiple, un tiers lieu où fourmillent de joyeux “makers” pour mettre les mains dans le cambouis. Qui sait, peut être que cet environnement bouillonnant inspirera notre ami. “Hackers vaillants rien d’impossible”...

La suite au prochain épisode !

*vous êtes ingénieur, chercheur, développeur, artistes ou hacker, vous souhaitez contribuer au projet de Lénaïc ? Contactez-le mallet.lenaic@free.fr!