Pas de transition écologique sans entrepreneurs

de YVES LOERINCIK


« Voulez-vous passer votre vie à vendre de l’eau sucrée, ou voulez-vous changer le monde? » Steve Jobs résumait parfaitement la motivation profonde qui anime tout entrepreneur. Etre entrepreneur, c’est être passionné. Entreprendre, c’est rêver d’un monde différent, d’une idée folle, d’un projet nouveau. D’où vient ce besoin insatiable de construire, de bâtir, d’inventer le monde de demain? Probablement que la majorité des entrepreneurs l’ignore et, au fond, ce n’est pas très grave.

Alors devant le défi que représente la transition écologique, comment imaginer que cette catégorie d’individus, ou du moins une partie, ne trépigne pas d’impatience à l’idée de pouvoir relever le défi? J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup d’entrepreneurs ces dernières années, et j’ai toujours été frappé par le niveau d’intérêt qu’ils ont pour les problématiques environnementales et plus largement celles liées au développement durable, même si c’est parfois avec une approche très libérale et pragmatique.

De manière très intéressante, on assiste à la montée en puissance d’une nouvelle catégorie d’entrepreneurs, on les appelle les entrepreneurs du changement. On parle aussi de social business. Selon l’association Ticket for Change, qui fait un travail très intéressant en suscitant des vocations, un entrepreneur du changement est « un individu qui cherche à résoudre un problème de société (accès à la santé, à l’éducation, au logement, protection de l’environnement etc.), en développant un projet avec un modèle économique pérenne. Ce projet peut être lancé en créant une structure nouvelle (entrepreneuriat) ou au sein d’une structure existante (intrapreneuriat) ».

Alors activistes autrefois, entrepreneurs aujourd’hui ? L’entrepreneuriat est-il un nouveau moyen pour affirmer sa volonté de changer le monde ? Voilà une tendance qui est très certainement porteuse de beaucoup d’espoir.

Ce ne sont en tout cas pas les sujets qui manquent pour ces entrepreneurs nouveau genre : changement climatique, épuisement des ressources, création de lien social, accès à l’eau, etc. Vous voulez des exemples ? Suivez le nouveau MOOC de HEC Paris « entrepreneur du changement » (disponible sur la plate-forme Coursera), réalisé en collaboration avec l’association Ticket for Change. Lors de la dernière session, ce sont 19'000 personnes, dans 160 pays qui y ont participé et 910 idées de nouvelles entreprises qui ont émergé et se sont construites. Le résultat est impressionnant.

En Suisse, les organisateurs du forum G21, qui se déroulera les 1 et 2 juillet prochains à Lausanne, lancent le Social Business Award, dans le but d’encourager l’esprit d’entreprendre. Susciter des vocations d’entrepreneurs du changement, voilà bien un thème qu’il serait intéressant de développer pour accélérer la transition de la Suisse. Mais au fond de lui, est-ce que tout entrepreneur n’est pas un entrepreneur du changement?

Souhaitons bon vent, un vent d’optimisme, à tous ces jeunes entrepreneurs, et, comme disait Mark Twain “ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait”.

Publié le 3 Juin 2015 à 17:01


Originally published at www.bilan.ch.

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